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Verticales

 

Les éditions Verticales sont une maison d'édition française du groupe Gallimard, fondée par Bernard Wallet en 1997. Yves Pagès, auteur dont il a publié le premier roman en 1990 (La Police des sentiments, Denoël) rejoint la maison en 1998. Les deux premiers titres du catalogue sont d'ailleurs Prière d'exhumer (Yves Pagès) et Livre XIX (Claro). Jeanne Guyon les rejoint ensuite en 2000. Les éditions Verticales ont d'abord été administrées par Slatkine (éditeur suisse) jusqu'en novembre 1999, date à laquelle Le Seuil a racheté la maison. Depuis le 1er décembre 2005, elles appartiennent au groupe Gallimard et conservent la même liberté éditoriale. Depuis juin 2009, l'équipe éditoriale est animée par Yves Pagès et Jeanne Guyon.


Derrière le Cirque d’hiver, Xavier Person

Ecrit par Nathalie de Courson , le Vendredi, 18 Mai 2018. , dans Verticales, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Derrière le Cirque d’hiver, mars 2018, 143 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Xavier Person Edition: Verticales

 

Xavier Person a beaucoup écrit sur les autres. Dans son recueil d’articles de 2014, Une limonade pour Kafka, il posait la question : « Sur quoi écrit-on vraiment en écrivant sur le texte d’un autre ? Sur le fait de n’avoir pas écrit soi-même ce qu’on rêvait d’écrire ? ». Mais dès la page 51 se glissait au mode conditionnel l’ébauche d’un projet d’écriture plus personnelle : « (…) Oui, mon livre serait ainsi fait de courts récits insignifiants, minces événements que je ne saurais pas interpréter ».

Ce souhait contribue à définir la soixantaine de récits d’une à six pages qui constituent quatre ans plus tard Derrière le Cirque d’hiver. Xavier Person ne campe plus entre les maisons des autres comme cet homme du premier récit qui « vit dans un mur », mais s’installe dans ses quartiers à lui, au sens géographique (il demeure effectivement derrière le Cirque d’hiver), comme au sens littéraire, seul à seul avec lui-même.

Des châteaux qui brûlent, Arno Bertina

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 15 Novembre 2017. , dans Verticales, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Des châteaux qui brûlent, août 2017, 424 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Arno Bertina Edition: Verticales

 

En soixante-treize stations, le roman de Bertina dépiaute au scalpel le monde d’un abattoir de volailles, à l’heure où les bilans économiques sont désastreux, à l’heure où le secrétaire d’Etat, invité pour évoquer la chose avec les ouvriers, se fait tout simplement séquestrer.

Le temps d’une semaine d’occupation des lieux, les salariés, le secrétaire d’Etat, l’assistante du ministre, le préfet, son conseiller, les membres du GIGN, exposent points de vue, réactions, installent dans les lieux occupés une « autre vie », un autre rythme.

Pour asseoir une narration complexe, autour d’une douzaine d’intervenants (Pascal Montville, le séquestré ; Gérard, Christiane, Hamed, Sylvaine, Witek, etc., salariés ; Céline Aberkane, conseillère du ministre), narrateurs d’une portion de temps et d’espace, l’auteur a pris le risque d’émietter la vision mais a peut-être enlevé la mise d’une exploration minutieuse, chorale et multiple de situations sociales toujours près d’être agressives, explosives.

Stations (entre les lignes), Jane Sautière

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 15 Septembre 2015. , dans Verticales, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, La rentrée littéraire

Stations (entre les lignes), août 2015, 137 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Jane Sautière Edition: Verticales

 

Transports en commun

Jane Sautière ne raconte pas, ne signe pas de romans (cela fait du bien en septembre) ; elle écrit. Elle écrit et elle dé-crit en blocs et en blancs, la fragmentation des espaces que nous traversons en train, en métro, en bus, en RER, en avion. Le mot stations du titre rend compte à la fois d’un itinéraire (aller au travail ou rentrer chez soi) mais aussi d’un arrêt, d’une pause. Le volume s’articule tout entier dans la discontinuité : des parties numérotées, des titres, des parenthèses y compris dans le titre et en cela, il tient ses promesses poétiques de la forme brève. Le texte d’ailleurs au fil des pages se défait de ses dernières attaches autobiographiques et temporelles. Ouverture sur les lieux de l’enfance et les déménagements successifs, le retour en France, après des séjours à l’étranger, au passé composé ou à l’imparfait (Franconville-La Garenne-Colombes). Jane grandit, devient adulte et entre dans la vie professionnelle, celle du monde pénitentiaire et carcéral en changeant de poste, quittant la région parisienne pour celle de Lyon et revenant à Paris. Le texte bifurque en quelque sorte vers une totale liberté formelle (p.45), « ICI » dans la délivrance des activités, du métier : « Maintenant je ne travaille plus ».

L’enfance politique, Noémi Lefebvre

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 27 Mars 2015. , dans Verticales, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’enfance politique, février 2015, 170 pages, 19 € . Ecrivain(s): Noémi Lefebvre Edition: Verticales

 

Noémi Lefebvre réussit dans ce roman un beau paradoxe. Une narration romanesque – pas l’histoire contée mais le récit en tant que suite de mots, de phrases (mais comment séparer les deux) – est nécessairement une communication… sensée ; un propos qui vise au partage. L’éditeur ne le proposerait sûrement pas au public sinon. Or Martine qui raconte, qui décrit et se décrit dans L’enfance politique souffre de « troubles mentaux » selon ses propres mots. Et ce n’est pas du tout une pose ni une histoire passée, finie, du genre : récit de mon année de dépression. Non, Martine est pour ainsi dire en prise directe ; elle vit son « désordre mental » tout en nous le racontant en narratrice apte.

Réfugiée chez sa mère, allongée toute la sainte journée sur le lit de celle-ci – qui est ainsi obligée de passer ses nuits sur un Clic-Clac installé dans la cuisine – à regarder des séries à la télévision, Martine multiplie les tentatives de suicide, et se retrouve logiquement en hôpital psychiatrique. Après un certain temps – comme elle refuse obstinément de coopérer avec les personnes habilitées à comprendre son état –, elle est gentiment rendue à sa pauvre mère, accompagnée de ce qui est plus une vague hypothèse qu’un diagnostic. Il convient de laisser le lecteur découvrir avec un mélange d’amusement et de perplexité les mots et les expressions que l’on tente de mettre sur ce dont souffre Martine.

Dancing with myself, Ismaël Jude

Ecrit par Jeanne de Bascher , le Samedi, 18 Octobre 2014. , dans Verticales, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Dancing with myself, août 2014, 154 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Ismaël Jude Edition: Verticales

 

On a tous déjà cité quelqu’un en disant « ah ouais lui c’est un gros pervers, un voyeur, il mate toutes les meufs, ça fait peur. Pourtant il a l’air mignon à première vue, il cache bien son jeu ». Vous, vous avez lu Dancing with myself mais vous ne le savez pas encore ! Le premier roman d’Ismaël Jude raconte l’histoire d’un homme de l’enfance à l’âge adulte, dont l’obsession est l’art délicat d’épier les courbes féminines.

Une vie d’errance et de désespoir que l’odeur d’une petite culotte ou la vue d’une bretelle de soutien-gorge suffit à raviver. Le personnage principal est un romantique obsédé sexuel loufoque voyeur mais jamais voyou. Tout jeune, il découvre les bas résille de Bella Gigi, la strip-teaseuse employée à la discothèque de ses parents, le Cow Boy Club. Ça dégaine ! C’est ce qui s’appelle être à la bonne école. L’école du désir, du langage, des formes féminines et des vêtements qui tombent. Récit d’un apprentissage où tous les sens sont en éveil. Le roman, jamais vulgaire, décrit malicieusement les corps en exhibition.