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Editions Thierry Marchaisse

 

Maison d’édition indépendante et généraliste
fondée par Thierry Marchaisse en 2011 avec la collaboration d’Isabelle Simatos.


Suivre Jésus et faire du business, Une petite société tribale dans la mondialisation, Maurice Godelier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 29 Juin 2017. , dans Editions Thierry Marchaisse, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Suivre Jésus et faire du business, Une petite société tribale dans la mondialisation, avril 2017, 160 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Maurice Godelier Edition: Editions Thierry Marchaisse

Maurice Godelier est un de nos plus éminents ethnologues-anthropologues, et Thierry Marchaisse, un éditeur toujours à l’affût de belles pépites. Là, cela accouche d’un bonheur de lecture, certes, mais tellement davantage…

Le titre – peut-être un peu trop accrocheur – aurait pu simplement s’abriter sous « La métamorphose » si cela n’était déjà préempté. Parce qu’il y va en si peu de pages, si denses, de quelque chose au croisement des itinéraires de l’homme, groupes et individus, de la mondialisation en marche – pas moins ! – du monde d’avant qui résiste et ne meurt pas complètement, ce qui nous rassure pour la fin de notre âge, de nous tous, spectateurs de ces changements-là, et nous regardant forcément en miroir – car que serait un livre sans son impact sur nous. Il y va surtout d’un formidable hommage à une discipline, de pensée et de vie, à moins que le contraire, pas assez connue, ou tellement en surface : l’ethnologie, l’anthropologie. Juste un livre en fait pour nous chambouler – quota d’émotionnel garanti – et nous faire ressortir de ce voyage de découvertes – avec ces Baruya, petit peuple minuscule, immense tribu, et leur ethnologue – riches, et mieux armés pour la suite de tous nos chemins, ce qui n’est pas si fréquent en lectures.

Antinéa mon amour, Sophie Caratini

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 03 Avril 2017. , dans Editions Thierry Marchaisse, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Antinéa mon amour, janvier 2017, 415 pages, 22 € . Ecrivain(s): Sophie Caratini Edition: Editions Thierry Marchaisse

 

Antinéa, c’est le désert, celui du Sahara, et c’est l’amour, le grand, celui – peut-être un des plus puissants – qu’on peut porter à des lieux bien autant qu’à des gens.

Ici, c’est celui d’un militaire, Jean Du Boucher – personnage réellement historique (1910-1998) ayant vécu son odyssée dans les années Trente, mais, n’en doutons pas, c’est aussi celui de l’auteur, l’anthropologue Sophie Caratini, qui connaît son Afrique Saharienne sur le bout de la souris et sait en parler, à la hauteur de ces griots d’Afrique racontant sous les acacias  ou au bord des tentes nomades : « La démesure du désert, la vue qui porte au loin sur l’horizon circulaire, le cheminement dans les oueds que j’ai souvent parcourus, l’abreuvoir aux puits où j’ai déjà bu, les silhouettes des rochers qui m’entourent… tout cela est à moi… je m’étonne de la force de ce lien que je sens grandir saison après saison et me demande si ce ne serait pas plutôt moi qui appartiens au désert que l’inverse », dit Du Boucher.

Dictionnaire des mots manquants, Collectif dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 27 Avril 2016. , dans Editions Thierry Marchaisse, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Dictionnaire des mots manquants, Collectif février 2016, 210 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Belinda Cannone et Christian Doumet Edition: Editions Thierry Marchaisse

 

Brillante, l’idée de cueillir ces mots qu’on n’a pas en magasin, pour définir – enfin, au moins, dire ou murmurer – ce qu’on voit, ressent, devine. Ce qu’on vit, en fait. Belle idée, pertinente, telle, qu’on se demande pourquoi ce « livre manquant », on ne l’a pas eu plus tôt en littérature.

Ils s’y sont mis à plusieurs – impensable qu’il n’en fût pas ainsi – dans ce dictionnaire sans « les mots pour le dire » ; des philosophes, quelques poètes, des écrivains, des humanistes, tous, et le tout du troupeau marchant dans ces lettres, tirets, guillemets, qui font notre bonheur de lire.

« Comment vous dire… », c’est une chanson un peu ancienne, et il y a de ça, dans l’allégresse, même grave, avec laquelle se fait ce voyage en creux, forcément, du sens.

Organisé fort habilement, par ordre alphabétique, comme dans un dictionnaire digne de ce nom, chaque séquence s’ouvre sur un dessin à 3 branches ; au cœur, le sens recherché, en regard, des approximations linguistiques, des parentés, plutôt ; comme une étrange équation proposée. Ainsi, et au hasard, ce « mégère » accompagné de Cendrillon, et de Folcoche…

Lettre à Roland Barthes, Jean-Marie Schaeffer

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Vendredi, 11 Décembre 2015. , dans Editions Thierry Marchaisse, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Correspondance

Lettre à Roland Barthes, septembre 2015, 128 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Jean-Marie Schaeffer Edition: Editions Thierry Marchaisse

 

Jean-Marie Schaeffer, spécialiste d’esthétique et théorie des arts (L’expérience esthétique, Gallimard 2015), se livre ici, dans cette Lettre à Roland Barthes, à un exercice incongru, selon ses dires : « écrire une lettre à un mort ».

« Employer la seconde personne, s’adresser à quelqu’un fait prendre au locuteur des engagements ontologiques, ce qui le met dans une situation ridicule s’il s’avère qu’il ne peut pas les honorer » et le place dans une situation de « double-mind inconfortable » puisqu’il s’agit de faire comme si Barthes était toujours vivant – alors qu’il rédige la lettre qu’il aurait aimé lui écrire de son vivant – tout en sachant pertinemment qu’il s’adresse à quelqu’un qui n’est plus et qu’il n’aura donc pas de réponse. Ecrire à un mort ne le ramène pas. Pourtant ce faisant, il reprend vie sous la plume de l’autre qui fait comme si.

J.M. Schaeffer pose la question de la survivance de l’autre en soi, qui bien que n’étant plus subsiste encore en nous, faisant, en parallèle, référence à Derrida évoquant « les morts de Roland Barthes » et à la difficulté de parler à un ami mort (comme d’un mort ou comme d’un vivant ?), à qui parle-t-on « sinon à lui en moi » ?

Les sept cercles, Une odyssée noire, Sophie Caratini

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 05 Mai 2015. , dans Editions Thierry Marchaisse, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les sept cercles, Une odyssée noire, janvier 2015, 393 pages, 22 € . Ecrivain(s): Sophie Caratini Edition: Editions Thierry Marchaisse

 

Il est des livres qui valent voyage, et bien davantage ; au cœur du continent-mère, l’Afrique, mais, plus encore, aux racines de l’homme. N’en doutez pas. Celui-ci en est un ! Il est des auteurs, qu’on regrette vraiment de n’avoir pas côtoyés plus tôt ! Celle-là en est une : anthropologue, fine et solide connaisseuse de son Afrique Sahélienne, prêtant son écriture – conteuse, passionnante comme sous l’arbre à palabres – à un homme formidable, Moussa Djibi Wagne (nommé sur le tard Al-Hadji Moussa Djibi Wagne, après qu’il ait fait son pèlerinage à La Mecque). Un homme rare, par sa vie – une épopée antique – sa personnalité, son regard sur lui-même et le reste du monde – entendez l’Afrique de l’Ouest – son humour, sa mélancolie. Un Ulysse, comme le dit le sous-titre du livre. Pas moins.

Ça se lit comme le roman que ce n’est pas, ça sonne comme une saga largement dépassée. Du certifié vrai, mais raconté de telle façon ! Entre les dires foisonnants de Moussa, des siens – somme d’entretiens de belle teneur savante – et le personnage qui dit « je » dans le livre, l’écriture de Sophie Caratini, la magie de son « raconté », fabrique un petit miracle : l’anthropologie littéraire et son immense efficacité.