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Série Noire (Gallimard)

Dernière récolte, Attica Locke

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 10 Septembre 2014. , dans Série Noire (Gallimard), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, USA, Roman

Dernière récolte (The Cutting Season), traduit de l’anglais (USA) par Clément Baude, mai 2014, 416 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Attica Locke Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Marée Noire, premier roman remarqué d’Attica Locke, laissait entrevoir de belles qualités chez cette jeune auteure – en particulier dans ses évocations de la lutte en faveur des droits civiques des Noirs aux États-Unis – mais souffrait par ailleurs de défauts patents, notamment une intrigue pour le moins confuse. C’est donc avec curiosité que l’on attendait ce deuxième livre, histoire de meurtre dans une plantation de Louisiane devenue musée et dans laquelle, une fois encore, Attica Locke entend faire entrer le présent en résonnance avec le passé.

En effet, Caren Gray, héroïne de cette Dernière récolte, descendante d’esclaves attachés à la plantation Belle Vie, revenue en ces lieux afin de les gérer pour la famille Clancy, se trouve confrontée au meurtre d’une immigrée clandestine employée dans les champs de canne à sucre loués par une grande entreprise sucrière autour de Belle Vie. Alors que la police cherche le coupable idéal, Caren soulève peu à peu un voile derrière lequel se bousculent bien des souvenirs enfouis et une histoire beaucoup moins lisse que celle que présente la troupe d’acteurs de la plantation dans son spectacle destiné aux touristes.

Une affaire de trois jours, Michael Kardos

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 05 Juillet 2014. , dans Série Noire (Gallimard), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres

Une affaire de trois jours (The Three-Day Affair, 2013), traduit de l’anglais (USA) par Sébastien Guillot, mai 2014, 275 pages, 20 € . Ecrivain(s): Michael Kardos Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Comme tous les ans, Will, Nolan, Jeffrey et Evans, anciens camarades de l’université de Princeton ayant eu des fortunes diverses, doivent se retrouver le temps d’un week-end pour jouer au golf et se remémorer leur jeunesse étudiante. Cette année c’est chez Will, le narrateur, musicien et ingénieur du son dans une petite ville du New Jersey que les amis ont prévu de se voir. Mais dès le premier soir, Jeffrey, patron d’une start-up qui l’a rendu riche avant de le ruiner, entre dans un drugstore le temps d’un achat et en ressort avec la caissière que, sur un coup de tête, il vient de braquer et de kidnapper. Will, et Nolan, candidat à un poste de sénateur dans le Missouri, se trouvent entraînés avec lui dans cette folie dans les jours qui vont suivre.

« Ça aurait pu ne pas arriver – l’enlèvement et tout ce qui s’est passé ensuite. C’est ce qui me navre le plus, même maintenant ». Une phrase d’ouverture qui en dit déjà long, à commencer par le fait que si les protagonistes sont tous issus de Princeton, ils n’en sont pas moins de sacrés crétins et que cette affaire ne les a d’évidence pas rendus plus intelligents. C’est sans doute là la plus grande faiblesse de ce roman : il est nécessaire d’accepter l’idée que les personnages que l’on a en face de soi sont des idiots et ont agi en conséquence.

Donnybrook, Frank Bill

Ecrit par Yan Lespoux , le Dimanche, 16 Mars 2014. , dans Série Noire (Gallimard), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, USA, Roman

Donnybrook (Donnybrook), traduit de l’anglais (USA) par Antoine Chainas, février 2014, 234 p. 17,50 € . Ecrivain(s): Frank Bill Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Vous vous souvenez peut-être de la série télévisée Shérif fais-moi peur (The Dukes of Hazzard en VO) avec Bo et Luke Duke, l’oncle Jesse, la cousine Daisy, le machiavélique Boss Hogg et le shérif un peu demeuré Rosco P. Coltrane et son basset hound Flash.

Imaginez maintenant qu’au lieu de produire de la gnôle de contrebande, l’oncle Jesse se soit mis à fabriquer de la méthamphétamine, que Bo et Luke, au lieu de faire des combats de boxe, s’essaient, complètement défoncés, aux arts martiaux dans des combats à mort, que la cousine Daisy ait gardé ses mini-shorts en jean mais abandonné son côté légèrement pudibond pour laisser libre cours à ses tendances nymphomanes et à son amour de la meth, que Rosco soit devenu moins bête et mis à la musculation, et que Boss Hogg ait abattu Flash pour le remplacer par une meute de pitbulls avant de se mettre à organiser le plus grand tournoi de combats à mains nues et à mort du sud des États-Unis. Alors vous aurez une assez bonne idée de l’ambiance de Donnybrook.

La fille de la pluie, Pierric Guittaut

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 03 Décembre 2013. , dans Série Noire (Gallimard), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman

La fille de la pluie, octobre 2013, 271 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Pierric Guittaut Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Série Noire Gallimard ; la crème des Polars, donc. Qui dit roman policier, entend meurtre, ou, mieux, assassinat – du rouge, encore du rouge ; une enquête rondement menée, par un type (pas trop, une femme) à la pipe entre les dents. A la fin, après moult méandres, on chope l’assassin, qui, souvent, n’est pas celui auquel vous pensiez. On peut en profiter – c’est mieux – pour distiller deux ou trois tranches de vraie vie dans les faubourgs de L.A., ou chez les bouchers de Montrouge ; ça s’appelle faire du sociétal.

Un policier, c’est ça, mais pas celui-là.

Là, c’est construit à l’envers : le mort n’arrive qu’à la fin ; l’enquête est pour le tome II à venir, mais, il n’y a pas une page, sans que vous n’attendiez le meurtre, le suicide, l’assassinat spectaculaire, si ce n’est multiple. Vous avancez, pris à la gorge : « sûr, ce sera… », et ce n’est toujours pas !

Réussi, au cordeau, cet opus oscillant entre suspense, sociologie rurale, éclairage psychologique de tréfonds pas bien nets. Au bout, un magistral roman noir, qui marche sur d’autres chemins que ceux de tout le monde.

Pur, Antoine Chainas

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 18 Novembre 2013. , dans Série Noire (Gallimard), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman

Pur, septembre 2013, 307 pages, 18,90 € . Ecrivain(s): Antoine Chainas Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Patrick Martin recouvre ses esprits en contrebas d’une autoroute du sud de la France, non loin de sa voiture dans laquelle sa femme est morte. Cet accident prend bien vite une autre dimension que celle d’un simple fait divers. Patrick aurait eu, avant le drame, une altercation avec deux jeunes arabes sur une aire d’autoroute et ceux-ci l’auraient poursuivi. Dans ce Midi où les plus riches se terrent dans des résidences sécurisées, où le maire entend se faire réélire en fustigeant les populations basanées qui participent de l’insécurité et en s’appuyant sur le groupuscule d’extrême-droite Force et Honneur, Patrick Martin devient un symbole et peut-être plus encore, une arme manipulée par ceux qui voudraient capitaliser sur les violences intercommunautaires.

En l’espace de quelques années, Antoine Chainas s’est imposé comme un des auteurs phares de la nouvelle Série Noire en particulier et comme un des meilleurs auteurs français de roman noir en général. Avec Pur, son cinquième roman dans la collection noire de Gallimard, celui qui s’est fait remarquer par son sens de la provocation et son audace stylistique semble s’assagir un peu.