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Quidam Editeur

Quidam éditeur se consacre à la littérature contemporaine, française et étrangère.
Notre attirance va ainsi vers l’insolite mais sans exclusive, l’éventail de nos goûts étant assez large pour assurer vie à l’éclectisme au même titre qu’un libraire assure la biblio-diversité. Notre rapport au livre est d’abord celui d’un lecteur qui aime être étonné.
Et l’éditeur que nous sommes se veut passeur vers celle ou celui à qui l’on demande de perpétuer avec envie ce bonheur toujours vif qu’est lire.


Le Temps des immortelles, Karsten Dümmel

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 17 Novembre 2017. , dans Quidam Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman

Le Temps des immortelles, mars 2017, trad. allemand et notes, Martine Rémon, 16,50 € . Ecrivain(s): Karsten Dümmel Edition: Quidam Editeur

 

« Ils ne viendraient pas. A quoi bon, d’ailleurs ? Il n’y avait rien à découvrir. Il n’avait cessé d’entendre les rumeurs les plus absurdes. Des récits différents selon chacun. A moitié vrais, en partie inventés de toute pièce : des policiers brutaux et des informateurs aux écoutes occuperaient des appartements vides ».

« Le but est d’atteindre un degré d’insécurité provoquant chez la cible l’impression qu’elle ne contrôle plus sa vie ».

Le Temps des immortelles est un roman glacial venu de l’Est figé de Berlin. Roman de surveillance et de désintégration d’Arno K. Le roman de l’Avenir Radieux sans masque. Arno K travaille à l’usine et écrit, quand il le pouvait encore, il voyageait, et ramenait de ses escapades quelques livres, autant de preuves accablantes : Chamalov, Kopelev, Kundera, Orwell, Pasternak, toute une littérature de renégats.

Le livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher (2ème critique)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 19 Octobre 2017. , dans Quidam Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Le livre que je ne voulais pas écrire, août 2017, 268 pages, 20 € . Ecrivain(s): Erwan Larher Edition: Quidam Editeur

 

Etre écrivain n’est pas toujours une sinécure, loin s’en faut. Pour peu que celui ou celle qui s’engage à écrire et publier ait un certain sens de la responsabilité, sans même parler d’éthique. Car s’il est des livres qui s’écrivent pour le plaisir, dans un certain élan narcissique, il en est aussi qui relèvent d’une nécessité qui dépasse largement la petite personne de l’auteur. Ce nouvel opus d’Erwan Larher est de ceux-là.

Erwan Larher était déjà écrivain avant l’événement qui le contraindra à ce livre. Quatre romans déjà publiés avant les attentats parisiens du 13 novembre 2015, Qu’avez-vous fait de moi ? et Autogénèse (Michalon, 2011 et 2012), L’Abandon du mâle en milieu hostile et Entre toutes les femmes (Plon, 2013 et 2015). Un cinquième titre était prévu chez Quidam à ce moment-là, paru depuis, Marguerite n’aime pas ses fesses (2016). Il paraît important de rappeler cela avant de parler du livre que l’auteur ne voulait pas écrire, car ce qu’il a de plus remarquable c’est bien qu’il échappe à tout opportunisme commercial, ou sensationnaliste aussi, encore plus.

La Magie dans les villes, Frédéric Fiolof

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 29 Septembre 2017. , dans Quidam Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La Magie dans les villes, 105 pages, 12 € . Ecrivain(s): Frédéric Fiolof Edition: Quidam Editeur

 

Voilà un livre aussi magique que son titre. Un livre qui fait du bien et que l’on ne sait pas trop dans quelle catégorie classer. Ce n’est pas grave car de toute façon voilà déjà quelque temps qu’il ne quitte pas ma table de nuit. Ce n’est pas un récit ou roman, même s’il y a un narrateur et des personnages. Ce ne sont pas des nouvelles non plus. Des contes ou des fables ?… Un peu. Mais pas vraiment car il y a bien des continuité d’un texte à l’autre. Ce ne sont pas non plus des poèmes, même si pour certains la tonalité est celle de la poésie ou du merveilleux. Ne cherchons plus. Laissons le souci des catégories et du catalogue au catalogueur et classificateur. Savourons plutôt. Simplement.

Le narrateur nous raconte un homme, ses manies, ses rêves, son quotidien, sa fantaisie. Autour de lui une ville, une femme, une fille, un fils… Mais pas que. Il y a aussi une fée fatiguée. Très fatiguée. Elle est bien gentille, mais si âgée et fatiguée qu’elle n’est plus d’aucune efficacité. Bien sûr, elle a été jeune, mais c’était il y a longtemps. Et puis avec l’âge, elle a gardé des convictions et ne tient pas à faire n’importe quoi. Comme lui est passablement maladroit, toujours un peu à côté d’où on pourrait l’attendre, les choses vont souvent un peu de travers. Parfois insensiblement. Toujours irrésistiblement… Ce qui n’empêche pas une certaine philosophie, un mot qui rime avec ironie comme avec bonhomie.

Le salut viendra de la mer, Chrìstos Ikonòmou

Ecrit par Marc Ossorguine , le Lundi, 11 Septembre 2017. , dans Quidam Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman

Le salut viendra de la mer, avril 2017, trad. grec Michel Volkovitch, 190 pages, 20 € . Ecrivain(s): Christos Ikonòmou Edition: Quidam Editeur

(…) Et tu vas me dire c’est quoi ces histoires que tu me sors là, ces mains blanches et ces bouches noires, mais je te l’ai dit dès le début, je te dirai tout, je me souviens de tout, je me souviens de ce qui est arrivé de ce qui n’est pas arrivé de ce qui aurait pu arriver de ce qui aurait dû arriver, je me souviens de tout, et que ça te plaise ou non je dirai tout.

Ils sont venus de Grèce, tout simplement. Ils se sont réfugiés sur une île. Une île où d’autres vivaient. Ils sont devenus les autres des autres. Les îles ne sont pas des paradis et l’on y survit pas mieux qu’ailleurs. Fermées sur elles-mêmes, elles laissent peu ou pas d’échappatoire. Peur haine et violence en font vite des enfers, des lieux où l’on peut se perdre, entre vie et mort.

Quatre récits nous sont donnés à entendre, quatre voix qui résonnent entre les falaises, la mer et une grotte. Entre menace prophétique, ironie cynique, lamentation funèbre et espoir têtu, quatre voix nous saisissent, nous giflent, nous bousculent sans aucun ménagement, nous décillent le regard et nous font entendre l’inaudible et l’inouï. Sous le ciel bleu et les blanches maisons des dépliants pour touristes, il y a la nuit qui est en chacun et qui nous envahit tous. Une nuit où résonnent les appels et les errements, privés d’échos, si ce n’est dans la violence du soleil et l’égarement de l’alcool.

Le livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 05 Septembre 2017. , dans Quidam Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Le livre que je ne voulais pas écrire, août 2017, 266 pages, 20 € . Ecrivain(s): Erwan Larher Edition: Quidam Editeur

 

« L’époque exige l’autofiction », « les temps sont au voyeurisme », mais le sujet de ce livre écrit « d’après une histoire vraie » – et qui plus est vécue – ne doit pas pour autant dissuader les lecteurs qui tentent de résister à ce dictat.

Erwan Larher aime le rock et les mots. C’est un romancier qui invente des histoires, des héros, et surtout une écriture pour tenter de changer, ou du moins d’interroger le monde et l’humain. Rescapé de l’attentat du Bataclan où il a été blessé, il a longtemps refusé de témoigner, ne voulant pas « apporter son écot de larmoyance à l’océan émotionnel sur lequel surfent les media ». Mais cette « tragédie intime » est un « drame national » qui dépasse le fait divers que certains transforment « en prix littéraire » car c’est tout le corps social qui a été attaqué. Elle nous « atteint par ricochet », elle fait partie de notre histoire. Et des amis écrivains finirent par le convaincre de son devoir d’écrire, lui « le seul écrivain présent ce soir-là au Bataclan », notamment en employant « le mot magique » : « tu dois partager ».