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Editions Jacqueline Chambon

Éditrice spécialisée dans la littérature étrangère de qualité, en particulier de langue allemande (Jacqueline Chambon a traduit elle-même tout Keyseling), roumaine, espagnole, russe, catalane (Quim Monzo, Seri Pamiès)… La maison possède aussi des collections de livres d'art (Rayon art), de photographie (Rayon photo), de philosophie, de critique d'art et d'histoire.

Fondée en 1987, à Nîmes, par une ancienne collaboratrice d'Actes Sud, la maison a délégué récemment ses activités financières à l'éditeur d'Arles, tout en conservant son indépendance éditoriale. Son premier succès : La Pianiste d'Elfriede Jelinek (10 000 ex.), qui fut adapté au cinéma par Michael Haneke et le film primé à Cannes.

« Docteur en philosophie et spécialiste d'Adorno, cette Nîmoise est fonciérement européenne et polyglotte. Dès 1987, l'année de la création de sa maison, elle parie sur Elfriede Jelinek, sulfureuse Autrichienne de la Pianiste. La balance est subtile entre classiques (Döblin, Fontane, von Keyserling) et modernes, son flirt avec la jeune garde en rupture de romantisme et de culpabilité, en prise sur son époque privée de rêves, insistant. » (Le Nouvel Observateur, 15 mars 2001)

En 2000, la maison est rapprochée des éditions du Rouergue pour la création d'une collection commune : Nouvelle du monde proposant des textes courts du monde entier. Les éditions Jacqueline Chambon sont aujourd'hui contrôlées à hauteur de 60 % par Actes Sud.

(Source Bibliomonde)

Mes clandestines, Sylvie Gracia

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 18 Mai 2015. , dans Editions Jacqueline Chambon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Mes clandestines, Jacqueline Chambon, hors collection (Actes Sud), mars 2015, 271 pages, 22 € . Ecrivain(s): Sylvie Gracia Edition: Editions Jacqueline Chambon

 

Elle aime les livres d’Annie Ernaux, Sylvie Gracia, et si elle ne l’avait pas dit, on l’aurait d’emblée deviné. Mais elle n’écrit pour autant pas Ernaux, mais bien Gracia. Elle a la matière, et pas moins la manière…

Livre dense aux mots pesés, comme à la balance du changeur ; livre à la façon de ces manuscrits d’heures médiévaux, qui aidaient à vivre, et, bien autant à mourir un jour. Livre re-fléchi de l’observatrice des autres qu’elle est, qu’elle a toujours été, qui jette ses pincées de souvenirs, de pensées même, là où il faut, pour que nous, ses lecteurs, on ramasse ce paquet de cailloux – toutes formes, toutes couleurs, afin qu’il nous serve à bâtir notre chemin, à nous. Livre chuchoté de femme à femme, mais d’une voix si claire et marquante !

Écrire pour avancer en soi, et tendre aux autres le miroir de la page ; la bonne blague ! Qui ne le sait, ne le pressent. Sauf, qu’il y a mots et mots, respiration des phrases, là et là, bref, sujets, bref, écriture ! Tout ça n’étant clairement pas  toujours signé du mot littérature. Ici, l’évidence éclate à chaque page ; Gracia offre un objet littéraire droit sorti de la source qui fait les plus grands :

Chansons d’amour et de pluie, Sergi Pàmies

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 26 Novembre 2014. , dans Editions Jacqueline Chambon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Chansons d’amour et de pluie (Cançons d’amor i de pluja, 2013), nouvelles traduites du catalan par Edmond Raillard, mars 2014, 144 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Sergi Pàmies Edition: Editions Jacqueline Chambon

 

Sans vraiment défrayer les chroniques et le monde de la critique littéraire, il se pourrait bien que Sergi Pàmies soit un des auteurs catalans et catalophones les plus traduits en France : 10 titres publiés en catalan, 10 titres traduits ! Mais il n’est pas vraiment connu des lecteurs français. Il faut dire qu’il accumule les freins à une notoriété hexagonale : il écrit dans une langue qui ne provoque pas forcément l’intérêt de la critique, plus portée à rendre compte des traductions de l’anglais, de l’américain, de l’anglo-américain ou, à la rigueur, de l’américano-anglais ; il est traduit chez un petit éditeur que les médias les plus lus, écoutés, regardés, ont quand même tendance à négliger ou à oublier, voire à ignorer ; par dessus tout, il persiste à écrire des nouvelles, genre majeur dans d’autres pays mais très peu vendeur en France.

Le fait d’être né à Gennevilliers et de parfaitement maîtriser le français (il traduit en catalan Guillaume Apollinaire, Daniel Pennac, Jean Echenoz, Amélie Nothomb et quelques autres) ne suffit apparemment pas à compenser tout cela (avouons qu’il a rejoint la Catalogne et la langue catalane dès ses 11 ans). Et pourtant…

La robe des léopards, Kristopher Jansma

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 20 Février 2014. , dans Editions Jacqueline Chambon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

La robe des léopards (The unchangeable spots of leopards) Trad. (USA) Laure Manceau. Octobre 2013. 363 p. 23 € . Ecrivain(s): Kristopher Jansma Edition: Editions Jacqueline Chambon

 

Jansma signe là un roman captivant, drôle et d’une grande originalité. Sur le ton de la dérision – mais chaleureuse et réjouissante ce qui, par les temps qui courent, devient rare. On est averti dès avant le début du roman :

«  Si vous pensez être l’auteur de ce livre, vous êtes prié de contacter Haslett & Grouse Publishers (New York, New York) dans les meilleurs délais. »

C’est que la question n’est pas exclue a priori : il se peut que l’un d’entre nous soit l’auteur de ce livre. Après tout. Les deux héros du livre – deux jeunes et brillants universitaires, sportifs et écrivains – jouent sans cesse avec la paternité littéraire, jusqu’à en faire un thème obsessionnel. Et Kristopher Jansma lui-même met cette question au centre de son roman. L’un écrit un livre universellement célébré. L’autre – par dilettantisme ou angoisse ? – perd tout ce qu’il écrit dans une sorte de fascination du vide. Alors il fera « carrière » de son amitié avec celui qui a réussi en littérature.

Une mesure de trop, Alain Claude Sulzer

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 15 Janvier 2014. , dans Editions Jacqueline Chambon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Une mesure de trop, septembre 2013, 267 pages, 22 € . Ecrivain(s): Alain Claude Sulzer Edition: Editions Jacqueline Chambon

Marek Olsberg est un pianiste de renom, consacré par les medias, estimé de son propre milieu. Il va donner à la Philharmonie de Berlin un récital de piano en solo. Exercice périlleux pour un musicien, même confirmé. Il doit jouer ce soir-là des œuvres de Scarlatti, de Barber et de Beethoven dont il prévoit d’exécuter la Sonate Hammerklavier N°29 opus 106.

Alors qu’il l’interprète devant les auditeurs attentifs de la Philharmonie parmi lesquels certains de ses amis, des artistes, des élus locaux, des personnalités du monde musical, il s’arrête en plein concert, ferme le piano et quitte l’estrade en énonçant : « C’est tout ».

L’habilité d’Alain Claude Sulzer consiste à décrire dans une première partie de ce roman les vies et interdépendances entre certains personnages qui ont pour point commun d’avoir approché Marek Olsberg, de travailler pour lui, telle Astrid Maurer, secrétaire remarquablement efficace et dévouée, témoignant pour son patron une disponibilité de tous les instants, le protégeant des importuns, de la presse, du monde extérieur. Il y a également un couple d’homosexuels, Claudius et Nico. On apprendra plus tard que Claudius a été l’amant de Marek. D’autres personnes sont impliquées dans ce panorama : Esther, qui va découvrir, en rentrant chez elle plus tôt que prévu, que son époux Thomas la trompe et se comporte comme un homme salace et lubrique.

Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling, Lynda Rutledge

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 30 Juin 2012. , dans Editions Jacqueline Chambon, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA

Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling, 2012, trad. (USA) par Laure Manceau, 295 p. 22 € . Ecrivain(s): Lynda Rutledge Edition: Editions Jacqueline Chambon

Il faut en faire l'aveu d'emblée : voilà un livre choisi sur son titre ! Il devait pleuvoir, et il y avait, là derrière un goût d’Agatha ! Rien à regretter ! le titre est – poupées gigognes – une histoire à lui seul ; à la hauteur des attentes ; il nous guide, résonne tout au long, comme un jingle de qualité ; fil rouge d’un superbe premier roman, maîtrisé comme d’autres, leur dixième !

Ce qu’on découvre et qu’on aime tout de suite, c’est d’abord, signe indispensable du bon roman, un cadre : une petite ville du Texas – la province profonde d’un Maupassant de là-bas, croquée au millimètre ; paysages, quartiers, odeurs, couleurs du ciel, et – peut-on dire – humeurs : « sud-est du Texas ; ses lits de rivière vaseux, ses grands arbres, ses chemins de fer abandonnés, et ses derricks rouillés » ; quelques fortes identités, s’éclairant ça et là, comme autant de réalités sociologiques : vieilles dames, sauce anglo-texane, à peine retouchées Agatha ; pasteur épiscopalien, ayant perdu la foi ; ailleurs, quelques Baptistes ; familles pauvres qui traînent « de l’autre côté de la voie de chemin de fer » ; riches rues, un brin mystérieuses : « la demeure, fin XIXème, la plus grande et la plus ancienne de Bass » ; convoitises confites… L’air est irrespirable ; on sent au degré Celsius près la température, une brise – enfin ! On ruisselle d’heure en heure, en ce 31 Décembre 1999, seule journée du roman… unité de temps et de lieu ; atmosphère serrée d’un bon Tennessee William… à priori, plus bonhomme.