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Serge Safran éditeur

Diffusé par Le Seuil et distribué par Volumen, Serge Safran éditeur, créé et animé par Serge Safran, écrivain et cofondateur des éditions Zulma, propose a priori quatre à cinq titres par an de littérature contemporaine, française ou étrangère. À savoir un choix personnel guidé par l'originalité du sujet, la force d'émotivité et le dérangement des codes établis, qu’ils soient moraux, littéraires ou esthétiques. L'idée est avant tout d'offrir de réelles découvertes. Donc de privilégier, sans que cela soit une contrainte, ni une limite, de nouveaux ou jeunes auteurs, en tout cas des écrivains méritant d’être soutenus et encouragés avec passion. Il ne s’agit pas de revendiquer une rupture littéraire formelle à tout prix, mais que ces œuvres puissent exprimer une forte personnalité à travers un sujet à caractère universel comme, par exemple, la relation entre des visions opposées du monde, sur toile de fond historique, géographique ou sociale spécifique.


Les maîtres du printemps, Isabelle Stibbe

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 03 Novembre 2015. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman

Les maîtres du printemps, août 2015, 181 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Isabelle Stibbe Edition: Serge Safran éditeur

 

« Ici vous entendrez parler acier, métallurgistes, syndicalistes, ici vous entendrez parler usines, nationalisation, chômage. Si pour vous ces mots sont synonymes de nuisances et de laideur, s’ils vous font l’effet de répulsifs, si vous prétendez qu’ils doivent être réservés aux colonnes des journaux, section économie ou société, refermez aussitôt ce livre ou, pour les plus modernes d’entre vous, éteignez votre liseuse, en tout cas passez votre chemin, ce texte n’est pas pour vous, autant vous prévenir tout de suite. Entre le ciel et la boue, préférez le ciel, c’est moins salissant ».

Voilà, le ton est donné, ce livre qui a autant de corps que d’âme, une écriture travaillée à la hauteur du sujet, est dédié avant tout « aux combattants sincères de Florange », puis dédié plus largement à tous les travailleurs de ces hauts-fourneaux de Lorraine qui ont fermé, les uns après les autres, et dédié encore plus largement à la mémoire ouvrière, sans misérabilisme, sans naïveté. Fouillé, il vise avec justesse son but, mettre en lumière la dignité de cette classe considérée comme une sous-classe, classe qui après avoir été exploitée pendant plus d’un siècle, se voit maintenant mise à la rue, comme un encombrant obsolète.

La Robe de Madame Kilibarda, Tiodor Rosić

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Vendredi, 23 Octobre 2015. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Nouvelles, La rentrée littéraire

La Robe de Madame Kilibarda, septembre 2015, traduit du serbe par Alain Cappon, 188 pages, 18,90 € . Ecrivain(s): Tiodor Rosić Edition: Serge Safran éditeur

Chroniques de la ville de pierre

En près de vingt nouvelles, l’auteur serbe plonge son lecteur dans un univers fantastique, peuplé de doubles fantomatiques, de détails révélateurs d’une autre réalité possible derrière l’apparence morne et bien réglée du quotidien. Appartements de petites villes de province, fonctionnaires de la morgue et petits arrangements minables pour spolier un héritage, jours de neige et taxis de nuit sont les éléments de ce quotidien trivial, peu propice à la rêverie fantasmatique. Et pourtant l’inquiétude s’insinue partout, faisant de ces nouvelles brèves le lieu d’une hallucination terrifiée.

Paru en Serbie en 1987, le recueil témoigne avant tout d’une époque, comme frigorifiée sous une neige tenace, où l’absurde a pris le pas sur la normalité. Après la mort du général Tito, alors que les nationalismes s’exacerbent et créent des tensions de plus en plus vives dans les pays de la Yougoslavie, le système communiste n’est plus lui-même qu’une structure fantôme, et le contexte de la première édition de ces nouvelles semble important pour comprendre leur climat inquiétant : dans un monde chaotique, disparitions et dédoublements, hypertrophie d’un « Matou » qui envahit peu à peu l’espace des humains et aquariums géants où l’on pêche des morts en état de décomposition avancée contribuent à rendre compte d’une certaine vision du pourrissement d’une société prêt d’éclater – ou de disparaître.

Les Maîtres du printemps, Isabelle Stibbe

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 16 Septembre 2015. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Les Maîtres du printemps, août 2015, 181 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Isabelle Stibbe Edition: Serge Safran éditeur

 

Les Maîtres du printemps est un roman choral, articulé à partir de trois personnages principaux, dont les vies vont s’entrechoquer, se répondre, se faire écho.

Le premier acteur, Pierre Artigas, est métallurgiste à Aublange, localité de Moselle, de la vallée de la Fentsch, région de tradition industrielle autrefois propriété du comité des forges, et par voie de conséquence de la dynastie des de Wendel. Pierre, ainsi qu’il est nommé dans le récit, est syndicaliste, descendant d’immigrés espagnols ; il croit à la solidarité ouvrière, à l’importance de la perpétuation de l’industrie, à la perpétuation de la dignité ouvrière. Il s’implique sans compter dans des actions de toutes sortes : piquets de vigilance, interview auprès des médias pour faire céder « L’Indien » le propriétaire des hauts-fourneaux d’Aublange, peu désireux de prolonger l’activité industrielle en Lorraine.

Le second acteur est Max OBerlé, sculpteur de renom, atteint d’un cancer qui lui laisse peu de chances de survie vu son grand âge – quatre-vingts ans –, a pour dernier projet une statue d’Antigone dans la nef du Grand-Palais. Il se laisse convaincre par des membres du ministère de la Culture, qu’il peut contribuer à la survie du site en sculptant à partir de l’acier produit à Aublange.

Cigogne, Jean-Luc A. d’Asciano

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 10 Septembre 2015. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Cigogne, mars 2015, 184 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Jean-Luc A. d’Asciano Edition: Serge Safran éditeur

 

C’est un véritable et déconcertant régal que nous sert ici Jean-Luc d’Asciano, en sept nouvelles, ciselées comme des joyaux rares, sept nouvelles étranges, dérangeantes, on en frissonne souvent. C’est beau et puis noir et mystérieux comme un lac profond. On navigue entre portraits de personnages atypiques, réalité sociale et contes initiatiques forcément un peu cruels, et drôles aussi. L’enfance y est très présente avec tout son potentiel de création et de destruction et puis des animaux, beaucoup d’animaux. En fait, c’est difficile à classer car c’est vraiment très original, l’auteur nous embarque dans un imaginaire d’une très grande richesse et on comprend tout de même que c’est le réel qui a servi de matériel de base, le réel comme une vase épaisse où puiser des choses qui paraissent si invraisemblables qu’elles sont forcément vraies. Il y est question des folies de chacun, des différences qui font que chaque humain est un continent à lui tout seul et de l’acceptation aussi, de la force du lien et de l’amour.

La beauté du métis, réflexion d’un francophobe, Guy Hocquenghem

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 25 Août 2015. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

La beauté du métis, réflexion d’un francophobe, avril 2015, préface de René Scherer, 248 pages, 22,90 € . Ecrivain(s): Guy Hocquenghem Edition: Serge Safran éditeur

 

C’est en 1979 que La beauté du métis est publié pour la première fois, et c’est en avril 2015 que le texte est à nouveau publié par Serge Safran éditeur. C’est l’heur de (re)lire un texte qui présente de multiples intérêts à différents titres. Mais en 2015, c’est surtout l’occasion de pouvoir comparer les audaces littéraires de la fin des années 70 à la frilosité ambiante. La liberté d’expression est ici à l’œuvre, servie par une maîtrise littéraire au service d’une dialectique sarcastique qu’on aurait du mal à repérer dans la profusion éditée de nos jours. Une liberté d’expression qui sous-tend un amour de la France et de sa culture, mais qui ne rend pas aveugle pour autant, aimer la France et sa culture suppose alors quelques conditions : Guy Hocquenghem écrit donc la « france » sans majuscule, parce qu’il place ce pays et sa culture au-dessus de tout. Et c’est la raison pour laquelle il n’eut de cesse de vilipender, de moquer, de railler ou de mépriser ce qui, dans cette actualité des années 70, renvoyait à une certaine médiocrité.