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La Brune (Le Rouergue)

Editions rattachées aux éditions Le Rouergue

Ma dévotion, Julia Kerninon

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 23 Août 2018. , dans La Brune (Le Rouergue), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Ma dévotion, août 2018, 302 pages, 20 € . Ecrivain(s): Julia Kerninon Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

Après Buvard qui mettait en abyme amour et création littéraire, Le dernier amour d’Attila Kiss qui explorait le rapport amoureux et la vérité des êtres en sondant ce territoire intime si difficile à pénétrer, et Une activité respectable, un très court récit autobiographique consacré à l’écriture, Julia Kerninon se lance dans un gros roman psychologique de trois cents pages mettant à nu les rouages d’une tragédie. Elle y reprend le thème de l’amour – de l’emprise d’un amour non partagé mais aussi de l’amour parental et du saccage de l’enfance – ainsi que de la création, artistique surtout et dans une moindre mesure de l’écriture, comme celui de la vérité et du mensonge. Un roman de facture et de tonalité assez hardyiennes qui semble aussi un hommage à ce grand écrivain anglais fils d’un tailleur de pierre qui fut aussi architecte, qu’on ne lit plus beaucoup de nos jours mais pour lequel l’auteure n’a jamais caché son admiration.

Née en 1938 dans une famille de diplomates anglo-hollandaise, Helen rencontre à Rome le jeune Frank Appledore dont le père travaille aussi à l’ambassade du Royaume-Uni. Deux jeunes détestant leur famille « d’une haine sidérale » qui, de ce fait, noueront d’emblée un intense et complexe lien d’amitié. D’une amitié amoureuse qui s’avérera très déséquilibrée.

Rien à voir avec l’amour, Claire Gallen

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 29 Janvier 2018. , dans La Brune (Le Rouergue), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Rien à voir avec l’amour, janvier 2018, 297 pages, 21 € . Ecrivain(s): Claire Gallen Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

Qui autour de nous n’a pas dit un jour en fronçant le nez – bof, c’est un film français… qui. Les mêmes, sans doute, de détourner les yeux des « romans français », parce que voyez-vous, l’Amérique ! sa littérature et ses films, c’est quand même autre chose…

Alors qu’ils viennent ces gens, devant ce Rien à voir avec l’amour – le roman aujourd’hui, n’en doutons pas, le film demain.

Le titre pourrait nous perdre un peu, convenons-en, qu’on ne s’y fie pas trop. Second roman d’une auteure qui semble écrire-Amérique, regarder-Amérique, penser peut-être Amérique, et signe ici un « roman américain », magnifiquement français et plus que prometteur. Sa formation journalistique, du reste, et notamment AFP, est probablement à la racine de cet effet gros paquets de mer sans essuie-glaces, quotidienneté volontairement non littéraire ; le dru, le précis et le rapide, le cœur de cible étant ici un langage sinon une atmosphère. Récit fort comme d’autres écritures d’outre Atlantique – chacun fera le rapprochement qu’il choisira – situées dans les banlieues de L.A., noires à force d’être éclaboussées de tous les néons des turn pike. Récit mi-ombres, mi-flash aveuglant, cogneur, inquiétant, aux personnages de roman noir absolu, policier ou thriller psychologique.

Une mer d’huile, Pascal Morin

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 04 Septembre 2017. , dans La Brune (Le Rouergue), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Une mer d’huile, août 2017, 127 pages, 13,80 € . Ecrivain(s): Pascal Morin Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

On hésite : « Décaméron » façon Pasolini (1971) posé un été de littérature ? Renaissance des sons si particuliers à la grande Sagan sur les routes sinueuses suspendues au-dessus de la Méditerranée ? Un peu de tout ça ou autre chose ? Assurément, on va dire les deux, et c’est là que réside le climat – tous sens du mot – le rythme et l’étrange et prenant charme de ce livre.

Les images du Décaméron de Pasolini, irriguant de sa lumière trouble et dérangeante l’Italie desséchée, nous accompagnent de bout en bout et Pascal Morin le sait, l’utilise habilement, comme en montré-caché. Mais c’est en moins vénéneux, presque en miroir adouci, en moins violemment solaire. Il y a de ça, en autre chose. Mantra du regard du lecteur sur le livre. Et ce mezzo voce, tant dans les personnages que dans les situations, est sans doute plus efficace, plus terrible aussi, car il entre en chacun de nous, en nos itinéraires, nos souvenirs, nos rêves, de façon plus profonde que par le fracas de Pasolini.

Encore vivant, Pierre Souchon

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 01 Septembre 2017. , dans La Brune (Le Rouergue), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, La rentrée littéraire

Encore vivant, août 2017, 248 pages, 19, 80 € . Ecrivain(s): Pierre Souchon Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

Sempervirens, encore vivant, dit le latin, pour ce plus que curieux arbuste – un chêne vert – poussant comme épiphyte sur le tronc du séquoia, au milieu de la garrigue. Bizarre, comme tout l’est dans ce livre-récit, car Pierre, celui qui parle, l’est. Tenace, pour autant comme l’arbrisseau, comme Pierre.

Il est reconnu – étiqueté – « Bipolaire type 1 ; diagnostic tardif après cinq ans d’alternance de phases dépressives, libres, hypomaniaques ». Ses crises maniaques s’entrecroisent – on n’oserait dire, s’enrichissent de délires paranoïaques :

« Je suis en enfer, et les autres peuvent revenir… j’ai besoin de protection ; pas loin, il y a la statue de Jean Jaurès… je mange mon buis, perché sur ma statue… on est le 7 Janvier à Montpellier… avec Jaurès on se bidonne ; on les a bien eus. Ils repartent ».

Des hospitalisations en HP, comme d’autres iraient au marché, pile régulières, à chaque négligence du traitement de cheval – un rituel parmi d’autres. Il est jeune, celui qui nous parle ; avenir prometteur dans le journalisme ; vient d’épouser, lui, le péri communiste, une fille de la haute du faubourg Saint Germain, « au digestif, mon beau-père s’est déclaré déçu par Sarkozy ».

Les attachants, Rachel Corenblit

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 17 Août 2017. , dans La Brune (Le Rouergue), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Les attachants, août 2017, 188 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Rachel Corenblit Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

 

« Les gens lisent ce genre de récit. Ils sont curieux des histoires qu’ils ne vivent pas et qu’ils parcourent en s’étonnant. Ils disent : les jeunes, de nos jours, ils vivent des choses horribles, des choses qu’ils ne devraient pas connaître. Les gens frissonnent derrière leurs livres… »

 

Que vous dire, madame Corenblit, sinon notre admiration, notre solidarité, affection même, si d’aventure on vous lit en parent, en collègue, en citoyen simplement. Votre livre prend aux tripes ; on en sort tourneboulé, et bien sûr différent. Magnifique écrit politique que votre ouvrage, que vous revendiquez fort justement comme tel : peut-on vivre dans cette société ? Et quelle place pour l’école face à elle ; quelle utilité.