Identification

Barzakh (Alger)

 

Les éditions Barzakh ont été créées en 2000 par Selma Hellal et Sofiane Hadjadj, deux amoureux de littérature. Après « les années de plomb », la société algérienne est comme anéantie. C'est une période propice à la création car tout est à reconstruire. Ils veulent donner toute sa place à la fiction, qui est pour eux une manière subtile de parler du réel. Pari réussi : aujourd'hui la maison tourne bien. Certains de leurs romans se sont vendus à plus de 6000 exemplaires, ce qui n'est pas rien dans un pays qui dispose de peu de librairies. Et l'équipe s'est agrandie. Ils ont 4 salariés.

L’effacement, Samir Toumi

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 30 Janvier 2017. , dans Barzakh (Alger), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb

L’effacement, 2016, 216 pages . Ecrivain(s): Samir Toumi Edition: Barzakh (Alger)

L’histoire d’un père qui vit en son fils

Le jour de ses 44 ans, le narrateur ne voit pas son reflet au miroir. Le docteur B., son thérapeute, lui déclare qu’il est atteint du syndrome de l’effacement, ajoutant que ce trouble touche les fils de combattants de la Guerre de Libération. Employé dans une société, taciturne et indifférent, le narrateur suit ses séances de psychothérapie avec le docteur, lui racontant des pans de sa vie le plus souvent centrés sur son père, un Commandant de la Guerre de Libération. « Les semaines passaient, et les effacements se poursuivaient » (p.52). Le reflet diaprait par la suite, à jamais. Le narrateur est envahi alors par un autre mal, les nausées fréquentes. « Je me laissais glisser, jour après jour, vers une région obscure et inconnue de mon être » (p.69), disait le fils sans histoires. Et plus il approche de cet abîme obscur de son être, plus il s’approche de son père. Il rompt ensuite ses fiançailles avec Djaouida, et passe quelques jours à Oran, cette ville qui lui insuffle « une force vitale incroyable » (p.183). Dans la ville du raï, il oublie pour des moments fugitifs la gravité de sa situation, et rencontre Houaria, la femme qui « avait réussi à voir apparemment ­[son] reflet dans une glace, alors qu’il demeurait invisible pour [lui] » (p.169). De retour à Alger, sa situation s’aggrave : ses effacements s’accompagnent d’absences mémorielles, d’insomnies, et de violence. Où le mènent alors ses séances avec le docteur B. ? Quel impact peut avoir la disparition de son père sur lui ?

L’Effacement, Samir Toumi

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 10 Janvier 2017. , dans Barzakh (Alger), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb

L’Effacement, Samir Toumi, éditions Barzakh, 2016, 216 p. 17 € . Ecrivain(s): Samir Toumi Edition: Barzakh (Alger)

 

Habiter l’histoire

Il est difficile de ne pas penser à La Moustache, l’un des premiers romans d’Emmanuel Carrère, en lisant ce conte fantastique de Samir Toumi : face à un miroir, un homme assiste à sa progressive disparition, s’interrogeant sur son identité à travers les multiples jeux de regards que les autres posent sur lui, et qui lui révèlent une faille profonde entre l’homme qu’il croyait être et le vide que comblent les attentes de l’entourage, peu à peu comblé par l’image du père. Si on retrouve dans les deux récits la violence du questionnement sur l’identité, qui mène à la mutilation chez Carrère, et à la folie chez Toumi, le roman de ce dernier s’implante dans le cadre d’une conscience historique du moment où il se déroule.

Surfaces brouillées

Hizya, Maïssa Bey

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 10 Janvier 2017. , dans Barzakh (Alger), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb

Hizya, éd. Barzakh, Alger, L’Aube, 2015, 324 pages . Ecrivain(s): Maïssa Bey Edition: Barzakh (Alger)

 

Le Moi entre poésie et réalité


Au commencement était la légende de Hizya. C’est l’histoire d’une belle femme qui disparut très jeune, au XIXème siècle. Son amoureux Sayed, foudroyé par le chagrin, fit écrire un poème par Ben Guittoun pour exprimer le malheur qui avait bouleversé son âme suite à la disparition de sa bien-aimée Hizya. La légende influença différents artistes, devenue au fil des temps une célèbre chanson du patrimoine algérien :

« Amis, consolez-moi ; je viens de perdre la reine des belles/ Elle repose sous terre/ Un feu ardent brûle en moi !/ Ma souffrance est extrême/ Mon cœur s’en est allé avec la svelte Hizya », chantait Ben Guittoun pour traduire la mélancolie de Sayed.

Des pierres dans ma poche, Kaouther Adimi

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 09 Décembre 2016. , dans Barzakh (Alger), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Des pierres dans ma poche, Kaouther Adimi, Seuil, mars 2016 (éd. Barzakh, Alger, 2015), 178 pages, 16 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Barzakh (Alger)

 

Un pont entre l’Algérie et la France

Des pierres dans ma poche est le deuxième roman de Kaouther Adimi, précédé par L’envers des autres (Actes Sud). Dans ce nouveau roman, la narratrice est une Algérienne trentenaire qui vit à Paris, passant sa vie entre appartement, travail, et discussions avec la « sans-maison » Clothilde. Un jour, elle reçoit un appel de sa mère lui annonçant les fiançailles de sa sœur, moins âgée qu’elle. Désormais, la maman ne cesse de lui répéter cette phrase : il ne reste que toi à marier. Cette nouvelle fait submerger chez la narratrice un essaim de questionnements relatifs à son être et son devenir : pourquoi vivre loin d’Alger, se marier ou rester célibataire, choisir avec minutie l’homme de sa vie ou se caser par tradition avec un inconnu… Ces questionnements affûtent leur urgence et revêtent une dimension existentielle.

« Mes angoisses prennent le contrôle de mon existence. Elles m’assurent qu’il est trop tard… Elles m’agressent » (p139).

Le jour du séisme, Nina Bouraoui

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 24 Novembre 2016. , dans Barzakh (Alger), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Le jour du séisme, mars 2016, 104 pages . Ecrivain(s): Nina Bouraoui Edition: Barzakh (Alger)

 

Un séisme existentiel

Alger tremble le 10 octobre 1980. La terre n’est que ruines, poussières, et pertes. Le séisme exprime la fin, mais pour la narratrice, une enfant, c’est le point de départ de son histoire. Elle décrit d’abord la géographie d’Algérie mutilée par la catastrophe qui lui a arraché son enfance, son attachement à la terre, Arslan et Maliha, son être. L’après-séisme est un néant. « Je deviens seule en Algérie. Je suis perdue dans mon enfance, arrachée » 80. Condamnée à la solitude, la narratrice sombre ensuite dans un gouffre de souvenirs et de rêves absurdes. Elle ne voit pas les traces du séisme, elle les vit et les apprivoise. Egrenant le chapelet de ses pensées surréalistes, elle trouve un refuge dans le désert et la mer. Ainsi, dans ce bref récit, alternent des images du séisme ayant dénaturé la terre, et des images d’un séisme interne vécu par la narratrice et qui grandit chaque instant en elle-même.