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Serge Safran éditeur

Diffusé par Le Seuil et distribué par Volumen, Serge Safran éditeur, créé et animé par Serge Safran, écrivain et cofondateur des éditions Zulma, propose a priori quatre à cinq titres par an de littérature contemporaine, française ou étrangère. À savoir un choix personnel guidé par l'originalité du sujet, la force d'émotivité et le dérangement des codes établis, qu’ils soient moraux, littéraires ou esthétiques. L'idée est avant tout d'offrir de réelles découvertes. Donc de privilégier, sans que cela soit une contrainte, ni une limite, de nouveaux ou jeunes auteurs, en tout cas des écrivains méritant d’être soutenus et encouragés avec passion. Il ne s’agit pas de revendiquer une rupture littéraire formelle à tout prix, mais que ces œuvres puissent exprimer une forte personnalité à travers un sujet à caractère universel comme, par exemple, la relation entre des visions opposées du monde, sur toile de fond historique, géographique ou sociale spécifique.


La beauté du métis, réflexion d’un francophobe, Guy Hocquenghem

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 25 Août 2015. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

La beauté du métis, réflexion d’un francophobe, avril 2015, préface de René Scherer, 248 pages, 22,90 € . Ecrivain(s): Guy Hocquenghem Edition: Serge Safran éditeur

 

C’est en 1979 que La beauté du métis est publié pour la première fois, et c’est en avril 2015 que le texte est à nouveau publié par Serge Safran éditeur. C’est l’heur de (re)lire un texte qui présente de multiples intérêts à différents titres. Mais en 2015, c’est surtout l’occasion de pouvoir comparer les audaces littéraires de la fin des années 70 à la frilosité ambiante. La liberté d’expression est ici à l’œuvre, servie par une maîtrise littéraire au service d’une dialectique sarcastique qu’on aurait du mal à repérer dans la profusion éditée de nos jours. Une liberté d’expression qui sous-tend un amour de la France et de sa culture, mais qui ne rend pas aveugle pour autant, aimer la France et sa culture suppose alors quelques conditions : Guy Hocquenghem écrit donc la « france » sans majuscule, parce qu’il place ce pays et sa culture au-dessus de tout. Et c’est la raison pour laquelle il n’eut de cesse de vilipender, de moquer, de railler ou de mépriser ce qui, dans cette actualité des années 70, renvoyait à une certaine médiocrité.

La Villa du Jouir, Bertrand Leclair

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 04 Mars 2015. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La Villa du Jouir, décembre 2014, 262 pages, 17 € . Ecrivain(s): Bertrand Leclair Edition: Serge Safran éditeur

 

Le titre localise le roman et en définit les fondements.

Il s’agit bien d’un récit érotique se déroulant quasiment intégralement dans l’espace fermé d’une villa, dans l’enceinte infranchissable d’une maison fort close, dont la propriétaire, une mystérieuse princesse noire, absolue maîtresse des lieux, jouit… d’une fortune et d’une puissance considérables.

Symbolisme topologique et connotations : la Villa du Jouir est insulaire, isolée sur une île grecque, comme celle où Ulysse rencontra Circé, et porte la même appellation, explicitement hédonique, que la dernière demeure de Gauguin aux Marquises.

Intertextualité : filiation indubitablement sadienne, réminiscences d’histoires d’Ô, inscription dans le réseau textuel classique et moderne des récits de domination-soumission sexuelle et des liaisons périlleuses.

Je suis très sensible, Isabelle Minière

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 04 Novembre 2014. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Je suis très sensible, août 2014, 173 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Isabelle Minière Edition: Serge Safran éditeur

 

Tu es mon lion superbe et généreux

Grégoire n’est pas comme les autres. Il est un peu… bizarre. Isabelle Minière s’est glissée dans la peau de ce jeune adulte désarmant qui prend tout au premier degré et qui dit, naïvement, ce qu’il pense.

Grégoire n’a pas eu de père et il a été élevé par sa mère qui l’appelait mon minou. Il passait beaucoup de temps chez la voisine, une Allemande qui a perdu son fils et son mari. Grâce à elle il parle couramment allemand et ponctue ses phrases de « sehr gut ! », « ich liebe dich » ou « danke ».

Grégoire est un excellent dactylographe et il a tapé un long texte pour Agathe. Agathe est une jeune femme inconstante qui vit avec un homme. « Un jour il a disparu, je ne l’ai jamais revu. Plus tard Agathe m’a dit que c’était à cause de moi, plus je lui plaisais, plus son copain lui déplaisait ».

Rien n’étonne Grégoire. Il s’est laissé embrasser par Agathe dont il partage désormais la vie. Agathe est professeur de philo et elle aimerait bien que Grégoire trouve un travail en rapport avec ses capacités.

Le Quartier chinois, OH Jung-hi

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 09 Octobre 2014. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Nouvelles, La rentrée littéraire

Le Quartier chinois, traduit du coréen par Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot, septembre 2014, 216 p. 17,50 € . Ecrivain(s): OH Jung-hi Edition: Serge Safran éditeur

 

OH Jung-hi nous décrit une Corée peu familière : celle de l’après-guerre, un pays encore en proie à un conflit, celui entre le nord et le sud, l’un des épisodes marquants de la Guerre froide. Le texte se compose de trois nouvelles distinctes en apparence, mais s’attachant à décrire la difficulté de grandir et de vivre.

Dans la première nouvelle intitulée Le Quartier chinois, une fillette de neuf ans quitte la campagne pour une ville portuaire. Le nom de quartier chinois est assimilé à un repère géographique : il est près du port. C’est aussi un lieu de perdition, de débauche. Evoquant la présence de Chinois, la petite fille les décrit ainsi :

« Pour nous, ils étaient contrebandiers opiomanes, coolies cachant de l’or sous chaque point des coutures de leurs guenilles, brigands martelant la terre gelée au galop de leurs chevaux barbares (…) Ce qui se trouvait derrière les portes fermées (…) était-ce de l’or ? de l’opium ? ou de la méfiance ? ».

Les Ongles, Mikhaïl Elizarov

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 17 Septembre 2014. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman, La rentrée littéraire

Les Ongles (Nogti), août 2014, traduit du russe par Stéphane A. Dudoignon, 170 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Mikhaïl Elizarov Edition: Serge Safran éditeur

 

Dans un orphelinat de l’Ukraine post-soviétique en plein délitement politique et social, où sont entassés des enfants nés difformes et atteints de troubles mentaux, grandissent vaille que vaille un bossu, de père et mère inconnus, à qui les nurses ont donné comme état civil le nom de Gloucester, et son étrange ami Bakatov, dont l’essentielle raison de vivre est de se laisser pousser les ongles des mains et des pieds jusqu’à ce qu’ils atteignent la taille suffisante pour être rongés à l’occasion d’un cérémonial occulte très précis qui pourvoit pendant toute sa durée leur propriétaire de puissants et dangereux pouvoirs.

Le narrateur est Gloucester lui-même, la narration se faisant à la première personne, ce qui permet à Elizarov de décrire le monde tel que le voit le bossu, avec sa subjectivité d’innocent, à la manière des personnages de Faulkner.