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Zoe

Les Éditions Zoé sont créées en 1975 par Michèle Zurcher, Arlette Avidor, Sabina Engel et Marlyse Pietri à Carouge (canton de Genève). En 1982, Marlyse Pietri se retrouve seule et jusqu'en février 2011, les Éditions Zoé seront dirigées par elle. En 1982, les Éditions Zoé signent un contrat de diffusion en France avec Harmonia Mundi. Les Éditions Zoé font paraître des romans et des récits d’écrivains de Suisse romande, de France, de Suisse allemande, d’Afrique et d’Asie. Elles recherchent des auteurs qui révèlent une attitude radicale envers l’écriture et savent créer un univers littéraire. Elles ont aussi à leur catalogue des livres de poches et une collection de petits livres au format de cartes postales (79 titres pour connaître la littérature suisse).

La Vache, Beat Sterchi (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 13 Octobre 2020. , dans Zoe, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman, En Vitrine, Cette semaine

La Vache (Blösch, 1983), Beat Sterchi, trad. allemand, Gilbert Musy, 471 pages, 22 € Edition: Zoe

 

Dans ce roman, point de guerre et de grands massacres comme l’Histoire nous en réserve régulièrement depuis toujours. Et pourtant il n’est question ici que de la Mort que l’homme porte en lui pour lui et pour les autres êtres vivants. Ce ne sont que des vaches ? Le cauchemar, sous la plume brûlante de Beat Sterchi, n’en est que plus terrifiant avec trois niveaux de lecture, l’un immédiat et déjà terrible, l’autre métaphorique et plus terrible encore, le dernier ontologique et ravageant.

Les flots de sang accompagnent les hommes comme ceux qui coulent dans leurs veines et, avec eux, la lâcheté, la faiblesse, le mépris, la misère de l’âme.

On peut lire ce roman comme un roman sur le monde rural, décortiquant avec réalisme la vie quotidienne des éleveurs laitiers et celle de leurs ouvriers agricoles, souvent issus de l’immigration espagnole ou italienne. L’étable, les déjections, les vaches malades, les vêlages difficiles, les temps de travail interminables avec le seul congé partiel du dimanche, la saleté, la solitude, constituent la scansion obstinée des jours qui suivent les jours.

Aline, Charles-Ferdinand Ramuz (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 29 Septembre 2020. , dans Zoe, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Aline, 165 pages, 10 € . Ecrivain(s): Charles Ferdinand Ramuz Edition: Zoe

 

La beauté épurée de ce roman atteint au plus profond de l’âme. Charles-Ferdinand Ramuz, immense écrivain Ô combien oublié de nos jours, a écrit ce bref roman en ses débuts littéraires. Dans cette époque, l’écrivain suisse produisait des œuvres d’une grande simplicité, des histoires dépouillées, dans un style qui ne l’était pas moins. Le résultat est ébouriffant. Imaginez un Giono sans la Provence, enraciné dans le Canton de Vaud. Un petit village sans nom, de rares habitants qui vivotent au quotidien et – c’est le sujet de ce roman – un drame d’amour.

Aline est une jeune femme un peu simplette qui vit avec sa mère. Elle est effrayée par tout, les gens, la vie. Comment imaginer qu’elle puisse un jour penser au sexe ? Et pourtant, c’est ce qui lui arrive quand le beau Julien Damon lui fait la cour. C’est le fils d’une bonne famille, riche (en tout cas pour ce pauvre village). La rencontre amoureuse n’a rien d’un érotisme brûlant. Jugez-en.

Trois réputations, Jérémie Gindre (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 18 Mars 2020. , dans Zoe, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Trois réputations, Jérémie Gindre, janvier 2020, 128 pages, 15 € Edition: Zoe

 

L’illustration de couverture, signée Simon Roussin, nous révèle un aspect fondamental du livre : la place qu’y tient la nature. Ses couleurs lumineuses s’accordent même au caractère fantasque, éclaté, à la fois réjouissant et étrange, de ces trois destins qui nous sont narrés, définitivement hors norme.

D’une certaine façon, le lien avec la nature, dont notre époque nous fait valoir l’importance et le retour, Jeannie Plantier, Epke Janssen et Bill Ronson le possèdent mieux que quiconque. Paradoxalement, c’est parce qu’ils ont appris et connaissent cette connivence privilégiée avec les espaces naturels qu’ils sont parmi les plus éloignés de leurs semblables – le rapprochement avec la terre rendrait-il moins humain ?

C’est une des réflexions que l’on peut se faire à la lecture de Trois réputations de Jérémie Gindre, dont l’humour, et même la causticité à certains moments, n’a d’égal que la fantaisie et l’austérité de ses trois protagonistes.

L’Amour du monde, Charles-Ferdinand Ramuz (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 09 Janvier 2020. , dans Zoe, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’Amour du monde (1925), 200 pages, 10 € . Ecrivain(s): Charles Ferdinand Ramuz Edition: Zoe

 

Il y a toujours quelque chose d’étrange, de décalé dans les romans de Charles-Ferdinand Ramuz. Cela tient à ses univers dépouillés, ses récits d’une simplicité biblique, ses personnages frustes et surtout à son style si particulier, fait d’un mélange de sophistication et d’expression élémentaire. Il faudrait imaginer un Giono en plus épuré encore pour se rapprocher de l’écriture ramuzienne. Il faut cependant dire clairement que ce livre dépasse dans l’étrangeté tous les romans de Ramuz.

Ici encore, on retrouve son éternelle bourgade suisse – ici au bord du Léman – et ses personnages archétypiques, qui s’occupent au petit négoce, aux travaux domestiques, aux enterrements et aux amours des jeunes gens. Le monde de Ramuz – celui d’Aline* – fermé sur lui-même, coupé du temps et de l’espace environnant, un microcosme de passions simples et de drames privés.

« Il faut dire que nous sommes ici une petite ville de 4 ou 5000 habitants, pas plus, et qui s’était toujours tenue en dehors de la circulation. Nous sommes bien sur la ligne des grands rapides internationaux, mais ils passent sans s’arrêter.

Ce que je peux dire de mieux sur la musique, Robert Walser (par Nathalie de Courson)

Ecrit par Nathalie de Courson , le Vendredi, 05 Juillet 2019. , dans Zoe, Les Livres, Essais, La Une Livres, Langue allemande, Arts

Ce que je peux dire de mieux sur la musique, mai 2019, trad. allemand Marion Graf, Golnaz Houchidar, Jean Launay, Bernard Lortholary, Jean-Claude Schneider, Nicole Taubes, 220 pages, 21 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Zoe

« Devant la musique je n’éprouve jamais qu’un seul sentiment : je manque de quelque chose. Je ne comprendrai jamais la raison de cette douce tristesse et je n’essayerai jamais non plus de la comprendre (…) Quelque chose me manque quand je n’entends pas de musique, et quand j’en entends le manque est encore plus grand. Voilà ce que je peux dire de mieux sur la musique ».

Dans ce texte daté de 1902, Robert Walser précise qu’il ne pratique aucun instrument : « Je ne trouverai jamais cela assez enivrant ni assez doux de faire de la musique ». Pour examiner l’œuvre de Walser dans sa composante musicale, Roman Brotbeck et Reto Sorg n’ont donc pas manqué d’audace en sélectionnant, rassemblant et présentant chronologiquement soixante courts textes de l’écrivain publiés entre 1899 et 1933, dont trente-et-un sont inédits en français. Mais avec Walser les audaces sont les bienvenues et ses lecteurs savent à quel point cette écriture désinvolte et primesautière se laisse décrire comme une « petite musique » requérant une écoute attentive : « Écoutez encore, patients lecteurs, s’il vous reste une oreille, car à présent différents personnages se préparent à vous présenter leurs très humbles respects ».