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L'Harmattan

Les Éditions L'Harmattan sont une maison d'édition française, créée et dirigée par Denis Pryen depuis 1975, et qui tire son nom du vent l'Harmattan.


Lumière, doucement, Marian Draghici (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 01 Février 2019. , dans L'Harmattan, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Poésie

Lumière, doucement, avril 2018, trad. roumain, Sonia Elvireanu, 114 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Marian Draghici Edition: L'Harmattan

 

La mer, la lumière et puis la présence obsédante qui s’avance sur la pointe des douleurs :

« doucement, viens à moi mot à mot » avec aussi le poids d’une plume passant par « un hibou de dix tonnes » pour faire apparaître, dans cette sorte de rêve, la « chose », la douleur transcendant l’image de souvenirs doux rêvés en cauchemars colorés à l’instar d’un film terrifiant puisque « elle souriait à la fenêtre/ après qu’on lui avait arraché/ mains/ cœur/ cheveux ».

Le souvenir se fait terre, os, cheveux, autant d’images suggérant une sorte d’éclatement de la stupéfaction. Comme une idée se serait jetée contre un mur le souvenir la tête la première. Avec une dislocation à partir de soi éclaboussée sur les éléments tout autour, le texte est pressenti, page après page, de titres improbables annonçant le chaos. J’ai songé à des tableaux de Bosch où toute l’humanité s’éclate en diverses attitudes quotidiennes exacerbées dans une imagination prolifique.

Le silence d’entre les neiges, Sonia Elvireanu (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 25 Janvier 2019. , dans L'Harmattan, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Poésie

Le silence d’entre les neiges, avril 2018, 132 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Sonia Elvireanu Edition: L'Harmattan

 

« J’ai crié ton nom, tu n’étais nulle part » : c’est presque ainsi que commence cet écho vibratoire de l’amour perdu. On sait ce choc immense sans mesure, et pourtant la poète va lui offrir un contexte renaissant à l’éveil, à la recherche d’une lumière blanche, celle qui aveugle tellement qu’elle repousse le cri, le laissant dans la gorge du temps positionné en images figées pour l’éternité.

La pure neige servira d’encensoir à la page blanche des mots. Le nom du disparu se fera chaque pas dans la neige, « traces grandissantes » de ces silhouettes qui ressemblent à des fantômes à souvenirs.

« Il nous reste le silence » dit Sonia. Un silence qui fond sur la page comme un flocon disparaît sur une surface chaude, y laissant la tache d’eau espérant l’éclat d’une autre vie possible ou ailleurs.

Comment ne pas songer à cette phrase d’Yves Montand après la disparition de Simone Signoret : « On ne refait pas sa vie, on la continue » ? Le bagage, ici, est silencieux. Il n’en est pas moins lourd pour autant avec des « souvenirs qui arrachent, brûlent, dévorent dans la solitude ».

Avènement d’un rivage, Jacques Guigou

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 31 Mai 2018. , dans L'Harmattan, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Avènement d’un rivage, mars 2018, 66 pages, 10 € . Ecrivain(s): Jacques Guigou Edition: L'Harmattan

 

« Déplacé par les courants du Rhône

le rivage revient

chargées ou lestes

les saisons de son passé

signent ses lignes à venir

altérés insatisfaits

les sables de Petite Camargue

n’en finissent jamais

de faire des avances à la mer » (p.11)

Quand on aura le temps, Cédric Bonfils

Ecrit par Marie du Crest , le Vendredi, 02 Mars 2018. , dans L'Harmattan, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La rentrée littéraire, Jeunesse, Théâtre

Quand on aura le temps, août 2017, 70 pages, 11 € . Ecrivain(s): Cédric Bonfils Edition: L'Harmattan

 

« C’est du théâtre… »

La première de couverture d’un livre se doit d’être une invitation à la lecture, une « image » du texte, comme un premier songe de lecture. L’illustration qui accompagne la pièce de Cédric Bonfils est au contraire une abomination : comment l’éditeur a-t-il pu publier en l’état ce texte doux et subtil avec une telle couverture ? Certes, l’on retrouve deux personnages adolescents assis dans l’herbe côte à côte, comme dans la scène 5, mais présentés dans d’atroces couleurs : la jeune fille au visage bruni (l’enfant du voyage), vêtue tout en rose et le garçon du village, lui comme par hasard au teint très blanc. Je passerai sous silence les connotations pitoyables de tout ceci. Il faut donc se faire violence pour tourner les pages du livre, aller vers les dédicaces nombreuses (5 dédicataires de l’intimité de l’auteur sont mentionnés) et inscrites dans l’enfance et l’amitié, en prélude au leitmotiv du voyage et à celui du temps nécessaire à la vie, semblable à une route.

Ailes ouvertes, Jean-Yves Lenoir

Ecrit par Maëlle Levacher , le Mardi, 11 Juillet 2017. , dans L'Harmattan, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Ailes ouvertes, 142 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Jean-Yves Lenoir Edition: L'Harmattan

 

Alors que l’on parcourt la Table d’Ailes ouvertes avant de le refermer, le contenu de chacune de ses trente-sept sections nous apparaît distinctement. Il est rare que les sections d’un ouvrage s’ancrent exhaustivement dans la mémoire du lecteur. Ce livre compile, certes, des textes écrits indépendamment les uns des autres, mais c’est bien au talent de l’auteur qu’il faut attribuer l’identité serrée, condensée, de chacune de ces proses poétiques, qui composent d’ailleurs un ensemble en rien disparate. Chaque section ressemble à la toile d’un peintre qui, image fixe, « aplatit » un récit dans l’espace et le temps. Mais quelques motifs récurrents assurent l’unité d’ensemble. Variations de figures féminines, enfantines ; variation polysémique du papillon blanc, qui est la page appelant l’encre, mais aussi l’avatar de femmes aimées ou disparues, et surtout l’avatar du poète, son relai-espion ayant seul, par sa légèreté et sa mobilité, accès à tous les recoins de la mémoire. Ces variations donnent au recueil une unité de ton ; ainsi font une valeur mêlée aux couleurs pures, ou un vernis passé sur l’œuvre achevée, pour donner son uniformité à une toile aux motifs bigarrés. La Loire, personnage à part entière du livre, pourrait être cette valeur ou ce vernis qui passe sur tout, dans tout, l’imprègne sans le saturer.