Identification

Editions de l'Aube

 

Les éditions de l’Aube ont été créées en 1987 par un groupe d'intellectuels, de chercheurs et d'écrivains qui voulaient participer à l'essor de l'édition en province. Le cœur du projet était d'éditer des créateurs dissidents, contestataires, des essais d'actualité et des ouvrages sur l'aménagement des territoires.Elles sont situées dans le Vaucluse, à La Tour-d'Aigues, avec un diffuseur-distributeur arlésien, Harmonia Mundi, et une antenne parisienne.

L'Aube a publié plus de 1 800 titres en 25 ans. La maison d'édition publie une cinquantaine de livres par an et propose deux collections de littérature, Regards croisés et Regards d'ici et quatre collections d'essais : Monde en cours, Ère planétaire, Urgence de comprendre et Conversation pour l'avenir animée par Gilles Vanderpooten.

Elle possède aujourd'hui une collection polar, Aube noire, dirigée par Manon Viard.

 

Nulle autre voix, Maïssa Bey (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 03 Octobre 2018. , dans Editions de l'Aube, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb, En Vitrine

Nulle autre voix, Maïssa Bey, Barzakh/Aube, août 2018, 248 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Maïssa Bey Edition: Editions de l'Aube

Une femme absurde

Après Hizya (http://www.lacauselitteraire.fr/hizya-maissa-bey), Maïssa Bey publie son dernier roman, Nulle autre voix. Le roman s’ouvre sur une séquence de violence qui secoue le lecteur et l’incite dès les premières pages à s’investir dans la fiction. La narratrice tue son mari. Pour elle, « la seule issue était la mort »(p.46). A cause de cet acte, la société l’efface en la privant de son nom et de son corps. Elle ne devient qu’un cas. Un cas hors normes. En revanche, la narratrice reconnaît son crime et ne nourrit aucun remords. C’est l’homicide qui lui procure jubilation et délivrance.

Après les années de prison, elle retourne à son appartement et sombre dans la solitude. L’après-prison lui permet de se connaître, de découvrir cette Autre cachée en elle, et surtout de se réapproprier son corps. Un jour, une écrivaine vient la rencontrer dans l’intention de transformer la vie de la criminelle en roman. « Je suis ou je serai bientôt un personnage de roman » (p.132). Du jour au lendemain leurs rencontres se multiplient, la complicité s’installe, et le mystère du personnage principal s’élucide grâce à des secrets, des fragments de vie, des anecdotes et des scènes de la vie ordinaire.

La patience du baobab, Adrienne Yabouza

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 09 Mars 2018. , dans Editions de l'Aube, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La patience du baobab, février 2018, 166 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Adrienne Yabouza Edition: Editions de l'Aube

Bien après l’heure des cadeaux, il en est encore, et ce petit joyau en est la preuve…

Histoire délicieuse, et en même temps profondément sérieuse ; un sourire d’Afrique noire, comme il en est là-bas : humain d’abord, même au cœur des ennuis, avec cette aptitude (ou cette obligation) à plier sans rompre sous les pires orages. Leçon, pour ces « Blancs de France ; (ceux à qui il) faut beaucoup plus de gris-gris qu’aux Africains pour vivre en paix avec les autres… ».

« L’amour, c’est pas plus facile que le reste de la vie… c’est à cause des bâtons dans les roues sous toutes les latitudes », nous dit celle qui parle et palabre, racontant à l’Africaine – c’est-à-dire tellement mieux et passionnant qu’ailleurs – des histoires autour de mariage(s) entre une Noire et un Blanc de France, de Bourgogne-pays du vin, carrément. Deux copines de Bangui – République Centre Afrique ; Ambroisine, celle qui « se mariera le mois prochain, juste avant la saison des pluies » et notre Adrienne-Aisssatou, à moins qu’Aissatou-Adrienne, qui suivra le mouvement. Il est donc question du mariage, ses usages, ses falbalas, en terre africaine – un autre mariage suivra en pays de France (après avoir atterri à « Charlie Di Golle »), mais entre les deux mariages, il faut « avoir survolé une bonne partie du monde, dont le grand désert », et ajouterons-nous, pas mal d’embêtements – mot très faible, en ayant traversé tout ça avec la patience et l’obstination africaine, un sujet en soi.

Les Harmoniques, Gérald Tenenbaum (2ème critique)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 25 Avril 2017. , dans Editions de l'Aube, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les Harmoniques, février 2017, 224 pages, 22 € . Ecrivain(s): Gérald Tenenbaum Edition: Editions de l'Aube

Roman urbain à la tonalité mémorielle mélancolique, vibrant et bariolé tissage de relations et d’échanges, Les Harmoniques nous emmène aux confins du réel et de l’imaginaire en nous faisant entendre un vaste concerto de destins croisés dont émerge la beauté de rencontres improbables. Gérald Tenenbaum y explore le champ des possibles offert à quatre héros qu’il lance sur « des sentiers prêts à bifurquer ». Deux Français, un journaliste au chômage et un mathématicien, et deux Argentines, une actrice dont la sœur jumelle a disparu et une auteure de romans de jeunesse, vont ainsi se croiser, l’auteur éclairant certains moments de leur existence où s’ouvre ou se ferme une porte sur l’inconnu, sans que l’on puisse à court terme en déceler l’impact. Et c’est une autre perception des événements qui se fait jour. C’est un autre univers qui s’ébauche, interrogeant notre propre rapport au monde.

Cette histoire d’amour et d’amitiés se déroule sur une vingtaine d’années (1993/2015) de part et d’autre de l’océan, essentiellement entre Paris et surtout Buenos Aires, avec quelques incursions à Madrid ou brièvement à Tel Aviv, pour se terminer à Venise sur un « accord parfait », aboutissement d’un « long détour ». Mais, passant sous silence de très nombreuses périodes, l’auteur a savamment déconstruit son récit pour nous proposer un puzzle narratif réconciliant le destin et le hasard.

Les Harmoniques, Gérald Tenenbaum

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 22 Avril 2017. , dans Editions de l'Aube, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les Harmoniques, février 2017, 224 pages, 22 € . Ecrivain(s): Gérald Tenenbaum Edition: Editions de l'Aube

 

« Eh bien, les philosophes considèrent que le hasard est, disons, ontologique, les matheux qu’il est purement logique, et nous, les physiciens… […] qu’il est juste tautologique ! »

 

Venise, lundi 2 février 2015. Un homme attend. Un vaporetto accoste. Une femme en descend, valise en main. L’homme s’approche, il saisit la valise. « De sa main libre, il désigne l’entrée du Danieli. Elle secoue brièvement la tête, comme pour dire est-ce réel, faut-il y croire, je n’y crois pas, puis lève les yeux vers lui. […] Ils se dirigent vers le palace. Il porte la valise, qu’il pourrait faire rouler. Ils ne se parlent pas, mais ils avancent en harmonie ». Quelques mots, quelques silences, quelques lignes, les voiles du récit s’emplissent de personnages, d’images et de parfums, et le roman s’éloigne de ce débarcadère vénitien, pour emmener le lecteur vers d’autres lieux et d’autres moments.