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Serge Safran éditeur

Diffusé par Le Seuil et distribué par Volumen, Serge Safran éditeur, créé et animé par Serge Safran, écrivain et cofondateur des éditions Zulma, propose a priori quatre à cinq titres par an de littérature contemporaine, française ou étrangère. À savoir un choix personnel guidé par l'originalité du sujet, la force d'émotivité et le dérangement des codes établis, qu’ils soient moraux, littéraires ou esthétiques. L'idée est avant tout d'offrir de réelles découvertes. Donc de privilégier, sans que cela soit une contrainte, ni une limite, de nouveaux ou jeunes auteurs, en tout cas des écrivains méritant d’être soutenus et encouragés avec passion. Il ne s’agit pas de revendiquer une rupture littéraire formelle à tout prix, mais que ces œuvres puissent exprimer une forte personnalité à travers un sujet à caractère universel comme, par exemple, la relation entre des visions opposées du monde, sur toile de fond historique, géographique ou sociale spécifique.


Bérénice 34-44, Isabelle Stibbe

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 22 Janvier 2013. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Bérénice 34-44, 316 p., 18 € . Ecrivain(s): Isabelle Stibbe Edition: Serge Safran éditeur


La force d’une vocation artistique peut-elle tout occulter ? Peut-elle faire oublier le monde extérieur, surtout lorsque ce monde s’assombrit dangereusement ? C’est la question qu’aborde Isabelle Stibbe dans son premier roman, Bérénice 33-44.

C’est le récit d’une jeune fille, adolescente dans le Paris des années de l’entre-deux guerres, qui étouffe un peu dans sa famille, d’origine juive russe par son père, Maurice Capel né Moïshé Kapelouchnik, et par sa mère, née Valabrègue, appartenant à une vieille famille juive du Comtat Venaissin. Prénommée Bérénice en raison de la fréquentation par son père, au cours de la première guerre mondiale, d’un instituteur, Louis, très Troisième république, amoureux du théâtre classique et de Racine. Bérénice pressent, très tôt, que son existence va être remplie d’ennuis, de renoncements, si elle ne se consacre pas de toutes ses forces à la réalisation d’un rêve qui revêt les caractères d’un impératif pour elle : monter sur les planches. Elle s’en aperçoit en assistant à une représentation de la Comédie-Française, Lorenzaccio. Elle y éprouve l’appel de la vocation, la sensation du sacré dans le statut de comédien :

Le tombeau du guerrier, Marie Eve Sténuit

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 03 Septembre 2012. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Le tombeau du guerrier, Mars 2012, 189 p. 17 € . Ecrivain(s): Marie Eve Sténuit Edition: Serge Safran éditeur

 

Petit opus élégant, agréable en mains, comme Serge Safran sait en faire : sujet hors des sentiers battus, écriture sans failles, climat de surprises si rare en littérature.

Archéologie ! Mot, s’il en est, qui fait rêver l’enfant qu’on a été, l’adulte qu’on est. Qui n’est pas sûr d’avoir dit, à la fin d’un repas entre copains, quand traînent les confidences : « moi, j’aurais tant aimé être archéologue ! », et passe dans nos mémoires le regard – unique – échangé, un jour, entre Carter et un certain Toutankhamon…

Mine de rien, ce Tombeau du guerrier est le parfait documentaire sur une « vraie » campagne de fouilles, de nos jours, en Syrie. Le but étant de vérifier que « le niveau IV de la ville III de Tell Charri est exactement contemporain du niveau du temple A de Beylan », en chronologie « longue ou courte », dilemme non tranché, s’entend. Vous saurez donc tout d’une campagne archéologique ; ses préliminaires valant arcanes diplomatiques, ses  membres – qui fait quoi ? Le site, en surplomb d’une décharge, sous un cagnard  constant, palpable à la lecture :

Les Impurs, Caroline Boidé

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 24 Février 2012. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Les Impurs, Editions Serge Safran, décembre 2011, 159 p. 15 € . Ecrivain(s): Caroline Boidé Edition: Serge Safran éditeur

 

Le sujet, déjà – un garçon algérien, juif, amoureux d’une fille musulmane au temps de la guerre d’Algérie – n’est pas si fréquent et vaut qu’on ait de l’appétit pour ce petit volume blanc, à peine moucheté de rouge, que propose Serge Safran.

Mais ce livre est tellement autre chose !

L’histoire d’amour elle-même ; amenée avec un fracas de bataille dès le premier chapitre : le coup de foudre (l’expression semble avoir été inventée, là). Sa déclinaison, ronflant comme un orage méditerranéen ; une passion à la sensualité chaude, plus érotique, au vrai, que crue : « je portais ma bouche à sa toison, douce et épicée, au goût de chorba »… On s’en serait douté ; l’histoire est impossible entre ce David et cette Malek ! « un juif et une musulmane en Algérie auraient fait des vauriens, des bons à lyncher, des morts nés aux racines calcinées… » bah ! Direz-vous, du Roméo et Juliette parfumé aux épices ?

Plutôt un tragique noir et bleu qui, parfois, aurait un parfum de Sophocle : drame, absence, deuil ; récit parfaitement épuré ; amour/mort. Mais l’affaire se nourrit de l’Histoire, celle de l’Algérie des années 55-61 (Alger, Batna, au pied des Aurès).

Nouvelles vénitiennes, Dominique Paravel

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 02 Juillet 2011. , dans Serge Safran éditeur, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles

Nouvelles vénitiennes, 185 pages, 2011 . Ecrivain(s): Dominique Paravel Edition: Serge Safran éditeur


Qu’est-ce qui se trame ici ? Ce petit livre précieux est écrit comme on tisse, l’enchevêtrement des histoires correspond au dédale des rues de Venise, ville morte, ville vive, ville labyrinthe. A travers les âges et les saisons, la narratrice nous fait suivre un fil conducteur, le double fil de l’art et de l’amour. Du tailleur de pierre qui remporte le pari d’ériger les piliers de granit, obtenant la jouissance de l’espace entre eux, au peintre dont le portrait de jeune homme passe d’une histoire à l’autre, échouant là où on ne l’attend pas, à Viola, sculptant un ange pour un monument funéraire, et guidant son interlocuteur par mobile interposé, dans les rues-dédale de Venise.

Un livre qui donne envie de s’élargir à l’espace et au souffle de cette ville, de la (re)visiter, de la (re)découvrir, aussi de l’intérieur, d’écouter quelles musiques elle donne à entendre, quels tableaux elle donne à voir… comme le photographe (é)perdu de la dernière nouvelle avec lequel son rédacteur en chef fait un marché : des photos de Venise contre un reportage rêvé au Mexique, et qui ne trouve rien à photographier tant Venise se montre belle de partout, mais aussi attendue de partout.

Une femme passe, profil perdu, la femme, thème majeur de ce recueil, la femme initiatrice, la femme qui s’entremet, la femme aussi dédoublée, qui (se) masque et (se) dévoile.