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Julliard

 

Maison d'édition dirigée depuis 1995 par Betty Mialet et Bernard Barrault. Spécialisés dans la littérature française contemporaine, tous deux tentent de rapprocher dès que possible les livres et le cinéma. www.Julliard.fr

 


A la recherche de Marie J., Michèle Sarde (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Jeudi, 12 Décembre 2019. , dans Julliard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

A la recherche de Marie J., octobre 2019, 368 pages, 20 € . Ecrivain(s): Michèle Sarde Edition: Julliard

 

« Les noms des personnages vivants ont été remplacés par des initiales et leurs prénoms ont été changés. Le moins possible ».

Ne cherchez pas non plus dans les remerciements, les prénoms du livre. Entre autres, Yolène, Elena, Rodriguo. Il n’y a aucune initiale.

Seule est, Marie J.

Certains liens sont indéfectibles, au-delà des identités.

Ce serait par exemple une ressemblance troublante entre elle, l’auteure dont le prénom n’est pas Michèle, et sa grand-mère. Marie J. Troublante au point de « passer sa vie à » rechercher derrière les traits d’un être vivant, le visage d’un autre. Décédé en 1944.

Nous étions nés pour être heureux, Lionel Duroy (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Mardi, 19 Novembre 2019. , dans Julliard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Nous étions nés pour être heureux, août 2019, 240 pages, 20 € . Ecrivain(s): Lionel Duroy Edition: Julliard

Il y a trente ans, en 1990, Lionel Duroy publiait Priez pour nous (éd. Bernard Barrault, 1990, réédité chez J’ai lu en 2011), son premier roman autobiographique. Il y relatait son enfance chaotique, entouré de ses neuf frères et sœurs qui subirent, à ses côtés, la tyrannie maladive de leur mère (qui n’est pas sans rappeler la Folcoche d’Hervé Bazin) et les maladroites tentatives de leur père, « Toto », de sortir la famille de ses multiples déboires. L’écriture de ce livre fut pour lui salvateur. « J’ai organisé ma vie autour de l’écriture de mes livres, déclare Paul, le personnage principal de Nous étions nés pour être heureux, je peux dire aujourd’hui que je suis fait de mes livres, qu’ils m’ont construit, qu’ils m’ont sauvé ». Il mit des mots sur ce qu’il lui était arrivé, il tenta de comprendre le désastre de cette enfance qui lui avait été volée. Mais s’en sortir eut un prix. Ses frères et sœurs, qui avaient pourtant subi les mêmes violences, se désolidarisèrent de lui et l’accusèrent d’être indirectement responsable de la mort de ses parents qui ne supportèrent pas de voir ainsi étalé ce qu’ils avaient tenté, toute leur vie durant, de dissimuler. Ils coupèrent les ponts lui reprochant notamment son égoïsme et d’avoir ainsi dévoilé la honte familiale qui aurait dû, selon eux, rester silencieuse. Même ses enfants n’eurent plus le droit de voir leurs cousins et grandirent dans la conscience de l’hostilité de leurs oncles et tantes.

Être, tellement, Jean-Luc Marty

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 15 Septembre 2017. , dans Julliard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Être, tellement, août 2017, 306 pages, 18 € . Ecrivain(s): Jean-Luc Marty Edition: Julliard

 

« L’inconnue avait pris l’initiative de s’imposer à lui. Il en est maintenant certain : qu’elle ait pu marcher de cette manière, d’un arbre à l’autre, témoignait de l’intérêt qu’elle avait eu à se trouver là, à aller et à venir sous ses yeux, car elle ne pouvait pas ne pas l’avoir remarqué. Il en a été impressionné et, en même temps, affaibli, dans l’incapacité de faire face ».

Être, tellement est le roman d’un musicien aventurier, son archet tient ses personnages sous tension, roman grave et profond, qui frisonne comme une tragédie à venir, mais aussi comme une joie lointaine qui va se dessiner, à l’image de la suite N°3 de Johann Sébastian Bach par Alexander Kniazev, un éclat à naître et un frisson en devenir. Être, tellement est un roman du bout du monde du Brésil, le Nordeste, roman des sables mouvants, du désert qui gagne sur la vie, roman où se brisent des vagues rêvées, où des êtres se rencontrent, et une douce musique s’élève dans leurs cœurs*.

L’absente, Lionel Duroy

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 14 Octobre 2016. , dans Julliard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

L’absente, août 2016, 360 pages, 20 € . Ecrivain(s): Lionel Duroy Edition: Julliard

 

Qu’est-ce qui pousse un auteur, empreint du violent désir d’en finir, à se lancer dans le vide, mais aussi à se lancer dans l’écriture d’un roman pour tenter d’échapper au néant ?

Il s’adresse à lui-même, peut-être pour se convaincre, peut-être pour nous convaincre : « Si tu arrives à transformer ta détresse en une œuvre, tu seras sauvé. Écrire, ce sera comme si tu t’élevais soudain de la lourde terre pour t’accorder une autre vie qui te permettra de regarder de haut la première, celle où tu marches aujourd’hui à tâtons, stupide et aveugle… Écrire te rendra inaccessible à la bêtise et à la cruauté du monde ».

Dans son dernier roman, L’absente, le narrateur part comme un voyageur sans bagages, tournant le dos à son passé, refusant tout lien avec lui, y compris avec ses enfants. Pour Lionel Duroy, long et sinueux, plein de détours, d’imprévus, d’embûches, de rencontres inattendues plus ou moins heureuses, sera le chemin, entre le pardon et le repentir, pour parvenir à une relative et fragile sérénité.

Revenir du silence, Michèle Sarde

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Mardi, 27 Septembre 2016. , dans Julliard, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Revenir du silence, septembre 2016, 408 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Michèle Sarde Edition: Julliard

 

Faut-il mettre un genre sur un livre ?

Récit, documentaire, témoignage, biographie, recueil d’archives, le roman indiqué comme tel est ici un ensemble dynamique sans limites, une forme vivante, là toute sa puissance et sa cohérence. Mais pas seulement. Il faut s’ancrer davantage dans ces pages, s’y enfoncer, suivre les personnages à la trace, les vrais, ceux qui ont vécu, détailler les figures sur les photos sépia, les cicatrices et les papiers lacérés voire reconnaître des traits communs, peut-être même une filiation : ici les ancêtres de Michèle Sarde, famille judéo-espagnole expulsée d’Espagne par les rois catholiques, réfugiée, recueillie, issue de l’Empire ottoman.

« Un roman à clés qu’il me fallait déverrouiller moi-même pour comprendre où je voulais en venir ou plus exactement d’où je voulais venir (…). Née en France, moi je l’étais, et je le répète, afin de faire tout particulièrement plaisir à l’auteure de mes jours, au fond de son tombeau, dans un petit cimetière de la Brie. Et cette naissance-là, ma mère la considérait comme la plus grande chance qu’elle ait pu m’offrir, et le cadeau des bonnes fées, des fées authentiquement celtiques, convoquées par elle autour de mon berceau, dans l’Ille-et-Vilaine profonde ».