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La Manufacture de livres


Maison d'édition indépendante, la Manufacture de livres explore le monde criminel français et international à travers des romans, des documents et des essais.


La diffusion/distribution est assurée par le CDE et la SODIS (groupe Gallimard).

 


Les rêves de guerre, François Médéline

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 03 Juillet 2014. , dans La Manufacture de livres, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les rêves de guerre, mai 2014, 320 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): François Médéline Edition: La Manufacture de livres

Ça commence par quatre pages dans lesquelles les mots s’entrechoquent et résonnent. On est en mars 1944 et deux hommes et une femme viennent de fuir Mauthausen. Quatre pages qui frôlent l’exercice de style agaçant, le tape-à-l’œil du genre « regardez, je suis un vrai écrivain qui joue avec les mots et le rythme et qui va vous forcer, parce que vous n’avez rien compris, à dire que c’est génial ». Quatre pages d’où émerge surtout un fragment de phrase qui sauve l’ensemble et qui en est le cœur : « ils ont tué notre mort » ; quatre pages qui, surtout, vont acquérir leur sens dans les trois cent vingt suivantes.

Car de mars 1944, on passe à novembre 1989. Là, Michel Molina, inspecteur de police lyonnais, trouve dans sa boîte aux lettres deux coupures de presse. La première évoque la mort de Ben Wallace à Yvoire, sur les bords du lac Léman, assassiné en 1969 par Jean Métral. La seconde évoque la mort de Paul Wallace, frère de Ben, assassiné en novembre 1989 par un Jean Métral sorti de prison. Le lien entre les deux affaires, c’est bien sûr Molina lui-même, ami d’enfance des deux frères Wallace. Et l’inspecteur de filer avec « le Vieux », son collègue alcoolique et pêcheur amateur, à bord de la CX de ce dernier pour mettre son nez dans l’affaire et remuer le marigot d’Yvoire tout en faisant ressurgir un passé que tout le monde, lui compris, avait pourtant pris soin de bien enterrer.

Petite Louve, Marie Van Moere

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 12 Mars 2014. , dans La Manufacture de livres, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman

Petite Louve, janvier 2014, 268 pages, 18,90 € . Ecrivain(s): Marie Van Moere Edition: La Manufacture de livres

 

Quelque part au-dessus des calanques, une femme abat un homme ; celui-là même qui a violé sa fille. En assouvissant cette vengeance, elle met en branle toute une série d’événements et devient avec sa fille la proie des frères du violeur, gitans sédentarisés et criminels endurcis, qui vont la poursuivre sur les routes de Corse où elle pensait se faire oublier.

Pour ce premier roman, Marie Van Moere choisit de traiter un thème vieux comme l’Homme et donc la tragédie ; celui du cycle de la violence et de la vengeance. Appliquant la loi du talion, prenant la vie de celui qui a brisé celle de son enfant, cette mère enclenche un engrenage qu’elle ne maîtrise pas et que, d’évidence, aveuglée par l’obsession de faire payer le coupable, elle n’a jamais réellement envisagé de maîtriser.

À partir de là, tout en menant une course-poursuite sans temps mort et en ménageant un suspense bien maîtrisé révélant au lecteur attentif des événements à venir pour mieux dissimuler d’autres surprises plus inattendues, Marie Van Moere peut jouer sur les contrastes et les oppositions.

La politique du tumulte, François Médéline

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 04 Janvier 2013. , dans La Manufacture de livres, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman

La politique du tumulte, septembre 2012, 336 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): François Médéline Edition: La Manufacture de livres

 

La politique du tumulte, c’est l’histoire, en 1993, du début de la fin d’une amitié de trente ans, dont on se souvient tous, qui va servir de toile de fond à la naissance d’une histoire d’amour. Une histoire condamnée, avant d’avoir même commencé, par un barbouze chargé d’étouffer un scandale sexuel susceptible de faire ressurgir toute une série de manipulations plus anciennes qui pourraient gêner les desseins d’hommes lancés à la poursuite d’un pouvoir en vacance.

De cette intrigue complexe mêlant à l’arrière-fond des luttes intestines de la droite française de l’époque, les barbouzeries facilitées par le ministre de l’intérieur corse de l’époque, des faits-divers librement inspirés de l’affaire Ranucci et de l’affaire Alègre, émerge une impressionnante galerie de personnages. Si chacun d’entre eux détient une partie de la vérité, le travail de Secondi, barbouze omniscient, froid et calculateur, sera de faire en sorte que le puzzle ne soit pas assemblé tant qu’il ne servira pas les intérêts de ceux pour qui il travaille ou les siens propres.

Négropolis, Alain Agat

Ecrit par Yan Lespoux , le Dimanche, 06 Mai 2012. , dans La Manufacture de livres, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman

Négropolis, Janvier 2012, 255 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Alain Agat Edition: La Manufacture de livres

Joris a rejoint la Guadeloupe de son père pour couper définitivement avec sa vie en banlieue parisienne et se ranger des voitures. Mais on ne peut pas si facilement rompre avec le milieu dans lequel on a grandi et l’on s’est forgé une réputation. Croisant le chemin de Chacal et de ses hommes qui tiennent un important réseau de trafic de drogue entre les Antilles et la métropole, et pour lesquels son frère travaille à Paris tout en les doublant, il remet le doigt dans un engrenage qui va le ramener face à la violence mais aussi face à lui-même, à ce qu’il est.

Sous le couvert du polar c’est en fait la question de l’identité qui est au centre de ce premier roman d’Alain Agat. Ainsi voit-on s’affronter deux grandes factions, antillais d’un côté, car on trouve autour de Chacal, le Dominiquais, des Guadeloupéens mais aussi des Martiniquais, « négropolitains » de l’autre, Joris naviguant dans cet entre-deux sans jamais sembler trouver sa place.

Mais, en fin de compte, qui trouve vraiment sa place là-dedans ? Chacun se renvoie ainsi dans les cordes. Les Antillais reprochent aux « négropolitains » leur vision fantasmée de la terre originelle fondée à la fois sur des marqueurs identitaires culturels (la musique, la cuisine) superficiels, et sur l’assimilation du point de vue des colons chez qui ils sont maintenant installés :