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Série Noire (Gallimard)

Les corps brisés, Elsa Marpeau

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 08 Septembre 2017. , dans Série Noire (Gallimard), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman

Les corps brisés, mai 2017, 240 pages, 19 € . Ecrivain(s): Elsa Marpeau Edition: Série Noire (Gallimard)

 

C’est un roman au ton incisif, nerveux à l’image de l’héroïne Sarah, ancienne coureuse automobile qui, au faîte de sa carrière, subit un grave accident au cours d’un rallye et devient paraplégique. Bloquée dans son élan de vie, dans son dynamisme et son parcours professionnel, Sarah est hospitalisée à « L’Herbe bleue », un centre de rééducation isolé en haute montagne et dirigé par Virgile Debonneuil, surnommé le « docteur Lune ». Celui-ci est entouré de son équipe – infirmière, psychologue, aide-soignant, kinésithérapeute, facilitateur de réinsertion professionnelle, etc. Le rendez-vous des « corps brisés » est ici programmé, accepté, scénographié. On pense au sanatorium de Davos si bien décrit par Thomas Mann dans La Montagne magique, dont un extrait figure en exergue : « Il y a deux routes qui mènent à la vie. L’une est la route ordinaire, directe et honnête. L’autre est dangereuse, elle prend le chemin de la mort, et c’est la route géniale ». Nous sommes ici, clairement, dans un roman de survie, de survivance. Qu’il soit inspiré de faits réels importe finalement assez peu car c’est l’intériorité du personnage blessé qui est ici retransmise et donne sa coloration au roman : le monde de la performance est brutalement confronté à l’anormalité, au handicap, à la différence, sans concession. Et le déni fait place, peu à peu, par des voies détournées, à l’acceptation.

Pukhtu Secundo, DOA

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 13 Décembre 2016. , dans Série Noire (Gallimard), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman

Pukhtu Secundo, octobre 2016, 679 pages 21 € . Ecrivain(s): DOA Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Très attendu après un premier volet particulièrement réussi, Pukhtu Secundo doit boucler la boucle dans laquelle DOA a lancé ses personnages en 2007 avec Citoyens clandestins.

Alors que Fox, alias Fennec, alias Robert Ramdane était au centre de Pukhtu Primo, c’est au tour de Lynx, alias Servier, alias Ronan Lacroix, l’autre citoyen clandestin, de passer au premier plan, lancé dans une vengeance qui fait écho à celle de Sher Ali Kahn dans la partie précédente. Là encore, DOA multiplie les points de vue, joue à faire apparaître les connexions entre les différents théâtres, de Paris aux zones tribales du Pakistan en passant par le Mozambique. C’est une nouvelle fois touffu, très documenté, prenant et ambitieux. Et une fois encore, on ne peut qu’être impressionné par la maîtrise des scènes d’action et des doubles (au moins) jeux que mettent en place les différents acteurs du roman.

Pukhtu Primo, DOA

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 03 Décembre 2016. , dans Série Noire (Gallimard), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman

Pukhtu Primo, 675 pages, 21 € . Ecrivain(s): DOA Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Ambitieux roman-fleuve sur la guerre en Afghanistan, Pukhtu, dont le premier [gros] volume paru en 2015 s’annonçait comme un grand roman noir géopolitique du genre à venir taquiner sur leur terrain les Don Winslow de La griffe du chien et autres Robert Littell. Prolongement du déjà touffu Citoyens clandestins, Pukhtu est un roman qui combine polar, espionnage, géopolitique, drame, aventure, guerre et même romance. DOA, comme tout bon romancier, a bien compris que ce sont les hommes qui font l’Histoire au même titre que celle-ci vient les façonner, qu’ils soient au sommet de l’État ou le nez dans, au choix, la poussière, le sang, les dossiers ou une petite montagne d’héroïne. Et si cet Afghanistan de 2008, bourbier dans lequel s’empêtrent les occidentaux tandis que les talibans gagnent du terrain, est au centre du roman, des fils se tirent, mondialisation oblige, vers le Kosovo, la France, les États-Unis, l’Iran, la Côte d’Ivoire, la Chine ou Dubaï.

D’ombres et de flammes, Pierric Guittaut

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 09 Juillet 2016. , dans Série Noire (Gallimard), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman

D’ombres et de flammes, mai 2016, 299 pages, 18 € . Ecrivain(s): Pierric Guittaut Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Il y avait eu cette Fille de la pluie, que la CL avait beaucoup aimée, déjà grandement marquée du sceau de l’originalité, et voilà ce D’ombres et de flammes. Pierric Guittaut n’écrit visiblement pas les polars de tout le monde ; fussent les impeccables productions de la Série noire Gallimard. Cet homme écrit de forts beaux et prenants romans, à part entière et constamment à part ; il se trouve qu’en plus, ce sont des polars.

L’homme vit en Berry, versant solognot ; pays des « jeteux de sorts ». Solitudes forestières, landes, bruyères, eau d’étangs improbables, et brume jusqu’à pas d’heures. Légendes et nature hautement inquiétantes, imbriquées forcément ; bêtes – peut-être, esprits – sans doute ; sorciers – toujours…

Le titre – sonorités d’un bon vieux western, ce qu’est aussi ce livre – aurait pu être un simple « part d’ombre », résumant le héros, major de gendarmerie, Remangeon, qu’une mutation quasi disciplinaire (et déjà maléfique) rabat pile dans son village natal de Sologne : « Treize années depuis sa dernière visite ; treize, comme pour confirmer le sort mauvais qui s’acharne sur moi… »

Une plaie ouverte, Patrick Pécherot

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 20 Novembre 2015. , dans Série Noire (Gallimard), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman

Une plaie ouverte, septembre 2015, 272 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Patrick Pécherot Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Si on aime le roman noir historique qui a trait à l’histoire française contemporaine, impossible de passer à côté de Patrick Pécherot depuis qu’à l’orée des années 2000 il s’est lancé dans sa trilogie du Paris de l’Entre-deux-guerres avant d’enchaîner sur la Première Guerre mondiale avec Tranchecaille et les milieux anarchistes du début du XXème siècle (L’homme à la carabine). On recule encore un peu avec cette Plaie ouverte qui s’étend de la Commune de Paris à 1905 en passant par l’Affaire Dreyfus.

Ici donc, on s’attachera aux pas de Marceau, communard proche des milieux artistiques de l’époque lancé à la recherche, obsessionnelle, du mystérieux Dana. Révolutionnaire ? Membre du peloton d’exécution qui a œuvré rue Haxo pendant la Semaine sanglante ? Truand et truqueur ? Nul ne sait qui est vraiment cet homme dont on dit qu’il aurait fui vers l’Amérique.

« C’est une sacrée histoire que celle-là. Vraiment. Pourtant, espérer qu’il la raconte serait aussi vain qu’attendre le retour d’un mort. L’homme, s’il a existé ailleurs que dans la fumée d’une pipe ou les sornettes d’un vieux, on se contentera d’en chercher la trace. Rien, ou presque, ne garde son empreinte. À croire qu’il marchait sur des semelles de vent. Comme l’autre, qu’il aurait connu jadis et qui, pareillement, a tout brûlé derrière lui ».