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Flammarion

Le groupe Flammarion est le quatrième groupe d'édition français et comprend plusieurs maisons d'édition dont celle qui a donné son nom au groupe, fondée en 1876. Le groupe comprend également des entreprises de distributionvente et impression.

Il appartient depuis 2000 au groupeitalien RCS MediaGroup et son PDG est depuis cette date Teresa Cremisi.


L’art de perdre, Alice Zeniter

Ecrit par Franck Verdun , le Mercredi, 24 Janvier 2018. , dans Flammarion, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’art de perdre, août 2017, 512 pages, 22 € . Ecrivain(s): Alice Zeniter Edition: Flammarion

 

Les harkis ont subi le malheur des vaincus et celui-là était à double détente. Ils ont dû fuir leur pays pour la France ; mais là, leur présence évoquait trop visiblement la colonisation, la guerre et la défaite, comme la tache de sang poursuivait le crime de lady Macbeth.

Les harkis, comme tous les perdants, n’ont pas d’histoire. Chacun choisit alors sa stratégie de survie. Certains décident de déserter leurs souvenirs : ils choisissent le silence. Mais le vide du silence est une masse dense qui obéit aux lois de la physique. Il satellise les êtres autour de lui, il obsède comme la présence du membre fantôme que l’on a amputé. Cette éternelle histoire des perdants, Alice Zeniter l’écrit magnifiquement dans L’art de perdre. Le roman raconte la filiation de Naïma, jeune femme née de père Kabyle et de mère française dont les grands-parents Ali et Yema ont quitté l’Algérie pour la France en 1962, et qui après un passage dans des camps de travail parviennent dans l’appartement d’une HLM de Normandie.

Le Clan Spinoza. Amsterdam, 1677. L’invention de la liberté, Maxime Rovere (2ème critique)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 10 Janvier 2018. , dans Flammarion, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Le Clan Spinoza. Amsterdam, 1677. L’invention de la liberté, septembre 2017, 562 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Maxime Rovere Edition: Flammarion

 

« At nihilominus sentimus, experimurque, nos aeternos esse » (« nous sentons néanmoins et nous savons par expérience que nous sommes éternels »). Quel homme a pu écrire une phrase pareille et, ensuite, aller dormir, manger ou fumer une pipe ? Car Spinoza n’a pas utilisé credimus, « nous croyons » : la première secte religieuse venue ne propose pas moins que l’immortalité future à ses adhérents. Il a écrit « nous sentons » et « nous expérimentons », deux modalités bien précises de la connaissance. Il existe un mystère de Spinoza, analogue au mystère de Shakespeare. Quiconque a pratiqué ses livres a senti que les perspectives ouvertes par son œuvre excèdent la biographie du personnage, les quarante-cinq années qu’il vécut sur terre. Que Kant, qui posa des limites au savoir humain, bannit l’aventure métaphysique du champ des sciences, sépara ce qui était possible d’être connu et ce qui ne l’était pas, fut également le philosophe qui mena la vie la moins intéressante, répond à une congruité logique.

Dernières nouvelles, Jim Harrison

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 05 Décembre 2017. , dans Flammarion, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Dernières nouvelles, octobre 2017, trad. anglais (USA) Brice Matthieussent, 300 pages, 21 € . Ecrivain(s): Jim Harrison Edition: Flammarion

 

Aucun général ne devrait mourir ailleurs que sur le champ de bataille et aucun écrivain ailleurs qu’à sa table de travail, parce que ce sont les lieux où s’accomplit leur destin. Jim Harrison est mort le 26 mars 2016, comme doivent mourir les écrivains, à son bureau, en train de composer un poème. Il avait soixante-dix-huit ans. Les quantités de nourriture, d’alcool et de tabac qu’il absorba au cours de sa relativement longue existence étaient un défi lancé à toutes les normes diététiques et hygiénistes mises en œuvre dans son pays, puis importées en Europe : « ne pas manger trop gras trop salé trop sucré cinq fruits et légumes par jour à consommer avec modération manger bouger fumer tue ». Mais nous ne sommes pas seulement redevables aux États-Unis de cette litanie déprimante. Nous leur devons également, entre autres choses, l’œuvre de Jim Harrison, qui excellait dans la composition de novellas, des récits plus longs que des nouvelles au sens classique du mot, mais plus courts que des romans ; le plus célèbre étant Légende d’automne. Ces Dernières nouvelles recueillent les trois ultimes récits écrits par Jim Harrison au moment de sa disparition.

Le Clan Spinoza, Maxime Rovere

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 24 Novembre 2017. , dans Flammarion, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Le Clan Spinoza, septembre 2017, 560 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Maxime Rovere Edition: Flammarion

 

Le prince de la philosophie vient de trouver un chef d’orchestre. Jusqu’ici, Spinoza était réservé aux initiés. Pour le meilleur et souvent pour le pire. Spinoza ceci, Spinoza cela. De l’hermétisme à l’esprit de secte, de l’explication minutieuse jusqu’à la noyade dans le Gueroult, Spinoza aura subi tous les traitements. Maxime Rovere démontre magistralement que Bento n’a jamais été un pauvre hère traînant de meublé en meublé son manteau troué en image d’Epinal. Le chef d’orchestre ne se contente pas de diriger les instrumentistes, il a écrit une nouvelle partition.

Il y a de fortes chances pour que le maestro ait développé une courte proposition de Deleuze : « Spinoza au milieu de nous ». Et la vie du philosophe s’éclaire. Bento buvait des canons avec ses potes. C’était un bon gars. Un bon vivant et pas seulement un « grand vivant avec une petite santé ». Rovere ne se serait pas pour autant permis de mettre Spinoza en abîme. C’est tout le contraire : Bento est un rayon de lumière. Il traverse son temps et les idées de son temps. Il est loin d’avoir vécu en ermite. Il fut ce qu’on appelle aujourd’hui un grand communicant.

Quand sort la recluse, Fred Vargas

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 11 Juillet 2017. , dans Flammarion, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman

Quand sort la recluse, mai 2017, 478 pages, 21 € . Ecrivain(s): Fred Vargas Edition: Flammarion

Le propre d’un roman policier, c’est de résoudre un problème, tout comme le fait, dans un autre registre, la catharsis grecque, qui permet de faire ressentir la terreur et la pitié chez le lecteur. On trouve l’ensemble de ces leviers dans les livres de Fred Vargas. Toutefois, si le roman policier est bien le récit de la résolution symbolique, ce n’est en général pas –ou peu- le lieu du savoir. Or, chez Fred Vargas, on en apprend toujours un peu : sur la peste dans Pars vite et reviens tard (2001), sur les araignées dans Quand sort la recluse. Ancienne archéo-zoologue, l’auteure nous fait profiter de son aptitude à défricher les champs du savoir et donne à ses intrigues une coloration scientifique.

Comme toujours dans les romans de Fred Vargas, le scénario est complexe, à la limite du concevable ou du plausible. Plusieurs affaires sont encastrées, liées ou non par les hasards de la vie et mises en relation –ou non- par les cheminements rigoureux de l’enquête.

Comme toujours dans les romans de Fred Vargas, on apprécie l’acuité des dialogues entre les personnages, répliques teintées d’humour, voire d’humour noir –selon la tradition propre au roman policier, les enquêteurs sont des êtres désabusés et côtoient souvent le plus grand désespoir. Ainsi, la conversation entre le commissaire Adamsberg, héros récurrent de Vargas, et l’un des scientifiques qu’il rencontre :