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Quidam Editeur

Quidam éditeur se consacre à la littérature contemporaine, française et étrangère.
Notre attirance va ainsi vers l’insolite mais sans exclusive, l’éventail de nos goûts étant assez large pour assurer vie à l’éclectisme au même titre qu’un libraire assure la biblio-diversité. Notre rapport au livre est d’abord celui d’un lecteur qui aime être étonné.
Et l’éditeur que nous sommes se veut passeur vers celle ou celui à qui l’on demande de perpétuer avec envie ce bonheur toujours vif qu’est lire.


Victoria n’existe pas, Yannis Tsirbas (2ème critique)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 10 Juin 2017. , dans Quidam Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman

Victoria n’existe pas, trad. grec Nicolas Pailler, 66 pages, 10 € . Ecrivain(s): Yannis Tsirbas Edition: Quidam Editeur

 

Strangers on a train (1) pourrait être le titre anglais ou américain pour une traduction de ce premier opus de Yannis Tsirbas, car il s’agit bien, au départ, d’une rencontre imprévisible, mais pas totalement improbable, dans un train qui va de la banlieue vers la capitale, Athènes. Mais la comparaison devrait s’arrêter là, car il n’y a pas à proprement parler de projets de criminels inavoués entre les deux protagonistes. Encore que…

L’homme habite le quartier du square Victoria. Un nom qui n’évoque sans doute pas grand-chose pour celles et ceux qui n’ont pas fait le voyage. Le square Victoria est un des lieux d’Athènes qui a depuis quelques années une des plus sombres réputations. Insécurité, saleté… Un lieu où il ne ferait pas bon se promener la nuit venue et que tous les touristes devraient soigneusement éviter, même si les restaurants n’y manquent pas. C’est que le square Victoria est depuis des années un des lieux où atterrissent et tentent de survivre des immigrés venus de pays où la vie est encore plus difficile qu’en Grèce.

Ça va aller, tu vas voir, Chrìstos Ikonòmou

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 27 Avril 2017. , dans Quidam Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman

Ça va aller, tu vas voir, trad. grec Michel Volkovitch (Κάτι θα γίει, θα δεις, 2010), 228 pages, 20 € . Ecrivain(s): Christos Ikonòmou Edition: Quidam Editeur

 

Un titre en forme d’espoir quand tout va mal, quand tout va de travers, quand on a peine à seulement y croire, qu’un jour cela pourrait aller mieux. Mieux ou simplement moins mal. « Ça va aller, tu vas voir… », c’est aussi ce que disent implicitement tous les partisans des solutions qui ne font qu’empirer les choses, que rendre la vie plus difficile, plus impossible.

Je ne sais pas. Ce que je lis ne colle pas avec ce que je vois. Ce que je pense non plus. Rien, ne colle.

Dans ce monde où rien ne va plus, la file d’attente devant la sécu est longue, très longue. Si longue qu’elle commence au milieu de la nuit, malgré le froid. Autour d’un bidon dans lequel brûle un misérable feu autour duquel la misère n’a plus d’âge. Où elle n’a plus l’âge d’avoir un âge.

Tu sais quoi grand-père ? Ce n’est pas la chute qui nous tue, c’est de s’arrêter brusquement. Tu comprends ? C’est s’arrêter brusquement qui nous tue.

Quelques femmes, Mihàlis Ganas (2ème critique)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 18 Mars 2017. , dans Quidam Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Nouvelles

Quelques femmes, trad. grec Michel Volkovitch (Γυναικών, 2010), 68 p., 10 € . Ecrivain(s): Mihalis Ganas Edition: Quidam Editeur

 

Voilà un poète et écrivain grec dont on regrette, à peine le livre ouvert, qu’il ne soit pas plus traduit en France. En effet ces quelques portraits ou nouvelles, on ne sait trop, ont un pouvoir de séduction rare, de par leur langue comme de par les images qu’ils convoquent, ou plutôt invoquent. Considéré en terre grecque comme l’une des grandes voix poétiques contemporaines, il faut tout l’art du traducteur pour nous les faire partager, même imparfaitement, même partiellement. Nous ignorons tout de la langue grecque, mais le pouvoir de ces textes est aussi de nous donner une puissante envie de découvrir cette langue, avec sa musique propre.

La simplicité de ces portraits nous touche aussi, pris dans le quotidien le plus ordinaire, jusqu’à en être banal (mais pas trivial) que le regard de l’écrivain rend unique, extraordinairement complice, jusqu’aux frontières de l’intime qu’il franchit parfois à pas de loup. Portraits ou nouvelles, portraits et nouvelles tout à la fois. De femmes mais aussi d’hommes.

Elise et Lise, Philippe Annocque

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 21 Février 2017. , dans Quidam Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Elise et Lise, février 2017, 132 pages, 14 € . Ecrivain(s): Philippe Annocque Edition: Quidam Editeur

 

Elise et Lise est une histoire apparemment simple et limpide qui raconte aussi « autre chose que ce qu’elle raconte ». Une histoire d’ombres, d’échos et de reflets cultivant savoureusement l’ambiguïté et l’ambivalence, et où s’entremêlent vertigineusement d’autres histoires. C’est un conte moderne, un « conte sans fée » si ce n’est l’auteur, ce magicien au travers duquel s’élabore toute une alchimie lui échappant en partie.

Philippe Annocque s’y interroge sur la maîtrise de nos existences, sur la singularité de nos vies et sur la vérité de nos choix comme sur la maîtrise de ses propres histoires, et il y éclaire cette frontière fragile entre le vrai et le faux, entre la réalité et l’imagination que notre mémoire si faillible nous fait souvent confondre.

Qui sommes-nous donc ? Sommes-nous les héros victorieux de nos vies qui mériteront le repos éternel des champs Elyséens ou de simples « ombres errantes » à la recherche de modèles à imiter et à supplanter, ou se laissant inconsciemment traverser par eux ? Vivons-nous réellement ou seulement à travers les autres, comme « par procuration » ?

Le Silence, Reinhard Jirgl

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 01 Novembre 2016. , dans Quidam Editeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman, La rentrée littéraire

Le Silence, octobre 2016, notes et trad. allemand Martine Rémon, 620 pages, 25 € . Ecrivain(s): Reinhard Jirgl Edition: Quidam Editeur

 

A partir de la transmission par sa sœur Felicitas d’un album destiné à son fils, regroupant une centaine de photographies réunies par sa belle-mère, Le silence retrace l’histoire de Georg Adam, suivant le « Chemin-de-Vie » de son héros tout en parcourant, outre son ascendance et sa descendance, les deux lignées dont est issue sa femme Henriette décédée en 2000. Une histoire scellée par le meurtre et l’abandon du père, par la faute et la honte d’une tare génétique, d’un « défaut de tissage dans l’étoffe généalogique ». Une histoire labyrinthique aux multiples récits familiaux entrelacés que nous conte un héros sans cesse relayé par de nombreuses voix venant varier les perspectives.

Dans cette saga familiale désordonnée s’inscrivant dans un siècle d’Histoire allemande, telle qu’elle fut vécue, endurée ou servie par les « Gens ordinaires », dans ce XXème siècle maudit (le livre couvrant plus exactement la période allant de la guerre de 1914 à l’Allemagne réunifiée de 2008), Reinhard Jirgl éclaire l’héritage d’une nation auquel nul ne peut échapper : un continuum de violences, d’injustices et de destructions traversant les différents régimes politiques et systèmes économiques en place.