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Les éditions du Rocher

 

Créées le 1er novembre 1943, les éditions du Rocher sont liées de 1943 à 1965 à leur principal fondateur, Charles Orengo (1913-1974). Elles font partie des rares maisons nées sous l’Occupation, rescapées et toujours vivantes aujourd’hui.

 

Une jeunesse en fuite, Arnaud Le Guern (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 17 Janvier 2019. , dans Les éditions du Rocher, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Cette semaine

Une jeunesse en fuite, janvier 2019, 232 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Arnaud Le Guern Edition: Les éditions du Rocher

 

« J’ai vécu quinze ans fin de la terre, j’y reviens chaque année, en juillet, pour une poignée de jours. Maison de famille, entre Brest et le Conquet, où habitent mes parents. La commune se nomme Plougonvelin. Je préfère le nom de la plage sur laquelle donnent les terrasses de la villa : le Trez-Hir. Mon snobisme. Là-bas, j’ai vue sur l’océan et la campagne dans le dos. Repos du guerrier urbain après trop de derniers verres. Je suis cerné par les paysages de mon enfance. Horizon balnéaire et verdure aux fesses ».

Une jeunesse en fuite est le roman de cette jeunesse balnéaire bretonne, qui s’éternise et s’étire, comme si elle sortait d’une douce sieste face à l’océan. Une jeunesse en fuite est aussi le roman mélancolique d’une chanson d’été de Niagara, Christophe, Vanessa Paradis, ou des Guns N’Roses. Une jeunesse pétillante, amusée, joyeuse, qui flirte avec la vie et ses courbes délicieuses, où rien n’a plus d’importance qu’une certaine nonchalance affective et élective. L’écrivain narrateur possède l’insouciance des personnages des films de Vadim ou des livres de Beigbeder, il lit Charles Bukowski, France Football, l’Idiot International, et Jacques Laurent qu’il préfère lorsqu’il signe Cecil Saint-Laurent.

La mer en face, Vladimir de Gmeline (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 27 Novembre 2018. , dans Les éditions du Rocher, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La mer en face, septembre 2018, 424 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Vladimir de Gmeline Edition: Les éditions du Rocher


« Ce voyage en Allemagne, c’est une drôle d’idée. Un besoin de solder des comptes avec le passé. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des parents communistes, je n’ai jamais vu le film, mais j’ai le titre bien en tête. Parce que Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des oncles nazis, celui-là je l’ai vu en vrai, je l’ai vécu ».

La mer en face est un inouï roman de guerre, une guerre que le narrateur livre au passé familial, une guerre aux silences et aux dissimulations. Un roman noir, où le sang versé hier n’a pas encore séché. Un retour sur le passé, pour qu’enfin il se découvre, qu’il révèle ses secrets, ses démons, et ses crimes. Le narrateur fait le voyage avec son ami Guillaume, un frère de sang, pour voir la mer. La mer qu’une dernière fois ont vu les Juifs assassinés  lors de la Shoah par balles : On va les faire se tourner, face à la mer, le dos exposé aux tireurs, et leurs corps seront jetés dans le trou creusé dans le sable, juste à l’endroit où ils seront tombés, et où s’amoncellent déjà des dizaines de corps.

Les anges nous jugeront, Emmanuel Moses (par Carole Darricarrère)

Ecrit par Carole Darricarrère , le Mercredi, 12 Septembre 2018. , dans Les éditions du Rocher, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Les anges nous jugeront, septembre 2018, 136 pages, 15 € . Ecrivain(s): Emmanuel Moses Edition: Les éditions du Rocher

 

« C’était une nuit d’automne et elle déversait sur la terre, sur ce point infime d’une planète infime, toute l’eau et tout le vent qui avaient conflué en elle (…) ».

Au croisement de l’infiniment petit (l’Homme) et de l’infiniment grand (la Nature), on s’enfonce dans ce récit comme dans un terreau bourgeois, en citadin frileux amateur de grands espaces, en poseur de chevalet s’absorbant à la faveur du plus petit dénominateur commun dans la contemplation shakespearienne d’un tableau biblique jusqu’à en traverser, à ses risques et périls, les plus pénétrants détails.

C’est dans un style chantourné qui ne déteste pas le phrasé d’élection des longues laques de belle facture qu’Emmanuel Moses, grand paysagiste à la lettre et maître de cérémonie du crescendo dramatique quasiment en mode pause, installe en sondeur de solitudes ses nappes plein vent et dresse avec un plaisir manifeste le couvert pour une crèche improvisée de cinq dans laquelle l’enfant tient lieu de modérateur et l’âne de clap final.

Entrées libres, Nouvelles, Philippe Delerm (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Jeudi, 06 Septembre 2018. , dans Les éditions du Rocher, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Entrées libres, Nouvelles, avril 2018, 121 pages, 7,90 € . Ecrivain(s): Philippe Delerm Edition: Les éditions du Rocher

 

Trois nouvelles rééditées.

Les Entrées libres sont plurielles, un clin d’œil culturel ou tout l’art de se renouveler. Cette joie minuscule d’exhumer l’existant, la pépite archéologique oubliée, remontée des profondeurs qui, désormais exposée, s’invente.

Philippe Delerm. Aimer ces infiltrations sensorielles, ses pointillismes, sa pâte d’aquarelliste ou cette manière discrète, voire « diluée » de raconter les/des histoires. Première nouvelle. L’Envol. Delmas est un homme quelconque, un homme vu de loin. Delmas est un homme exquis, une fois installé dans un musée. Posé au bord pour n’y contempler que la beauté. Le vide. Au bord du vide, le vide permet l’extase. Placé devant un tableau, être au bord des larmes, avoir le désir insondable d’y sombrer. Aller au-delà du motif, se laisser pénétrer par la fibre, noyer par la couleur, absorber par la texture.

Un Russe nommé Poutine, Héléna Perroud

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 27 Août 2018. , dans Les éditions du Rocher, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Histoire

Un Russe nommé Poutine, janvier 2018, 314 pages, 18,90 € . Ecrivain(s): Héléna Perroud Edition: Les éditions du Rocher

La réélection de Vladimir Poutine pour un quatrième mandat présidentiel à la tête de la Russie, le 18 mars 2018, s’est accompagnée d’un véritable concert de casseroles dans les mass medias d’Europe de l’Ouest. En particulier, c’est peu dire que les canaux d’« information » français, qui avaient sans doute oublié que l’élection se jouait à plusieurs milliers de kilomètres de nos frontières (on avait déjà eu le sentiment que la dernière élection américaine nous concernait au premier rang), avaient multiplié les considérations désobligeantes, accusant – sans produire trop de preuves (c’est pénible, les preuves) – Vladimir Poutine de truquer les élections, dans son propre pays comme aux États-Unis, d’espionner un peu partout, d’empoisonner les agents doubles, d’avoir la main sur les médias russes, de réchauffer le climat… Dans l’affaire Skripal, peu de journalistes eurent assez de sens commun pour rappeler que, si le métier d’espion est déjà dangereux en soi, celui d’agent double comporte double dose de risques : comme dans le décès d’Alexandre Litvinenko, probablement « retourné » par le MI 6, empoisonné au polonium 210 et converti in extremis à l’islam, la seule chose sûre est l’implication d’un « grand » service secret (mais lequel ?). La presse française faisait-elle assaut d’esprit critique, afin de faire oublier sa servilité, son obséquiosité, depuis la campagne présidentielle de 2017 (quelques jours avant l’élection présidentielle russe, un journaliste de Paris-Match écrivait qu’à New Dehli « même les chèvres s’inclinent sur [le] passage » de MmeMacron) ?