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Héloïse D'Ormesson

Héloïse Le Fèvre d'Ormesson, née le 10 octobre 1962, est éditrice et a donné son nom à sa maison d'édition.

Elle est la fille de Jean d'Ormesson.

 


L'affinité des traces, Gérald Tenenbaum

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 12 Juin 2012. , dans Héloïse D'Ormesson, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

L’affinité des traces, Mars 2012, 231 pages, 18 € . Ecrivain(s): Gérald Tenenbaum Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Quelles sont-elles donc, ces traces, données dès le titre de ce beau livre fier ? Traces géographiques et tout autant ethniques, ramifiant le sable du Sahara, mais aussi – autre dimension – celles qui plongent jusqu’à l’autre bout de l’Histoire, dans le noir d’encre des grands camps de Pologne. Elles sont, ces traces, comme ces colliers berbères, formées d’un peu de tout, de perles de couleur et d’éclats martelés, un rien inquiétants, de pièces de métal. Elles disent – murmurent, plutôt, comme le vent du désert – le sable et le Hoggar, la langue des Targui, le bruit, et le silence assourdissant d’un champignon nucléaire, la chèche indigo, la fierté touareg…

Le livre – étrange et magnifique sujet – se laisse lire, bercé par le chaloupé de la Méhari, nous aimantant par une écriture à la fois précise et poétique, infiniment respectueuse de son objet, glissant ça et là un peu de cette langue Tamasheq, dont, hélas, il nous manquera le son rauque et lent qui la porte, et la musique du tambour en peau de chèvre – l’ettabel – symbole de son peuple. « Adafor », le coussin, « Issem n mem », comment t’appelle-t-on ?

Une année à Venise, Lauren Elkin

Ecrit par Anne Morin , le Dimanche, 29 Avril 2012. , dans Héloïse D'Ormesson, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman

Une année à Venise, Avril 2012, trad. USA par Jean Lineker, 334 p. 22 € . Ecrivain(s): Lauren Elkin Edition: Héloïse D'Ormesson

Oscillant entre la terre ferme et l’eau, entre la certitude, les certitudes, une vie toute tracée où n’affleurent même pas les questions, et l’incertitude, les questions sans réponse, le flottement. Entre Charles, son fiancé éditeur américain de l’upper middle class, et Marco, le batelier vénitien qui s’invente une histoire de vengeance, fuyant avenir et passé, Catherine hésite, Catherine balance : « je suis allée à Venise parce que Venise est un libro d’ore. Un livre d’heures. Un livre doré » (p.14).

Au fond d’elle-même, en quête d’elle-même, des failles s’ouvrent, profondes, où elle s’interroge. D’un côté, New York, le nouveau monde, engoncé dans un monolithisme étouffant, de l’autre Venise, l’ancien monde, berceau flottant, épave ? Les deux, peut-être, où passé et avenir se rejoignent, se joignent et se distendent, se distancient.

Doctorante, Catherine s’interroge sur ses racines. Dans une ville qui prend pied sur l’eau, elle ne choisit pas par hasard pour aimer y vivre, le seul quartier ferme : le Dorsoduro. Par l’eau – et Marco servira de passeur –, Catherine et Neva, une Croate en quête de la scuola segreta de ses ancêtres, ré-inventeront une très ancienne synagogue entre immersion et émersion aux magnifiques mosaïques : « Je savais que c’était à Venise, et dans un endroit improbable » dira Neva (p.136).

Dieu surfe au Pays Basque, Harold Cobert

Ecrit par Sophie Adriansen , le Jeudi, 08 Mars 2012. , dans Héloïse D'Ormesson, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Dieu surfe au Pays basque. 8 mars 2012. 160 p. 15 € . Ecrivain(s): Harold Cobert Edition: Héloïse D'Ormesson

C’est l’histoire d’un drame personnel, d’une injustice du quotidien. Un fait capable de ravager un couple, de détruire à jamais, au-delà des rêves d’enfant, les possibilités d’enfant ; un fait, pourtant, banal, statistiquement banal.

Le narrateur et la femme se rencontrent, s’aiment, se marient, veulent devenir trois. Rien de plus normal. Elle a déjà connu une grossesse avec un autre, mais le bébé n’a pas vécu plus de cinq jours à l’air libre. Il faudra composer avec cet antécédent, les menaces qu’il contient, on passera outre. Le test est positif, la chambre programmée, l’échographie des trois mois planifiée. 48h avant celle-ci, elle perd du sang. A l’hôpital, on annonce la fausse-couche. Celle-ci se soldera par un curetage, après des heures d’une « boucherie » aux méthodes « moyenâgeuses » - bien qu’orchestrée dans le cadre hospitalier.

Si rien n’est épargné au lecteur, ni le sang, ni l’achat des serviettes hygiéniques, Harold Cobert ne s’épargne pas non plus en tant que narrateur, ne taisant rien des douleurs physiques, des rêves détruits en vol, des larmes. Il dit tout de sa paternité en danger, de sa virilité égratignée - et cela, finalement, ne le rend que plus homme. Il évite toutefois l’écueil des grands épanchements, et privilégie la sobriété au lyrisme.

Tout contre, Marie-Florence Gros

Ecrit par Sophie Adriansen , le Jeudi, 23 Février 2012. , dans Héloïse D'Ormesson, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Tout contre, Marie-Florence Gros, février 2010, 160 pages, 16 € . Ecrivain(s): Marie-Florence Gros Edition: Héloïse D'Ormesson

Ce premier roman fait alterner deux cavales, l’une proche et l’autre plus lointaine, à l’Est, qui sont liées plus qu’il n’y paraît.

Les héros s’appellent Nestor et Andréa. Ils se rencontrent et s’aiment. Mais le temps, personnage à part entière de l’intrigue, s’en mêle. Car les protagonistes ne sont pas soumis à la même temporalité, et c’est là leur drame – tandis qu’el parallèle, le trafic de filles de l’Est contre lequel lutte Nestor l’avocat se rapproche de plus en plus d’Andréa, qui exerce le métier d’écrivain, et dont le roman ne sortira pas indemne.

« Parce que le temps imaginaire est à angle droit du temps réel, il se comporte comme une quatrième dimension spatiale. Il ouvre donc sur un éventail de possibilités beaucoup plus riches que la voie ferrée du temps réel ordinaire ». Stephen Hawking, en exergue.

Le caractère abouti de Tout contre, ajouté à sa structure complexe et très maîtrisée, est un fait assez rare pour un premier roman. Si l’écriture en est finie et subtile, ce roman n’est toutefois pas très accessible au premier abord. Il peut dérouter – mais qui surmontera cette impression bien légitime de décalage, cette sensation d’être à contretemps, s’en trouvera récompensé.

Effets secondaires probables, Augusten Burroughs

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 22 Février 2012. , dans Héloïse D'Ormesson, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Nouvelles

Effets secondaires probables, Nouvelles traduites de l’anglais (USA) par Samuel Sfez, sortie le 23 Février 2012, 334 p. 22 € . Ecrivain(s): Augusten Burroughs Edition: Héloïse D'Ormesson

Délirant, peu souvent méchant, grinçant, le ton acéré d’Augusten Burroughs, révélateur. A travers un prisme déformant, un kaléidoscope de sentiments, de pensées infuses, changeant mais mettant à chaque fois l’accent sur une malformation, un travers, une anomalie, le génome d’une certaine Amérique, valant d’autant que la révélation émane d’un Américain et non du regard (souvent) critique d’un étranger. Un regard qui s’en prend, d’abord, dès l’abord, à soi-même, exagéré et caustique :

– La consommation, (p.29) « Nous – les Américains – ne voulons que des produits fabriqués en laboratoire, testés sur des femmes et des animaux, puis emballés dans du plastique et estampillés à l’image du dernier film de Disney ».

– La course au dédommagement, (p.98) « Rien n’impressionne plus les personnes – ni la gloire, ni un diplôme dans une université de l’Ivy League – qu’une grosse compensation financière à la suite d’un problème médical ».

– Les mauvaises habitudes alimentaires, (p.256) « Alors comme ça, ces enfoirés de Crocker Farms pouvaient manger des frites et des Big Mac tous les jours ? – à la cantine scolaire – Tandis que nous avions des pizzas plates au goût sucré, encore congelées au milieu ».