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Je vais beaucoup mieux que mes copains morts, Viviane Chocas

Ecrit par Guy Donikian 24.01.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Héloïse D'Ormesson

Je vais beaucoup mieux que mes copains morts, 12 janvier 2012, 175 P. 17 €

Ecrivain(s): Viviane Chocas Edition: Héloïse D'Ormesson

Je vais beaucoup mieux que mes copains morts, Viviane Chocas

Blanche est une jeune femme un peu paumée, un peu idéaliste, qui se cherche tout en cherchant le job qui lui permettra d’atteindre le but qu’elle s’est inconsciemment assigné. Ainsi se retrouve-t-elle animatrice d’un atelier d’écriture dans une maison de retraite. Elle avance à l’aveuglette, apprenant à s’adresser à ses vieux au fur et à mesure des séances. Sa première déception est le nombre de participants qu’elle espérait important (un atelier d’écriture ne peut qu’intéresser les gens, fussent-ils âgés) mais qui se réduit à neuf personnes.

Elle tâtonne, Blanche, tant dans ses attitudes que dans ses questions, et ses hésitations la renvoient à elle-même. « T’es obligée d’articuler comme une débile » se lance-t-elle, preuve qu’elle avance en terre inconnue, d’autant que les questions qu’elle pose à ses vieux créent chez eux un malaise dont elle ne sait pas bien quoi faire, des émotions qu’elle a du mal à canaliser. Les souvenirs, parfois anciens et douloureux refont surface, et Blanche veut utiliser ce matériau pour atteindre un objectif : « Les redresser, leur rendre la parole. Mais c’est sous ses pieds aujourd’hui que s’ouvre la trappe du verbe. Sous ses pauvres pieds. Pour enfin témoigner ».

Et c’est elle, Blanche, qui, à son tour, va témoigner, après avoir lu un poème de Jacques Prévert. « Mon père est parti, exactement comme ça. J’avais cinq ans, c’est ce que ma mère m’a raconté ». Ce poème, sa mère le lui a lu à maintes reprises, comme un écho trop sonore du silence créé par l’absence du père.


Blanche ignore alors qu’elle a déclenché chez ses vieux le désir de vivre une seconde vie. Ils entraînent l’animatrice dans une véritable cavale. On utilise alors un fourgon qu’on vole à l’amant de Blanche et, ligotée au siège du conducteur, c’est elle qui conduira pour leur escapade. Mais Blanche, après les moments d’angoisse qu’elle devra subir, tant pour elle-même que pour ses vieux, se retrouvera, et c’est au fond une réponse à sa quête qu’elle retirera de cette virée.


Viviane Chocas a su, dans ce roman, nous convaincre de la force, liée à l’émotion, dont sont capables les personnes âgées. Si les vieux ont depuis toujours eu une part active dans notre société, leur influence a considérablement régressé ces dernières décennies et le talent de l’auteur se met au service d’une démographie qui fera du troisième âge une force avec laquelle il faudra compter, dans nos sociétés où l’on entre dans la vie active de plus en plus tardivement et dont on sort de plus en plus précocement.


Guy Donikian


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A propos de l'écrivain

Viviane Chocas

Viviane Chocas, née à Paris en 1962, est journaliste et reporter. Elle a publié en 2006 un premier roman intitulé Bazar Magyar, chez Eho.


A propos du rédacteur

Guy Donikian

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