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Editions Allia

Les Éditions Allia ont été créées en 1982 par Gérard Berréby. Son siège social est au 16 rue Charlemagne, 75004 Paris.


La Grande Beuverie, René Daumal

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 13 Avril 2018. , dans Editions Allia, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La Grande Beuverie, mars 2018, 171 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): René Daumal Edition: Editions Allia

Quoi de plus galvanisant qu’une grande beuverie dégivrant les forces obscures de la création surréaliste ? Entre pochade métaphysique, conte satirique et parabole onirique, René Daumal (1908-1944) prend une soirée arrosée comme prétexte pour présenter son approche expérimentale et sa conception psychédélique de l’existence.

La soif d’exister

Première partie de soirée, le narrateur navigue au sein d’un groupe d’amis et d’olibrius divers réunis dans une demeure. Tiraillés par une soif inextinguible, hagards et fantasques, ils discourent, pérorent, élucubrent tant que tant, dévident à l’envi billevesées, boutades et bizarreries en tous genres : « C’était toujours la même chose, qu’ici ou ailleurs on serait toujours les victimes du collectif, et que Dieu devait une belle chandelle à l’humanité ». De façon confuse, le narrateur appréhende « le cauchemar des désemparés qui cherchent à se sentir vivre un peu plus, mais qui, faute de direction, sont ballottés dans la saoulerie ». Entre vaticinations hermétiques et impertinences fulgurantes, les joyeux acolytes apostrophent le narrateur, creusant implicitement la question du langage (pouvoir, altération ou mirage ?), en dépoussièrent au passage les concrétions les plus rigides et stéréotypées.

Chronique d’un meurtre annoncé, David Grann

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 12 Avril 2018. , dans Editions Allia, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Récits

Chronique d’un meurtre annoncé (A Murder Foretold), trad. américain Damien Aubel, 110 pages, 3,10 € . Ecrivain(s): David Grann Edition: Editions Allia

 

Voilà un livre (presque) minuscule. 110 pages dans un mini-format. Il n’en faut pas plus à David Grann pour nous coller à notre fauteuil. Il nous raconte, par le menu, l’incroyable, l’improbable affaire Rosenberg survenue au Guatemala en 2009. Si vous connaissez l’affaire, rassurez-vous, l’art narratif de David Grann la rend quand même passionnante. Si vous ne la connaissez pas, attendez-vous à sauter en l’air quand les clés de l’intrigue vous seront révélées.

Tout commence par un double assassinat, celui de Khalil Musa, riche industriel guatémaltèque et de sa jolie fille, Marjorie (tuée par « accident » lors du meurtre de son père). Or un célèbre avocat, Rodrigo Rosenberg, ami des Musa, était follement amoureux de Marjorie et comptait l’épouser bientôt. Rosenberg sombre dans une dépression terrible, puis se convainc rapidement de la culpabilité du pouvoir guatémaltèque qui aurait fait abattre Musa pour empêcher des révélations sur des malversations au ministère de l’intérieur.

Les rêveries du toxicomane solitaire, Anonyme

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 04 Avril 2018. , dans Editions Allia, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Récits

Les rêveries du toxicomane solitaire, Anonyme, Janvier 2018, 72 pages, 6,20 € Edition: Editions Allia

 

Les rêveries du toxicomane solitaire, rubis lové dans l’élégant écrin des éditions Allia, parut pour la première fois en 1997. Anonyme, on sait dorénavant qu’il fut taillé et poli par Bertrand Delcour (1961-2014), écrivain français marqué du sceau de la marginalité et de la radicalité, auteur entre autres des romans Blocus solus, Mezcal terminal, En pure perte. Dans un style délicieusement ciselé, Delcour évoque, dans le sillage de Baudelaire, De Quincey, Burroughs, Michaux et consorts, sa traversée des paradis artificiels, pour le meilleur et pour le pire. À mi-chemin entre le poème en prose, l’éloge exalté et l’étude édifiante, il relate, par-delà bien et mal, les circonstances et les effets de son assuétude consentie à l’héroïne durant 7 ans.

Quoique l’auteur prévienne en préambule qu’« il n’y a ni salut, ni potion magique pour se sauver », il se livre à un inventaire dithyrambique de ses premières injections opioïdes, qu’il nomme l’enfance de la toxicomanie : « Les toutes premières fois, ce fut un festoiement presque insoutenable. Aussitôt l’aiguille retirée, le garrot défait, la paix ravissante qui m’envahissait, montant des mollets, me jetait dans une stratosphère de délices ».

Jésus-Christ Rastaquouère, Francis Picabia

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 13 Février 2018. , dans Editions Allia, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Poésie

Jésus-Christ Rastaquouère, février 2018, 64 pages, 6,20 € . Ecrivain(s): Francis Picabia Edition: Editions Allia

 

Les élucubrations de Francis

L’excentricité dadaïste bat son plein lorsque Francis Picabia (1879-1953) torche ces quelques chutes de pensée dont la tapisserie finale forme un précis de décomposition accélérée. L’usine à gaz hilarant tourne à plein régime lorsque Picabia, un de ses ouvriers les plus ardents, publie en 1920 aux éditions Au sans pareil cet opuscule crépusculaire augurant une aube nouvelle. Ce chant écorché et crachotant, alliant le soufre et l’adonie, prose et poésie, prend racine sur les décombres amers et gris de la première guerre mondiale, objectivement la plus terreuse.

Picabia y dézingue le pouvoir et la vanité, le creux prestige et la fourbe probité : « Un cochon de lait m’est plus sympathique qu’un membre de l’Institut, et l’amertume me vient à l’estomac en contemplant dindons, paons et oies qui composent le dessus du panier-société ».

Dexies & Dolly, Olivier Benyahya

Ecrit par Isabelle Siryani , le Lundi, 26 Octobre 2015. , dans Editions Allia, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Dexies & Dolly, 112 pages . Ecrivain(s): Olivier Benyahya Edition: Editions Allia

 

Quand j’ai eu fini Dexies & Dolly, je suis restée dix, peut-être quinze minutes, avec le livre entre les mains à le feuilleter, le relire, le retourner. Comme un objet curieux et mystérieux, comme une énigme obsédante, je n’ai pu le lâcher, me répétant que j’avais aimé mais restant quelque peu sur ma faim. Symptôme : le manque.

Pourquoi ? Peut-être parce que je venais de terminer une lecture aux effets psychotropes. En général, quand on reste bloqué à la dernière ligne d’un roman, c’est plutôt bon signe. Le « c’est bien de la merde » m’aurait laissée bloquée au 3ème chapitre et m’aurait fait refourguer mon bouquin à l’anniversaire d’un ami du cousin d’une amie. Mais je me suis mise à la recherche d’un sens, d’un plus, d’un après. Le manipuler, c’était prolonger un peu l’expérience et combler ma frustration d’avoir été lâchée si tôt, à la page 107. Mais peu importe, il en faut peu à l’Ecriture pour séduire et j’étais séduite.