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Inculte

 

Nées en septembre 2004 autour de la revue inculte et son collectif d’écrivains, traducteurs et essayistes, les éditions inculte ont construit en neuf ans un catalogue original et singulier.

 


Churchill, Manitoba, Anthony Poiraudeau

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 14 Novembre 2017. , dans Inculte, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Récits, En Vitrine

Churchill, Manitoba, octobre 2017, 160 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Anthony Poiraudeau Edition: Inculte

 

 

Dès son premier livre, Projet El Pocero (Inculte, 2013), un brillant récit autour d’une ville fantôme de la crise espagnole, Anthony Poiraudeau s’inscrivit dans la mouvance des écrivains-géographes. Non que, comme Julien Gracq ou son contemporain Emmanuel Ruben – qui dans son intervention lors d’une rencontre organisée par la SGDL en mai 2016 l’y incluait déjà –, il allie nécessairement une formation géographique à sa pratique littéraire, mais parce qu’à l’instar de nombreux auteurs actuels « pour lesquels les lieux, les paysages, ont une importance primordiale », il se situe « aux lisières du roman » et fait surgir « toutes les dimensions de l’imaginaire d’une exploration-description minutieuse des lieux ». Une écriture des lieux expérimentés tant dans leur réalité brute que dans leur perception émotionnelle et leur charge existentielle.

Hors du charnier natal, Claro

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 03 Mars 2017. , dans Inculte, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Hors du charnier natal, Inculte, janvier 2017, 137 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Claro Edition: Inculte

 

« Il était une fois un certain Nikolaï Mikloukho-Maklaï ».

C’est cet anthropologue russe du XIXème siècle dont « le destin s’invite sur [sa] page » qui amorce ce nouveau livre de Claro. « Prendre une vie déjà vécue, la tremper dans d’autres couleurs, lui imaginer de vagues dérivés – quel écrivain, en sa paresse infinie, ne rêve pas d’une telle entreprise ? »

Sauf que l’auteur y revisite moins la vie de cet étonnant aventurier voyageur qui s’était immergé au sein d’une peuplade de Nouvelle Guinée n’ayant jamais rencontré d’homme blanc, qu’il n’en dépèce les morceaux pour s’en nourrir, dévorant « à petites dents de lait ce qui reste de sa carcasse » et nous livrant à l’occasion des lambeaux de sa propre biographie, tout aussi sujets à caution. Et il y dissèque surtout sa création naissante, dévoyant son texte à mesure qu’il avance sur des sentiers qui bifurquent, faisant craquer les coutures et dénouant les ficelles de son art pour interroger les fondements de son écriture et remonter aux racines de son être-écrivain.

Dernière communication à la société proustienne de Barcelone, Mathias Enard

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 05 Octobre 2016. , dans Inculte, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, La rentrée littéraire

Dernière communication à la société proustienne de Barcelone, octobre 2016, 120 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Mathias Enard Edition: Inculte

Les écrits de Mathias Enard « ne se ressemblent pas l’un l’autre », souligne fort justement son vieil ami d’Inculte, Olivier Rolin, dans la courte et facétieuse préface de ce dernier opus, mais ils s’inscrivent néanmoins dans une continuité manifeste.

Un an après son érudit et foisonnant roman couronné par le Goncourt, ce prolifique auteur revient ainsi avec un petit recueil poétique au titre étonnant : Dernière communication à la société proustienne de Barcelone. Un titre qui résonne un peu comme un canular même si la capitale catalane a vu se constituer en mai 2015 sa première « Societat d’Amics de Marcel Proust ». Et sans doute ce clin d’œil à Proust éclaire-t-il ce lien, ce relais incessant entre lecture et écriture qui sous-tend l’œuvre de Mathias Enard.

S’il a beaucoup voyagé, cet écrivain aimanté par l’Orient et féru de poésie qui s’est passionné pour les langues (les langues ne sont-elles pas aussi comme les livres une invitation au voyage, à l’exotisme ?) est surtout un voyageur immobile parcourant une « steppe invisible », « toute cette étendue de [soi] » dont la « matière » organique s’avère le terreau de l’écriture. Un terreau qu’ensemencent tous ces livres « tombés comme des baies stériles dans la nuit » qui n’attendent qu’une étincelle pour renaître :

Je paie, Emmanuel Adely

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mercredi, 07 Septembre 2016. , dans Inculte, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, La rentrée littéraire

Je paie, août 2016, 800 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Emmanuel Adely Edition: Inculte

 

Dire d’un banquier « c’est un cynique » c’est faire injure à la philosophie des cyniques. Dire d’un banquier « c’est un être froid » c’est faire injure à la météo qui nous offre par temps froid des givres et des flocons. Dire d’un banquier « c’est un Séguéla », voilà mon propos que reprendrait certainement Emmanuel Adely qui cite ledit Jacques : « (…) même un clochard peut économiser 1500 € ».

Le banquier et Jacques sont des personnes riches et nauséabondes ; lire les notes de frais d’Emmanuel Adely et l’exergue d’une information des journaux est un exercice ludique et salvateur. L’auteur montre l’inanité de la richesse et de son système consumériste quand des « news » font la une. Je paie montre le pouvoir des cartes bleues quand un pauvre ne peut même pas laisser quelques centimes de pourboire après son café – seule abordable boisson pour moi, pour nous les pauvres.

C’est un pari osé et non-identifié que de ne pas écrire : simplement rapporter des notes d’achats et des « news ». On le voit aussi, les « news » sont inabordables pour un pauvre : elles sont traitées par les corps gras et riches des journalistes de plateaux TV ou de presse qui confortent les corps gras et riches des millionnaires qui se multiplient.

Easy Money, David Simon

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 05 Juillet 2016. , dans Inculte, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, USA, Roman

Easy Money, juin 2016, trad. anglais (USA) Jérôme Schmidt, 123 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): David Simon Edition: Inculte

 

En 1985, Melvin Williams, qui domine depuis les années 1970 le trafic d’héroïne à Baltimore, est condamné à trente-quatre ans de prison. Arrêté l’année précédente, Williams a fini par tomber après une longue enquête de police menée entre autres par Ed Burns qui a mis au jour le système complexe qui présidait à ce trafic grâce à une observation attentive du réseau de Williams et à des mises sur écoute. Jeune journaliste pour la Baltimore Sun, David Simon écrit entre 1984 et 1987 toute une série d’articles sur Williams, qu’il interviewe des dizaines de fois.

C’est donc face à la genèse de la série The Wire que l’on se retrouve dans Easy Money. Noms et surnoms familiers des adeptes de la série, de Barksdale à Proposition Joe en passant par Bodie, émergent de l’enquête de Simon. On reconnaît derrière Lamont Farmer, le Stringer Bell de The Wire, on reconnaît les bippers, la façon dont la police perce le code, les montages financiers et la corruption qui l’accompagne.