Identification

Passage d'encres

 


Passage d'encres – revue et éditions – défend la littérature et la création artistique d'aujourd'hui, hors des sentiers battus.

 

Guerre perdue, Pascal Boulanger

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 14 Décembre 2015. , dans Passage d'encres, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Guerre perdue, octobre 2015, 40 pages, 5 € . Ecrivain(s): Pascal Boulanger Edition: Passage d'encres

 

L’ordre du poème

La multiplicité du monde est transformée en visages biaisés par les miroirs des conteurs officiels de l’Histoire ? Ils donnent des directions douteuses aux tissus des vivants dont les pouvoirs ont déchiré l’existence. Aucune langue n’a été fondée sans une Histoire officielle. Elle prétend s’aventurer en direction du soleil nu. Mais jusque chez les peuples aux pieds nus et revêtus du seul étui pénien, le récit reste toujours le même. Si bien qu’à la question que pose Pascal Boulanger :

« En souffle dans des cornes de brume

les seuils succèdent aux deuils

que vaut la vie d’un homme ? »

la réponse est toujours la même : « rien ».

Exils de mon exil, Sanda Voïca (3ème article)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 18 Août 2015. , dans Passage d'encres, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Exils de mon exil, 2015, 26 pages, 5 € . Ecrivain(s): Sanda Voïca Edition: Passage d'encres

 

La voix de Sanda Voïca est de celles de l’exil. Où palpite, dans la consistance et la persistance du secret et de l’évidence, le désir. Le désir géolocalisé d’un cœur qui bat. Une lame de lumière soulevée par cette simultanéité du désir et du plaisir, à l’œuvre et toujours à retrouver, dans l’écriture. Désir d’écrire « essentiel », « vrai ». Voix de l’exil. Exil de l’exil, marge de l’œuvre foncièrement inachevée, tenue dans une « attente sans attente », sans cesse attendue, recommencée.

Désir d’écrire « jamais assouvi, toujours assouvi, ce désir ne fait que me mettre hors de moi au moment même où je suis le plus près de moi, plus que jamais en dehors de moi. Dedans et dehors simultanément, et avec une intensité qui me fait muer et me mouvoir ».

Ainsi parle l’auteur dans les premières pages de cet opus dense et sobre, explicitant le titre du livre Exils de mon exil – vision à la William Blake, souligne Sanda Voïca, traduisant cette mission de l’Écrire analogue au désir, au plaisir érotique.

Alpe du Grand Serre, Christophe Lamiot Enos

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Lundi, 08 Juin 2015. , dans Passage d'encres, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Alpe du Grand Serre, 2015, 5 € . Ecrivain(s): Christophe Lamiot Enos Edition: Passage d'encres

 

Ce qu’on entend en lisant ce petit opus de Christophe Lamiot Enos c’est un chant, une musique d’eau qui court sur les pages et délivre « ses voix plurielles » dans la musique de mots, héritée de l’enfance, peut-être même sortie des contes, Pierre et le loup, ou d’un album du Père Castor, nous dit le poète, et qui appelle pour que « nos forêts soient musiques ».

Oiseaux, non ? plumes d’oiseaux, légèreté de l’air, envolées de plumes, tourbillons de mains fendant l’air, tourbillons de feuilles et autant de souvenirs sauvés de l’oubli volent et chantent, enchantent le langage.

Dans l’obscurité ou dans la clarté du jour, dans le silence ou dans la lumière des mots, l’avancée de la mémoire se fait en pente douce, au milieu de forêts obscures et des bruits d’eau qui dégoulinent sur les feuilles. L’eau à travers l’espace et le temps se fait flocons, cristallise l’anamnèse, au milieu des années perdues. Allonger le pas sur les chemins, prudents, parmi les piques du « hérisson », descendre à la source sans craindre le chemin épineux, non pas de ronces mais souvenirs vivants qui bougent, s’animent tel ce petit animal convoqué. L’oiseau, libre, vole, s’envole de branches en branches, transporte le message du poète, transporte la lumière, le soleil, l’avancée des nuages, au-dessus des arbres, et nous enlève au-dessus du tout « que neige porte ! »

Exils de mon exil, Sanda Voica (2ème critique)

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mercredi, 01 Avril 2015. , dans Passage d'encres, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Exils de mon exil, Sanda Voïca, février 2015, 28 pages, 5 € . Ecrivain(s): Sanda Voïca Edition: Passage d'encres

 

 

Pourquoi écrit-on ? Pourquoi écrit-elle ? Pour se sauver du brouillard ? De l’exil ? De tous nos exils ? « être là où mon cœur bat », nous dit Sanda Voica dans Exils de mon exil, « même en retard ».

Etre en poésie, pour traverser l’exil du corps, celui des aïeux peut-être. Sanda Voïca nous dit qu’elle écrit depuis « l’inframince de l’inframince du désir » de ce qui disparaît dans le désir peut-être quand il ne reste que les mots, de ce qui attend dans les mots.

S’agit-il de « troquer » ou « traquer » la poésie, être dans l’« exil de l’exil », au plus près de ce désir « asymptomatiquement » sexuel (« cette marge inatteignable »), qui ploie le corps dans l’écart inassouvi que ce désir traverse, être écrit peut-être ?

Alphabet de A à M, Philippe Jaffeux

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 02 Février 2015. , dans Passage d'encres, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Alphabet de A à M, 2014, 350 pages, 30 € . Ecrivain(s): Philippe Jaffeux Edition: Passage d'encres

 

Un poète sur la place des nombres (2)

Étant davantage entrée dans le labyrinthe d’Alphabet, j’aimerais ici exprimer certaines impressions de lecture (« On s’exprime à partir de ce qui nous imprime », écrit Jean-Luc Godard).

Tout d’abord pourquoi ce titre ? Le poète ferait-il place davantage ici aux nombres, privilégiant ceux-ci par rapport aux lettres ? N’oublions pas que son outil de travail est l’ordinateur, pour lequel les lettres sont des nombres. Les 15 lettres d’Alphabet ont été construites grâce à un flux électrique. Lettres de conversion à partir de nombres créateurs d’un monde incréé, lettres plutôt que mots, produisant – comme le flux énergétique produit l’électricité- une écriture nouvelle, imprévisible.

S’ensuit de cette place incontournable occupée par les nombres comme une magie de cet alphabet de l’électricité. Alphabet d’avant l’écriture de « la lettre » puisque proposant par le flux électrique des lettres perçues avant tout comme des images et des nombres ; Alphabet cosmique puisque brassant le monde à hauteur d’une humanité débarrassée de son pesant d’ego, porté et traversé par la force d’une énergie telle qu’elle peut se diffuser dans des forces électromagnétiques, cosmiques, voire divines.