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Le Castor Astral

Le Castor astral est une maison d'édition française indépendante.

Cofondée en 1975 par Jean-Yves Reuzeau, Chantal Chomette, Cat Dussillols et Marc Torralba, la maison concentre ses activités sur la musique, la littérature, la poésie et les essais.

La maison publie aussi bien des textes d'auteurs du milieu du xxe siècle, comme Emmanuel Bove, Michel Fardoulis-Lagrange ou René Guy Cadou que des auteurs contemporains comme Alain Absire, André-Marcel Adamek, Daniel Biga, Philippe Blasband, Roland Brasseur, Francis Dannemark, Guy Darol, Patrice Delbourg, Philippe Lacoche, Bernard Morlino, Michel Ohl, Lambert Schlechter, Hervé Le Tellier, François Tétreau, Tomas Tranströmer (prix Nobel de littérature 2011), Régine Vandamme, Miriam Van Hee et le groupe Oulipo.

La collection « Curiosa & Caetera », dirigée par Éric Poindron, édite ou réédite des livres rares ou insolites.


76 Clochards célestes ou presque, Thomas Vinau

Ecrit par Philippe Chauché , le Lundi, 13 Juin 2016. , dans Le Castor Astral, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Poésie

76 Clochards célestes ou presque, mai 2016, 160 pages, 15 € . Ecrivain(s): Thomas Vinau Edition: Le Castor Astral

 

« Charles Bukowski : Le vieux Buk est né en 1920 et il était déjà vieux. Le vieux Buk est mort en 1994 flétri comme un bébé juteux. Le vieux Buk est le fils unique de l’Amérique »

« Albert Cossery : Albert Cossery pratique la paresse (tout comme Perros) comme un art martial. Celui de la contemplation séditieuse »

« Michel Simon : Accusé d’être juif pendant l’Occupation, d’être collabo à la Libération, d’être agent soviétique ensuite. Une tête à se prendre des gnons. Il est le poupon tordu qui fait tapiner la tendresse »

L’art de l’esquisse et du portrait éclate à chaque ligne des 76 Clochards célestes ou presque. Chaque mot y est pesé. Chaque miniature brossée avec finesse et justesse, les mots dévoilent, les phrases soulignent, éclairent ces croquis savants et savoureux. C’est l’art bref du regard porté sur Antoine d’Agata, Nicolas Bouvier – Il se sert de ses chaussures pour écrire. La rosée est son encre –, et Blaise Cendrars, Billie Holiday, et Georges Perros – Notes et poèmes, petites choses de rien, aiguisés et pointus, ses mots sont tout ce qui résiste au toc et à l’insignifiance (c’est aussi ce qui pourrait être écrit à propos de Thomas Vinau), ou encore Elliot Smith et Lester Young.

Solitudes en terrasse, Patrice Delbourg

Ecrit par Pierre Perrin , le Mardi, 10 Mai 2016. , dans Le Castor Astral, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Solitudes en terrasse, mars 2016, 276 pages, 18 € . Ecrivain(s): Patrice Delbourg Edition: Le Castor Astral

 

Solitudes en terrasse est un livre d’heures liquides et de songeries embrumées. Ce recueil de complaintes des rues et des crus présente un paysage intime, mouillé, téméraire autant que dérisoire, d’une littérature de zinc extrême, dit le prière d’insérer qui s’achève sur cette considération : 227 noms cités constituent un club d’inconsolables dans la sciure des comptoirs. Delbourg n’arrête pas non plus de prévenir : « les guillemets ne l’avaient jamais tracassé / tant il est vrai que l’on ne fait jamais / que réécrire les livres des autres », Le Bonheur des tristes de Luc Dietrich restant l’un de ses préférés. On ne se mettra donc pas à cheval sur les guillemets, encore moins les italiques. L’important, dit-il, est plus sérieux que le respect dû à la Sorbonne qui l’aurait mauvaise.

Quand il nous donne à lire : « les gens aux terrasses des grands boulevards / s’empilent comme des vertèbres / les jeunes filles ont des orages plein les poches », on songe à Yves Martin, bel et bien consigné dans la table des auteurs invités, mais pas à une autre page. Ce qui serait désastreux pour un thésard devient ici une pirouette de sa façon. La table a un pied bot, c’est son droit. De même, « toutes les passantes ne sont pas des chefs d’œuvre ».

Nageur du petit matin, François de Cornière

Ecrit par Pierre Perrin , le Mercredi, 02 Décembre 2015. , dans Le Castor Astral, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Nageur du petit matin, juin 2015, 170 pages, 13 € . Ecrivain(s): François de Cornière Edition: Le Castor Astral

 

Mon projet, s’il en est un, a été de fixer des moments de bonheur, de souffrance, de doute, de peur, d’amour, à côté de celle qui était ma femme et que j’ai accompagnée (mais elle aussi m’accompagnait) pendant dix ans, dans ce qu’on appelle une « longue maladie », écrit François de Cornière sur la 4ème de couverture de son recueil qu’on appelait autrefois « un prière d’insérer ». Rien n’est plus délicat à accomplir. Il continue en évoquant une « vie ordinaire », c’est-à-dire la poésie de Georges Perros. Il termine en précisant que ses poèmes « sont parfois proches de la note, du croquis, du récit ». Pourtant, malgré ces indications, il est très difficile de « juger » – car c’est le rôle de la critique, le reste est publicité – ce volume.

De François de Cornière, poète, force est de démêler le talent et les limites. Ces dernières tiennent en peu de mots, assénés par Pierre Jourde dans La Littérature sans estomac, Esprit des péninsules, 2002. Il ne fait pas de la poésie, il fait poétique. Comment ? C’est très simple, au premier degré. Chaque poème est constitué de vers courts, au vocabulaire prosaïque, d’où toute image est bannie, ou peu s’en faut – et qui cependant narre un instant, une pensée, un sentiment. Le ton de Cornière est patent. Il est d’ailleurs épatant.

La France contre les robots, Georges Bernanos

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 11 Juin 2015. , dans Le Castor Astral, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

La France contre les robots, avril 2015, 247 pages, 18 € . Ecrivain(s): Georges Bernanos Edition: Le Castor Astral

 

Une phrase, croisée au détour d’un recueil de citations, suffit parfois à donner envie de lire l’œuvre dont elle est extraite : On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. De cette phrase percutante, d’une actualité troublante, on apprend qu’elle est signée Georges Bernanos (1888-1948) et qu’elle est extraite d’un essai intitulé La France contre les Robots (1947). A ceci près que ce texte écrit en 1945 n’était plus disponible couramment ; grâces soient donc rendues au Castor Astral pour cette réédition bienvenue, des particularités de laquelle il sera question plus loin, dû aux textes inédits qu’elle contient.

Dès les premières pages, Bernanos, qui écrit alors que la victoire alliée se dessine de plus en plus nettement, met en garde : la Révolution doit se faire, peu importe les conséquences, car « si nous pensions que ce système est capable de se réformer, qu’il peut rompre de lui-même le cours de sa fatale évolution vers la Dictature – la Dictature de l’argent, de la race, de la classe ou de la Nation – nous nous refuserions certainement à courir le risque d’une explosion capable de détruire des choses précieuses qui ne se reconstruiront qu’avec beaucoup de temps, de persévérance, de désintéressement et d’amour ».

Ici dans ça, Mathieu Brossseau

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 02 Avril 2014. , dans Le Castor Astral, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Ici dans ça, 2013, 175 pages, 15 € . Ecrivain(s): Mathieu Brosseau Edition: Le Castor Astral

 

« Et s’il fallait », écrit Mathieu Brosseau en ouverture de Ici dans ça, « dénaître pour enfin accéder au réel, pour le toucher dans son unité ? Tout détruire, l’être et ce qu’il croit être, s’invaginer par des vagues de rage étonnante, pour enfin aborder l’être-là. À l’envers mais en vie. Pour peut-être ne plus parler ».

 

Dénaître par l’écriture.

L’écriture pour « peut-être ne plus parler ».

L’écriture vécue comme vertige.