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Verticales

 

Les éditions Verticales sont une maison d'édition française du groupe Gallimard, fondée par Bernard Wallet en 1997. Yves Pagès, auteur dont il a publié le premier roman en 1990 (La Police des sentiments, Denoël) rejoint la maison en 1998. Les deux premiers titres du catalogue sont d'ailleurs Prière d'exhumer (Yves Pagès) et Livre XIX (Claro). Jeanne Guyon les rejoint ensuite en 2000. Les éditions Verticales ont d'abord été administrées par Slatkine (éditeur suisse) jusqu'en novembre 1999, date à laquelle Le Seuil a racheté la maison. Depuis le 1er décembre 2005, elles appartiennent au groupe Gallimard et conservent la même liberté éditoriale. Depuis juin 2009, l'équipe éditoriale est animée par Yves Pagès et Jeanne Guyon.


D'autres vies, Imane Humaydane

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 19 Octobre 2012. , dans Verticales, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Pays arabes, La rentrée littéraire, Moyen Orient

D’autres vies, trad. arabe Nathalie Bontemps, septembre 2012, 189 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Imane Humaydane Edition: Verticales

 

C’est un livre-vie-voyage, un peu comme Le garçon qui voulait dormir d’Aharon Appelfeld, auquel on pense tout du long.

Il en va de souffrances fondatrices qui, chez l’un, le tenaient dans un sommeil écran, et chez elle – Myriam – la bloquent dans un avion qui va d’un point à l’autre, comme si se poser quelque part était impossible. C’est du reste un aéroport qui illustre la couverture de ce beau livre attachant, qui, comme celui de l’écrivain israélien, décline lieu, mémoire et identité.

Une superbe chanson de Maxime Le Forestier disait : « être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard… Y’a des oiseaux de basse-cour et des oiseaux de passage, ils savent où sont leurs nids, qu’ils rentrent de voyage, ou qu’ils restent chez eux, ils savent où sont leurs œufs… ».

C’est bien de tout ça dont il est question, quand on est Beyrouthaise – vieille famille druze de la Montagne à cèdres – qu’on est parti, en pleine guerre, quand les bombes tuaient les frères, rendaient fous les pères, et muettes les mères ; quand les paysages, le soleil et même la Méditerranée explosaient.

We are l'Europe, Jean-Charles Massera

Ecrit par Marie du Crest , le Dimanche, 23 Septembre 2012. , dans Verticales, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

We are l’Europe, octobre 2009, 242 p. 20 € . Ecrivain(s): Jean-Charles Massera Edition: Verticales

Notre époque aime à rendre opaque la réalité en produisant à foison des discours « d’expertises économiques, financières, sociologiques », des verbiages de professionnels de la communication et d’autres encore. Jean-Charles Massera puise dans ces eaux troubles du langage manipulé et manipulateur pour modeler un langage dramatique qui lui soit propre. C’est dans cette logique qu’il faut comprendre sa pièce WE are l’Europe.

WE are l’Europe (le projet Wale) fait écho à We are la France. En 2008 donc, il réalise un montage de plusieurs de ses textes extraits de Amour, gloire et CAC 40, France, guide de l’utilisateur, Jean de La Ciotat, la légende. Benoît Lambert assure la mise en scène. Ils donnent à voir et à entendre les voix de caissières de Mâcon ou de cadres de la région parisienne qui se débattent pour vivre ou survivre dans la société française en crise.

WE are l’Europe se présente comme un texte plus unifié, dense, aux typographies multiples (caractères gras ; italiques ; lettres capitales), aux formes littéraires hétérogènes (dialogues accompagnés de tirets ; réécriture de versets ; articles juridiques numérotés, paroles de chansons existantes ou forgées). Cette esthétique de la bigarrure apparaît dès le titre mi-français, mi-anglais, signature stylistique de plusieurs œuvres de l’auteur (United emmerdements of New order chez POL).

Ils ne sont pour rien dans mes larmes, Olivia Rosenthal

Ecrit par Marianne Desroziers , le Lundi, 02 Juillet 2012. , dans Verticales, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

Ils ne sont pour rien dans mes larmes, février 2012, 115 p. 11,50 € . Ecrivain(s): Olivia Rosenthal Edition: Verticales

Quel film a changé votre vie ? Telle est la question que l’écrivain Olivia Rosenthal a posé à des individus très différents, issus de milieux divers. Olivia Rosenthal, auteur du remarqué et remarquable Que font les rennes après Noël ? où elle mêlait les résultats de son enquête auprès des professionnels travaillant avec les animaux à une fiction beaucoup plus personnelle, fait ici œuvre de sociologue en donnant la parole aux spectateurs de films sans se départir du style qui est le sien. Il ne s’agit pas pour autant d’un livre sur la cinéphilie : Eraserhead de David Lynch y côtoie Thelma et Louise de Ridley Scott ou encore L’arbre aux sabots d’Ermanno Olmi. C’est le rapport entre fiction et réalité qui intéresse Olivia Rosenthal. Cependant, on appréciera d’autant plus ce livre qu’on aura vu (et aimé) les films cités.

« La nuit américaine, je l’ai vu à douze ans avec mon père, et à la fin j’ai su que je serai comme Nathalie Baye, je serai scripte » (Angélique).

« Quand j’ai vu Thelma et Louise, j’avais une trentaine d’années, un boulot d’avocate, une grande maison, un mari, des enfants, le chemin était tracé, j’avais planté mon drapeau mais ce qui me manquait, c’était le mouvement, la possibilité du changement, une liberté qui était en train de disparaître » (Annick).

La blessure, la vraie, François Bégaudeau

Ecrit par Laurence Biava , le Mardi, 12 Juin 2012. , dans Verticales, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

La blessure, la vraie, janvier 2011, 305 pages, 19,30 € . Ecrivain(s): François Bégaudeau Edition: Verticales

 

Tout est dans le titre qui d’emblée annonce le jeu. Il s’agit d’une blessure, d’une « vraie ». On nous raconte une blessure, conséquence d’un échec. D’un grave échec visiblement. D’un échec qui a marqué plus que d’autres. Une blessure d’adolescent, qui n’est pas rien. Il s’agit d’une blessure d’amour. Mais que sait-on avant d’entamer la lecture du dernier roman de Bégaudeau ? Ou plutôt, que croit-on savoir ? L’histoire se déroule durant l’été 86, et au fil des mots, au cœur du récit se creuse et s’amplifie aussi la blessure. Et pourquoi cet été là plutôt qu’un autre ? Parce que c’est celui d’un basculement : les étés qui ont précédé étaient ceux de l’enfance. On ne se préoccupait pas encore de poser. Et l’on revient au titre qui insinue l’échec ou, en tout cas, une déception. Mais là encore, pas seulement. En affublant la blessure d’un « la vraie », l’auteur, dont on connaît la précision, sème le doute. Ce qui s’affirme authentique est forcément douteux. C’est comme clamer partout qu’on est heureux. Le 7 juillet 86, François, donc, 15 ans, arrive à Saint-Michel-en-l’Herm avec un objectif : coucher. Perdre enfin une virginité traînée comme un boulet. Il n’est d’ailleurs plus question que de ça au sein de la petite bande de garçons qui se retrouvent chaque année au moment des vacances dans ce village de Vendée. Coucher, le dire ou tenter de le faire.

Tangente vers l'est, Maylis de Kerangal

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Jeudi, 26 Avril 2012. , dans Verticales, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits

Tangente vers l’est, janvier 2012, 128 p. 11,50 € . Ecrivain(s): Maylis de Kerangal Edition: Verticales

Avec une quinzaine d’autres écrivains français, Maylis de Kerangal a pris le Transsibérien à l’occasion de l’année France-Russie 2010. Pour ce voyage officiel organisé par l’Institut français, le train avait été rebaptisé Blaise Cendrars. De cette drôle d’entreprise littéraire, la plupart tireront un récit de leur voyage (Dominique Fernandez), des considérations historico-politiques (Danièle Sallenave) ou de simples romans où l’expérience sibérienne ne semble pas transparaître (Nicolas Fargues). Ils sont finalement peu comme Maylis de Kerangal à avoir fait le choix d’un roman ayant pour décor le Transsibérien.

Dans ce court récit, l’auteur du très remarqué Naissance d’un pont (Prix Médicis 2010) dessine avec délicatesse une improbable rencontre entre un très jeune Russe et une femme française. Aliocha prend le train avec ses futurs compagnons de service militaire et sous la surveillance du Sergent Letchov. Comme il a connu une fois la douceur de dormir avec une « jeune fille au manteau rouge », il ne pense qu’à fuir : « Aliocha a peur. Putain, la Sibérie ! ». Il croise alors Hélène, une Française de 35 ans qui vient tout juste de quitter son amant Anton, peut-être pour toujours, elle-même ne semble pas bien le savoir. Aliocha et Hélène, sans pouvoir communiquer faute de langue commune, passeront toute une nuit à fumer ensemble.