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Le Castor Astral

Le Castor astral est une maison d'édition française indépendante.

Cofondée en 1975 par Jean-Yves Reuzeau, Chantal Chomette, Cat Dussillols et Marc Torralba, la maison concentre ses activités sur la musique, la littérature, la poésie et les essais.

La maison publie aussi bien des textes d'auteurs du milieu du xxe siècle, comme Emmanuel Bove, Michel Fardoulis-Lagrange ou René Guy Cadou que des auteurs contemporains comme Alain Absire, André-Marcel Adamek, Daniel Biga, Philippe Blasband, Roland Brasseur, Francis Dannemark, Guy Darol, Patrice Delbourg, Philippe Lacoche, Bernard Morlino, Michel Ohl, Lambert Schlechter, Hervé Le Tellier, François Tétreau, Tomas Tranströmer (prix Nobel de littérature 2011), Régine Vandamme, Miriam Van Hee et le groupe Oulipo.

La collection « Curiosa & Caetera », dirigée par Éric Poindron, édite ou réédite des livres rares ou insolites.


Le Versant noir, Kevin Gilbert

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 13 Octobre 2017. , dans Le Castor Astral, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Océanie

Le Versant noir, juin 2017, trad. anglais (Australie) Marie-Christine Masset, 256 pages, 20 € . Ecrivain(s): Kevin Gilbert Edition: Le Castor Astral

 

D’une Australie blanche, conquise sur les populations aborigènes en 1788 – qu’une odieuse fête de commémoration, deux siècles plus tard, rappela en grandes pompes –, il reste pour les Aborigènes quelques réserves, des missions, des lieux de misère pour tout dire, où, parqués, ils peuvent à loisir crever de faim, de saleté, d’injustice, de haine quotidienne à leur égard. Le poète Kevin Gilbert (1933-1993) chante tout cela dans des poèmes âpres, non vindicatifs, mais emplis d’une énergie qui vise à condamner l’état de fait et à espérer – oser espérer – un changement.

Le peuple noir, voulu par les colonisateurs, déchu, infirme et inférieur, a vécu, recourant à ses propres légendes, pour supporter le réel infligé.

Notre seul combat

Est de survivre

Nos tambours de guerre sont les fracas de la mort

Et le cri de douleur des mères (p.203).

Comme un bal de fantômes, Éric Poindron

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 13 Septembre 2017. , dans Le Castor Astral, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Comme un bal de fantômes, juin 2017, 231 pages, 17 € . Ecrivain(s): Eric Poindron Edition: Le Castor Astral

 

La matière première de la poésie d’Éric Poindron n’est pas Éric Poindron. La chose est assez rare pour servir d’introduction à ce billet. Éric Poindron s’efface dans sa poésie, se met au second plan, ou en fond d’écran, pour laisser place à l’univers, aux univers, d’Éric Poindron, à leur liberté indomptable. Et ces univers sont peuplés des poètes, des ami(e)s, des référents, des maîtres, des lieux, des curiosités qui lui sont si chères. Il est d’usage (de mauvais usage ?) de faire des rapprochements avec d’autres poètes, des maîtres souvent, quand on parle d’un poète. Bien malin celui qui pourrait avec Poindron. D’ailleurs sa poésie est-elle seulement poésie ? Plus exactement la poétique omniprésente de cet ouvrage est-elle « poésie » ? Nul métrage, nulle contrainte rythmique ou rimique, nul carcan. Ces textes sont à l’image de Poindron, libres, inattendus, issus d’un esprit vagabond et d’une culture immense.

On croise ainsi Nerval (Ô combien Nerval, plus Nerval que jamais), et Dumas et Pouchkine et Rimbaud et Apollinaire et Nabokov et … personne et rien, tout le monde et tout. L’univers d’Éric Poindron est justement ça, l’univers, avec ses toutes petites choses et ses très grandes.

Gazoline Tango, Franck Balandier

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 25 Août 2017. , dans Le Castor Astral, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Gazoline Tango, août 2017, 288 pages, 19 € . Ecrivain(s): Franck Balandier Edition: Le Castor Astral

 

 

Cet extrait du nouveau roman de Franck Balandier, Gazoline tango : « …Comme pour Dieu, comme pour tout le monde ici, personne n’existait vraiment à la cité des peintres. Alors, on s’inventait sa vie. On la repeignait. En rose de préférence… Il n’y avait plus de place dans le coin pour la nostalgie, ni pour la poésie et la douceur qui allait avec » donne bien l’atmosphère du récit.

C’est la tâche du romancier d’inventer. Alors l’auteur va s’y atteler, en traquant la réalité de ce monde tout en brodant sans vergogne autour. Et surtout en la concentrant en un lieu d’une banlieue oubliée de tous, autour d’une galerie de personnages tous plus pittoresques et hors normes les uns que les autres. Le titre du roman est emprunté au nom de l’orchestre rock féminin dont fait partie la mère du héros de cette histoire de bruit et de fureur.

Portraits d’insectes, Jean-Henri Fabre

Ecrit par Philippe Chauché , le Lundi, 29 Mai 2017. , dans Le Castor Astral, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, Anthologie

Portraits d’insectes, mai 2017, Edition présentée par Philippe Galanopoulos, Dessins de Pierre Zanzucchi, 14 € . Ecrivain(s): Jean-Henri Fabre Edition: Le Castor Astral

 

« Que de fois aux dernières lueurs du soir, ne m’arrive-t-il pas de le rencontrer lorsque, faisant la chasse aux idées, j’erre au hasard dans le jardin ! Quelque chose fuit, roule en culbutes devant mes pas. Est-ce une feuille morte déplacée par le vent ? Non, c’est le mignon Crapaud que je viens de troubler dans son pèlerinage ».

Merveille des merveilles, plaisir absolu de relire ces portraits d’insectes de Jean-Henri Fabre, le poète scientifique, l’entomologiste du roman de la nature, le génie de l’observation, du détail, l’homme qui se penche dans son jardin de l’Harmas à Sérignan-du-Comtat et voit tout, tout un univers en mouvement permanent, comme sa pensée qui virevolte telle une abeille. Dans sa préface éclairante, Philippe Galanopoulos note : « Fabre conserve (au contraire) le plaisir d’écrire et fait du style une marque de distinction. Il ne se soumet pas à l’orthodoxie du siècle : jamais il n’oppose la littérature à la science ». Jean-Henri Fabre a bouleversé la science, l’observation, et son style, sa manière, cette matière vivante, a passionné ses lecteurs depuis leur première édition en 1879, les scientifiques du monde entier, les lettrés et les écrivains – Victor Hugo, Remy de Gourmont, Maurice Maeterlinck, mais aussi André Breton et Roger Caillois sans oublier le subtil Gilles Deleuze, et Edmond Rostand : « Ce grand savant pense en philosophe, voit en artiste, sent et s’exprime en poète ».

La Main de brouillard, Nicolas Rozier

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 06 Juillet 2016. , dans Le Castor Astral, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

La Main de brouillard, mars 2016, 70 pages, 12 € . Ecrivain(s): Nicolas Rozier Edition: Le Castor Astral

1. Marcher sur les traces d’un « poète noir » (A. Artaud) revient à fouler la cendre brûlante surgissant – rutilante et rugissante toujours – de la fosse sépulcrale d’« où l’oubli dans sa galerie des morts / dresse ses entailles d’incandescence ». Pour que se rallument, se lèvent, reviennent la flamme noire et ces brandons de l’incendie de ces gisants, laminés de leur vivant, retournés encore dans leur tombe jusqu’à nous, ici par une Voix « surpoétisant » – celle de l’auteur Nicolas Rozier –, sa voix surpoétisant le chant infernal de l’un d’entre eux, Francis Giauque. Marcher sur les traces de ce poète de spectrale brume revient à prendre le risque de fouler la cendre brûlante. Nicolas Rozier commet, prend le risque de cette expérience scripturale de l’extrême.

Nicolas Rozier remue dans La Main de brouillard ces fonds embrasés dévorés – ils le furent, brûlés vif, jusqu’au hurlement de l’extinction – par le tournoiement des braises raclant / égorgeant / éventrant la moelle convulsive des trépidations de l’âme au cri palpable des suppliciés, écartelés, déchirés par le tripalium de la conscience prise dans la galaxie abyssale foudroyante du questionnement, dont Francis Giauque fut, Rare parmi les Rares, Astre parmi les Anéantis aux côtés d’Antonin Artaud, Vincent van Gogh, Jacques Prevel (célébré notons-le par l’auteur à l’occasion du centenaire de sa naissance, dans Jacques Prevel, poète mortel, en cette même année 2016 aux Éditions de Corlevour), Jean-Pierre Duprey, Jean-Pierre Begot, etc.