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Classiques Garnier

 

Les Éditions Classiques Garnier sont une maison d'édition française fondée en 1833 sous le nom de Garnier Frères, est un éditeur d'œuvres de référence en littérature et sciences humaines.

Chants, Canti, Giacomo Leopardi (Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Lundi, 19 Août 2019. , dans Classiques Garnier, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Italie

Chants, Canti, juin 2019, édition bilingue, trad. italien Michel Orcel, 352 pages, 10 € . Ecrivain(s): Giacomo Leopardi Edition: Classiques Garnier

 

Les poètes ont-ils tous leur place sur le monument de Dante ? Giacomo Leopardi s’est octroyé la sienne. Jeune homme de santé fragile et d’un talent inouï, Leopardi a construit dans son Zibaldone et ses Canti un système philosophique et poétique qui a influencé toute la littérature et la pensée de son temps, notamment Schopenhauer et Nietzsche. Le second poème de ses Canti, sans doute l’un des plus réussis, intitulé Sur le monument de Dante, pourrait servir de manifeste à toute la poésie lyrique que Leopardi considère comme « la cime, le comble, le sommet de la poésie, qui est elle-même le sommet du discours humain » (Zibaldone).

On pourrait définir le poète comme un homme qui a trop lu Dante. Définition légère, bien peu académique, mais vérifiée dans la première partie des Canti. Les neuf premières canzones, plus ou moins régulières, sont encore classiques et d’inspiration dantesque. Seguitando il mio canto con el suono (Purgatoire, I, 10 : « Suivant mon chant avec cette musique ») : le chant léopardien a débuté comme ça, comme une variation de La Divine Comédie. On retrouve bel et bien, dans les Canti, la « selva oscura » (forêt obscure) du début de l’Enfer, le « veglio solo » (vieillard solitaire) à l’entrée du Purgatoire ainsi que des Béatrice, celle qui ouvre le Paradis (« quand je vis Béatrice, tournée / sur son flanc gauche, regarder le soleil »).

Tolérance, liberté de conscience, laïcité, Quelle place pour l’athéisme ?, Louise Ferté, Lucie Rey (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 26 Juin 2019. , dans Classiques Garnier, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Tolérance, liberté de conscience, laïcité, Quelle place pour l’athéisme ?, Louise Ferté, Lucie Rey, avril 2018, 252 pages, 34 € Edition: Classiques Garnier

 

Grand historien de la philosophie, Étienne Gilson définissait ainsi l’athéisme : « doctrine qui, après mûre réflexion, conclut comme une certitude rationnelle que rien qui réponde au mot “dieu” nexiste en réalité » (cité p.9). La phrase mérite d’être examinée de près. « Après mûre réflexion » exclut la négation de Dieu sous le coup du désespoir ou de la colère. « Certitude rationnelle » va dans le même sens : il ne s’agit pas de proclamer l’inexistence de Dieu après une catastrophe collective (comme le séisme de Lisbonne) ou un deuil privé. « Rien qui réponde au mot “dieu” » correspond au nœud du problème. Que convient-il de mettre sous ce vocable ? Le créateur d’un univers infini, fait de milliards de galaxies contenant chacune des milliards d’étoiles ? L’entité qui accompagne le destin individuel de tous les êtres humains ayant jamais vécu (et qui veille sur eux) ? L’intelligence qui sait tout de tout et de tous à chaque seconde ? Le mot « Dieu » recoupe-t-il la même chose dans le judaïsme que dans l’islam ou chez les Aztèques ?

Cioran, archives paradoxales, Collectif (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 06 Mai 2019. , dans Classiques Garnier, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Cioran, archives paradoxales, Collectif, février 2019, 273 pages, 39 € Edition: Classiques Garnier

 

 

En mémoire du mariole atrabilaire

Pour qui aime Cioran ou souhaite le découvrir, se frotter à ses élucubrations fulgurantes, ce spicilège d’une étoffe résistante tombe à point nommé. Fruit de diverses études menées par des connaisseurs de l’œuvre du funambule de l’abîme, il explore l’archipel cioranien et en valorise toutes les richesses. Le thème de la solitude en est le pivot : « Véritable aiguillon existentiel et nœud gordien de son œuvre, la solitude est à la fois, chez Cioran, ressort littéraire et invitation au mutisme » (Aurélien Demars).

La Stásis dans la politique d’Aristote La cité sous tension, Esther Rogan (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 20 Novembre 2018. , dans Classiques Garnier, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

La Stásis dans la politique d’Aristote La cité sous tension, janvier 2018, 430 pages, 52 € . Ecrivain(s): Esther Rogan Edition: Classiques Garnier

 

On connaît la formule d’Aristote suivant laquelle l’être humain est unzoôn politikon, un animal destiné à la vie en société. Comme l’ont montré les multiples exemples d’enfants sauvages ou d’enfants-loups (qu’il se soit agi d’expériences ou de hasards), aucun individu ne peut se développer normalement loin de ses semblables.

Une fois ce principe posé, Aristote ne s’est pas contenté d’imaginer, comme tant de penseurs, une société idéale, harmonieuse, où chacun vivrait en bonne entente avec ses semblables. Il a introduit au cœur de sa vision une notion redoutable, la stásis, vocable polysémique, que les dictionnaires de Bailly et de Magnien-Lacroix traduisent par soulèvement, révolte, division politique entre deux personnes, opposition, désaccord, querelle… Le mot n’est pas spécifique au lexique aristotélicien, qui se retrouve dans le Nouveau Testament.

Alkemie n°21, L’utopie (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 21 Septembre 2018. , dans Classiques Garnier, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Revues

Alkemie n°21, L’utopie, Classiques Garnier, juin 2018, 338 pages, 35 € Edition: Classiques Garnier

 

Alkemie se présente comme une revue semestrielle de littérature et de philosophie. Chaque numéro se fonde sur un thème traité en profondeur autour duquel se greffent diverses créations, fictions ou réflexions. Les numéros antérieurs ont abordé les thématiques cardinales de la mélancolie, l’oubli, la mort, la solitude, le silence, l’autre, l’éros, l’ennui, l’imaginaire… Le numéro 21 paru en juin 2018 se focalise sur l’utopie. Il s’ouvre sur une agora extrêmement stimulante portant sur le diptyque de l’absurde et du langage. Quatre écrivains d’origine roumaine y sont convoqués : Cioran, Fondane, Tzara, et Ionesco, le drolatique dramaturge qui révolutionna le théâtre traditionnel et qui confirme ici son talent d’essayiste et de théoricien de l’art : « S’attaquer à un langage périmé, tenter de le tourner en dérision pour en montrer les limites, les insuffisances, tenter de le faire éclater, car tout langage s’use, se sclérose, se vide ; tenter de le renouveler, de le réinventer ou simplement de l’amplifier, c’est la fonction de tout créateur ». Tristan Tzara, lui, percute les conformismes, affûte ses formules à l’emporte-pièce : « Je ne suis ni pour ni contre et je n’explique pas car je hais le bon sens ». Aurélien Demars, à l’appui de ce quatuor virtuose de libres penseurs plaide implicitement pour un isolement salutaire :