Indochine, Diên Biên Phu. Année 1954. Deux jeunes hommes, Vitto Ivaldi et Matteo Lanfredi. Célibataires, même stature, même physique, même teint, le premier originaire de Calabre, le second de Sicile. Tous deux, légionnaires. Même affectation, 1/2e REI (Régiment Etranger d’Infanterie). L’un est caporal, l’autre soldat. Motif de leur engagement, la fuite du passé. Le premier a quitté sa famille, le second n’en a plus. Seul contact extérieur, leur marraine de guerre via des échanges épistolaires. Ils veillent l’un sur l’autre, en vrais frères. Non pas, par seul respect du Code d’honneur de la Légion étrangère, mais par esprit de fratrie, selon le principe de «la solidarité étroite qui doit unir les membres d'une même famille».
Leur environnement, une plaine abritant des rizières et des champs, traversée par une rivière, dénommée Nam Youn ; une piste d’avion ; à proximité pour certains, plus éloignés pour d’autres, des points d’appui (PA) portant des prénoms féminins ; les reliant, des tranchées. Tout autour, à plusieurs kilomètres, des collines boisées. Leurs journées s’écoulent, invariablement identiques, l’attente est longue, angoissante. « La routine des travaux de fortification le jour, avec ces points d’appui aux prénoms de femmes – Huguette, Isabelle, Béatrice, Claudine …- dont il fallait inlassablement consolider les abris et les positions de combat… Les tirs d’obus viets en pleine nuit… La peur au ventre, à chaque départ en mission, et cette odeur de mort qu’il ramenait avec lui, qui imprégnait ses vêtements et sa peau…[…] »