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L'Iconoclaste

 

L’Iconoclaste s’est donné pour projet de mettre le livre au cœur de nos vies. Être Iconoclaste aujourd’hui, c’est choisir la beauté, le sens, une certaine qualité d’être, face au chaos du monde. C’est s’offrir le luxe de la perfection et de la maturation. C’est décider d’éditer peu mais bien, en portant la qualité de chaque livre à son maximum, en ne laissant rien au hasard : texte, maquette et lancement. C’est s’adapter à chaque auteur, à chaque projet comme un tailleur sur-mesure en prenant des chemins de traverse. C’est être ambitieux, inventif et ouvert.

Mélange d’esthétisme, d’humain, de désir d’aller vers l’autre – de féminité dit-on – L’Iconoclaste a pris forme, pas à pas, intuitivement, et s’est élargi avec une équipe de talent.

 

Sophie de Sivry

 

Le silence de mon père, Doan Bui

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 06 Décembre 2016. , dans L'Iconoclaste, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Le silence de mon père, mars 2016, 254 pages, 19 € . Ecrivain(s): Doan Bui Edition: L'Iconoclaste

 

Restituer dans un livre toute une part du récit familial, beaucoup l’ont tenté ; certain(e)s l’ont réussi. C’est ici le cas de la journaliste Doan Bui, d’origine vietnamienne. C’était le cas des récits de Pancrazi, du beau livre de Frain (Sorti de rien), et des archives de Yourcenar.

L’ethnographie familiale suppose une matière féconde et un regard qui soit d’une sagacité à toute épreuve : rendre vie et parole à l’histoire d’un père, exilé dans son propre corps depuis l’AVC qui le rendit muet, exilé originaire d’un pays quitté dans le flot des départs, demandait à l’auteur une écriture qui puisse, sans pathos, décrire un parcours, aller aux sources d’une vie voyageuse qui aboutira finalement au Mans, prendre le temps de « fouiller » comme une « fourmi » les annales de l’histoire proche.

Que savons-nous des gens que l’on aime ? Que sauvera-t-on d’eux ? Doan Bui a senti la nécessité de raconter ce qui risque de s’éventer et de tomber dans le pur oubli. Elle le fait pour ses filles, pour ses sœurs, pour ses frères. Il a fallu même creuser jusqu’à dépecer les secrets – toute famille en porte. Son récit est passionnant de bout en bout : il livre avec émotion un travail de quête précis, argumenté, un retour au pays pour savoir et pouvoir raconter.

La Ballade du Calame, Atiq Rahimi

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Samedi, 24 Octobre 2015. , dans L'Iconoclaste, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Récits, La rentrée littéraire

La Ballade du Calame, août 2015, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Atiq Rahimi Edition: L'Iconoclaste

 

Aussi libre que le calame sur la page blanche où, depuis l’enfance, l’auteur dessine des lettres rebelles, cette ballade est errance, puisque « La parole est une errance » – à l’image des parcours d’exil dont Atiq Rahimi nous parle, au fil apparemment décousu d’un discours qui suit les entrelacs de l’écriture et de la mémoire, des déplacements aussi (géographiques, culturels, affectifs) qui marquent la perte de la terre natale. Ce parcours cultivé, qui tient parfois de la confession ou de la conversation à bâtons rompus, nous promène à travers l’alphabet, la calligraphie, l’histoire et les lectures qui ont forgé sa personnalité, autant que le déracinement répété qu’il interroge dans ces pages, inscrites sous le signe radical de l’alef, lettre sacrée aux proportions humaines.

« Ce trait est la raie de ma solitude sur la page blanche. Il est le trope d’une absence à l’endroit où se croisent mon désir et ma solitude.

L’absence de l’Autre.

L’absence du corps de l’Autre.

L'homme-joie, Christian Bobin

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 22 Janvier 2013. , dans L'Iconoclaste, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

L'homme-joie, octobre 2012,190 p., 17 € . Ecrivain(s): Christian Bobin Edition: L'Iconoclaste

 

Christian Bobin, écrivain chrétien vivant en marge du monde littéraire, et même un peu de notre monde moderne, ne fait pas l'unanimité chez les critiques. Certains jugent en effet son écriture mièvre et son propos d'une douceur béate et résignée, tandis que d'autres le tiennent pour un des plus grands poètes de notre temps !

Il n'est pas besoin de partager la croyance de l'auteur pour reconnaître  dans L'homme-joie, son dernier livre, la marque d'un authentique poète dont les mots touchent puissamment dans leur simplicité. Et même si certains passages peuvent prêter parfois à sourire, Christian Bobin m'est plus apparu comme un écrivain mystique que religieux, comme un poète à l'écoute du silence et à l'affût de la beauté qui «[brûle] les apparences de la vie comme celle de la mort» (p.106) et  donne «assez de feu pour traverser les étendues glacées du monde» (p.124). Son regard sur le  monde et sur les hommes (vus comme «champ de bataille» et «assassins» - dont il ne s'exclut pas) n'accorde en effet qu'une importance relative à cette réalité tristement explicable, le poète veillant à préserver, à glorifier l'amour dans une vision harmonieuse  conciliant le monde «banal» et «l'autre monde». Une approche apaisée du mystère qui n'est pas exempte de beauté.