Identification

Editions Zoe

Les Éditions Zoé sont créées en 1975 par Michèle Zurcher, Arlette Avidor, Sabina Engel et Marlyse Pietri à Carouge (canton de Genève). En 1982, Marlyse Pietri se retrouve seule et jusqu'en février 2011, les Éditions Zoé seront dirigées par elle. En 1982, les Éditions Zoé signent un contrat de diffusion en France avec Harmonia Mundi. Les Éditions Zoé font paraître des romans et des récits d’écrivains de Suisse romande, de France, de Suisse allemande, d’Afrique et d’Asie. Elles recherchent des auteurs qui révèlent une attitude radicale envers l’écriture et savent créer un univers littéraire. Elles ont aussi à leur catalogue des livres de poches et une collection de petits livres au format de cartes postales (79 titres pour connaître la littérature suisse).

Les Billes du Pachinko, Elisa Shua Dusapin (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 07 Septembre 2018. , dans Editions Zoe, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Les Billes du Pachinko, août 2018, 144 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Elisa Shua Dusapin Edition: Editions Zoe

Les Billes du Pachinko, second roman très attendu d’Elisa Shua Dusapin, vient confirmer sans conteste le talent de cette jeune écrivaine. Après Hiver à Sokcho, roman identitaire et existentiel en demi-teintes se déroulant dans une petite station balnéaire endormie d’une Corée du Sud hivernale, il nous transporte, lui, dans la trépidante capitale japonaise de Tokyo par une chaleur estivale d’une moiteur étouffante. Et on y retrouve cette capacité de l’auteure à créer par petites touches délicates une atmosphère singulière et à saisir le monde intérieur de ses personnages grâce à une écriture dépouillée tout en finesse. Une écriture concrète et précise s’attachant à nommer les choses, à la fois sensuelle et imagée, attentive aux sons, aux odeurs et aux matières et riche de significations souterraines. Une écriture sensible et subtile introduisant une sorte de flottement, de décalage et de confusion entre monde extérieur et intérieur, où les paysages décrits reflètent en partie des paysages mentaux comme les infimes faits quotidiens relatés viennent souvent faire écho à des états émotionnels, les animaux et les choses disant aussi indirectement beaucoup de la manière dont est perçue le monde.

Là-bas, août est un mois d’automne, Bruno Pellegrino

Ecrit par Nathalie de Courson , le Vendredi, 09 Février 2018. , dans Editions Zoe, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Là-bas, août est un mois d’automne, janvier 2018, 222 pages, 17 € . Ecrivain(s): Bruno Pellegrino Edition: Editions Zoe

 

Dans ce premier roman, Bruno Pellegrino imagine librement la vie du poète suisse Gustave Roud (1897-1976) avec sa sœur aînée Madeleine à partir de documents tirés de l’œuvre et de la correspondance du poète.

C’est un livre que l’on pourrait, à la manière de Flaubert, appeler « livre sur rien », ou du moins sur presque rien : la maison avec son jardin, la sœur, le frère, tous pris entre 1962 et 1972 dans « l’épaisseur des jours », des mois et des saisons.

La maison est située dans le « là-bas » du titre, tout au bout d’un village vaudois. Gustave et Madeleine y sont entrés quand ils avaient onze et quinze ans et ne l’ont plus quittée. Bruno Pellegrino la décrit minutieusement, parfois même en poète avec ses poutres apparentes, ses odeurs, ses lumières vacillantes, ses courants d’air, ses armoires en chêne, et sa poussière qui prend possession de l’espace et « charrie les résidus des travaux et des gens, rognures d’ongles, cheveux, peaux mortes des visages et des sols ».

L’enfant du bonheur et autres proses pour Berlin, Robert Walser

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 15 Janvier 2018. , dans Editions Zoe, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

L’enfant du bonheur et autres proses pour Berlin, trad. allemand Marion Graf, 304 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Editions Zoe

 

L’écrivain suisse, de langue allemande, né en 1878, est décédé à 78 ans en 1956. De 1907 à 1933, l’auteur a publié de très brèves chroniques (de deux à quelques pages) dans le Berliner Tageblatt.

D’une thématique très variée, ces chroniques couvrent des sujets qui vont du fait divers (une soirée d’incendie) à des réflexions sur l’art d’écrire, en passant par de courts récits (rêves ou choses vues).

La plume, alerte, élégante, fluide, révèle un art très sûr de l’air du temps et des atmosphères d’une époque riche, à l’heure du charleston et autres bas-bleus de ce temps.

La brève note, la chronique du jour, la notation sur le vif (à la Léautaud mais en moins acide, certes) servent bien le propos d’un auteur saisi de l’art d’écrire vite et bien.

Le statut même de l’écrivain y trouve sa place, dès l’entame du livre (pp.8-10) :

L’implacable brutalité du réveil, Pascale Kramer

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 12 Décembre 2017. , dans Editions Zoe, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’implacable brutalité du réveil, novembre 2017, 208 pages, 9 € . Ecrivain(s): Pascale Kramer Edition: Editions Zoe

 

Après la naissance de sa fille, Alissa sombre dans une profonde dépression. Silencieuse et invisible, sa détresse demeure incompréhensible pour son entourage : les uns sont empêtrés dans des épreuves bien plus tangibles (divorces ou mutilations de guerre), les autres s’en tiennent aux idées communes relatives à une jeune mère de famille, et, en effet, Alissa n’a-t-elle pas tout pour être une femme comblée ?

Sans le tour de force magistral de Pascale Kramer, sans doute aurait-il fallu être mère, et pour peu mère indigne, pour ressentir l’effroyable renoncement à soi qui s’impose à son héroïne. Seulement voilà, l’écriture est généreuse et fait partager, percevoir sinon presque comprendre le double sentiment de dépossession et d’oppression qui s’empare d’Alissa. Dans la vraie vie comme dans la fiction, la colère sourde ignore la demi-mesure et c’est la raison pour laquelle le lecteur ne s’étonnera guère de l’incongruité des réflexions qui entourent la naissance de sa fille Una : est-il possible que « l’épanouissement puisse naître de cette dépendance, de cette inquiétude sans rémission ni échappatoire », de cette « inguérissable fragilité, avide, perdue, souffreteuse, incompréhensible » ou encore de « cette éternité qui s’annonc[e] sans autre choix possible » ?

L’Etang et Félix, Robert Walser

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 27 Septembre 2017. , dans Editions Zoe, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Récits

L’Etang et Félix, juin 2016, trad. suisse allemand et allemand Gibert Musy, 96 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Editions Zoe

 

Débutons, une fois n’est pas coutume, par la célébration d’un métier en voie de disparition, comme tous ceux qui font intervenir de l’humain dans le commerce, voire font passer l’humain avant le commerce : bouquiniste. Dans la vie de tout lecteur, il y a un bouquiniste au moins, parce qu’on cherche un livre rare, épuisé, ou parce qu’on est sans le sou, et ce bouquiniste, par son manque total de lien à l’actualité (peu lui chaut la dernière sortie à la mode journalistique, de toute façon, il ne l’a pas en rayon), s’avère un véritable amoureux de la chose écrite, et un précieux conseiller en défrichage et en visite de sentiers peu battus. A titre personnel, j’ai connu deux bouquinistes de cet acabit : le lecteur que je suis devenu leur est redevable de beaucoup.

Un des deux, aujourd’hui décédé, a un jour attiré mon attention sur Robert Walser (1878-1956), en me citant la première phrase de son roman L’Institut Benjamenta (1909) : « Nous apprenons très peu ici, on manque de personnel enseignant, et nous autres, garçons de l’Institut Benjamenta, nous n’arriverons à rien, c’est-à-dire que nous serons tous plus tard des gens humbles et subalternes ».