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Allia

Les Éditions Allia ont été créées en 1982 par Gérard Berréby. Son siège social est au 16 rue Charlemagne, 75004 Paris.


Le Revenant, Éric Chauvier

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Jeudi, 23 Août 2018. , dans Allia, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Roman, La rentrée littéraire

Le Revenant, août 2018, 74 pages, 6,50 € . Ecrivain(s): Éric Chauvier Edition: Allia

 

Baudelaire vivant !

Rien d’inopportun ni de saugrenu à faire revivre Charles Baudelaire. Au contraire. Éric Chauvier, anthropologue et écrivain né en 1971, pour le coup créateur impudent et téméraire, téléporte le poète maudit dans la modernité parisienne du vingt et unième siècle, confronte le dandy torturé des Fleurs du mal aux périls et aux aléas d’une humanité scabreuse et accélérée : « De s’être débattu comme un diable dans le cœur sombre du dix-neuvième siècle n’aura pas suffi ».

À l’ère du smartphone et du SMS, de l’Anafranil et de l’uniformisation universelle, de la prose taille basse et du périssement des espèces, la poésie, le spleen, la singularité de Baudelaire manquent cruellement. Dans ce texte court et claquant, il réapparaît sous les traits d’un zombi égaré, d’un clochard moribond, affalé à proximité d’une sortie de métro, en proie à la frénésie parisienne, méprisé par les passants, ignoré par le consommateur et le salarié pressés, eux-mêmes polichinelles d’une vaste comédie :

Le Caméléon, David Grann

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Juillet 2018. , dans Allia, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Récits

Le Caméléon (The Chameleon), trad. américain Claire Debru, 87 pages, 3 € . Ecrivain(s): David Grann Edition: Allia

 

Encore un de ces petits livres magiques édités par Allia sous la signature de l’excellent David Grann. Et, bien sûr, Grann reste fidèle à son projet littéraire : écrire des histoires réelles, sans le moindre ajout fictionnel, dans leurs détails les plus exacts, et choisies parmi les affaires contemporaines les plus incroyables.

Il s’agit cette fois de l’affaire Bourdin dit « le caméléon », affaire qui se déroula dans les années 90 et au début des années 2000.

Frédéric Bourdin est né en 1974, d’une liaison entre sa mère Ghislaine Bourdin et Kaci, un ouvrier immigré algérien qui s’avèrera déjà marié et plusieurs fois père. Sa mère va l’élever (mal) seule. A l’âge de 18 ans, Frédéric Bourdin commence à se livrer à des dizaines d’impostures pendant lesquelles, avec une habileté hors du commun, il se fait passer pour divers personnages. Parmi ses métamorphoses les plus mémorables, David Grann en choisit deux, dont on se demande encore comment elles ont pu avoir lieu, tant les situations semblent les rendre impossibles.

La Grande Beuverie, René Daumal

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 13 Avril 2018. , dans Allia, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La Grande Beuverie, mars 2018, 171 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): René Daumal Edition: Allia

Quoi de plus galvanisant qu’une grande beuverie dégivrant les forces obscures de la création surréaliste ? Entre pochade métaphysique, conte satirique et parabole onirique, René Daumal (1908-1944) prend une soirée arrosée comme prétexte pour présenter son approche expérimentale et sa conception psychédélique de l’existence.

La soif d’exister

Première partie de soirée, le narrateur navigue au sein d’un groupe d’amis et d’olibrius divers réunis dans une demeure. Tiraillés par une soif inextinguible, hagards et fantasques, ils discourent, pérorent, élucubrent tant que tant, dévident à l’envi billevesées, boutades et bizarreries en tous genres : « C’était toujours la même chose, qu’ici ou ailleurs on serait toujours les victimes du collectif, et que Dieu devait une belle chandelle à l’humanité ». De façon confuse, le narrateur appréhende « le cauchemar des désemparés qui cherchent à se sentir vivre un peu plus, mais qui, faute de direction, sont ballottés dans la saoulerie ». Entre vaticinations hermétiques et impertinences fulgurantes, les joyeux acolytes apostrophent le narrateur, creusant implicitement la question du langage (pouvoir, altération ou mirage ?), en dépoussièrent au passage les concrétions les plus rigides et stéréotypées.

Chronique d’un meurtre annoncé, David Grann

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 12 Avril 2018. , dans Allia, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Récits

Chronique d’un meurtre annoncé (A Murder Foretold), trad. américain Damien Aubel, 110 pages, 3,10 € . Ecrivain(s): David Grann Edition: Allia

 

Voilà un livre (presque) minuscule. 110 pages dans un mini-format. Il n’en faut pas plus à David Grann pour nous coller à notre fauteuil. Il nous raconte, par le menu, l’incroyable, l’improbable affaire Rosenberg survenue au Guatemala en 2009. Si vous connaissez l’affaire, rassurez-vous, l’art narratif de David Grann la rend quand même passionnante. Si vous ne la connaissez pas, attendez-vous à sauter en l’air quand les clés de l’intrigue vous seront révélées.

Tout commence par un double assassinat, celui de Khalil Musa, riche industriel guatémaltèque et de sa jolie fille, Marjorie (tuée par « accident » lors du meurtre de son père). Or un célèbre avocat, Rodrigo Rosenberg, ami des Musa, était follement amoureux de Marjorie et comptait l’épouser bientôt. Rosenberg sombre dans une dépression terrible, puis se convainc rapidement de la culpabilité du pouvoir guatémaltèque qui aurait fait abattre Musa pour empêcher des révélations sur des malversations au ministère de l’intérieur.

Les rêveries du toxicomane solitaire, Anonyme

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 04 Avril 2018. , dans Allia, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Récits

Les rêveries du toxicomane solitaire, Anonyme, Janvier 2018, 72 pages, 6,20 € Edition: Allia

 

Les rêveries du toxicomane solitaire, rubis lové dans l’élégant écrin des éditions Allia, parut pour la première fois en 1997. Anonyme, on sait dorénavant qu’il fut taillé et poli par Bertrand Delcour (1961-2014), écrivain français marqué du sceau de la marginalité et de la radicalité, auteur entre autres des romans Blocus solus, Mezcal terminal, En pure perte. Dans un style délicieusement ciselé, Delcour évoque, dans le sillage de Baudelaire, De Quincey, Burroughs, Michaux et consorts, sa traversée des paradis artificiels, pour le meilleur et pour le pire. À mi-chemin entre le poème en prose, l’éloge exalté et l’étude édifiante, il relate, par-delà bien et mal, les circonstances et les effets de son assuétude consentie à l’héroïne durant 7 ans.

Quoique l’auteur prévienne en préambule qu’« il n’y a ni salut, ni potion magique pour se sauver », il se livre à un inventaire dithyrambique de ses premières injections opioïdes, qu’il nomme l’enfance de la toxicomanie : « Les toutes premières fois, ce fut un festoiement presque insoutenable. Aussitôt l’aiguille retirée, le garrot défait, la paix ravissante qui m’envahissait, montant des mollets, me jetait dans une stratosphère de délices ».