Exister, autre que soi ; se cacher derrière une identité, ou un pseudo ; être, pour quelques heures, pour quelques mois, celui qu'on aurait aimé incarner - ou détester, c'est selon... vieille comme le monde, la manœuvre… Inversion des rôles ; fête des fous, carnavals du Moyen Age - le futé - qui, pour une paire d'heures, faisait du manant, un seigneur. Masques, à longueur d'année dans la Venise en décomposition du 18è siècle des sons/Vivaldi. Et encore et surtout, vieille comme la littérature, l'amusette ; car, « je », sachant écrire, peut, tout à loisirs, être « tu », ou « il »...
Ella Balaert sait tout ça, et son bagage culturel ruisselle des masques - jolis loups de couleur - et des yeux, plus sombres, plus inquiétants, de la couverture de son « Pseudo ». On comprend, d'entrée de jeu que sur son bureau d'écriture, il y a - empoussiéré ou connu par cœur, on ne sait - « Les liaisons dangereuses », et peut-être aussi le « Nous sommes cruels » qui avait valu, il y a peu, à Camille De Peretti, un joli succès de librairie... Mais, depuis quand faudrait-il que cela puisse castrer une autre écriture, quand il s'agit des fondements de la personne humaine.
C'est alors que tout change… pour que rien ne change. La lettre LVII (le vicomte à la marquise) ; 2 pages serrées, « De … ce 5 septembre 17** » du Choderlos, devient : « 09h56 ; de : Ulysse (pseudo) à Eva (pseudo) ; objet : badinages ». 5 petites lignes au parfum de messagerie, dont un PS fondamental « à propos, de quelle couleur ; vos rideaux ? »