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L'Olivier (Seuil)

Les Editions de l'Olivier, que caractérise leur sobre et élégante couverture noire et blanche marquée d'une silhouette d'olivier, sont fondées en 1991 par Olivier Cohen comme filiale des éditions du Seuil.

Dès le départ, le parti pris est de mettre l'accent sur la littérature anglo-saxonne, avec des auteurs tels que Raymond CarverJay Mc InerneyCormac McCarthy, Henry Roth, Hubert Selby Junior, Michael Ondaatje ou, parmi une plus jeune génération, Rick Moodyou Jonathan Franzen.

 


Sept années de bonheur, Etgar Keret

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 19 Juin 2014. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Moyen Orient

Sept années de bonheur, traduit de l’anglais (Israël) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, 197 pages, 18 € . Ecrivain(s): Etgar Keret Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Pour ceux que cela intéresse, voici un aspect curieux de ma pitoyable personnalité que j’ai appris à connaître avec les années : quand il s’agit de prendre un engagement, il existe une relation directe, inversement proportionnelle, entre la proximité dans le temps de ce à quoi on me demande de m’engager et ma disposition à le faire. C’est ainsi, par exemple, que je risque de répondre poliment non à une demande bien modeste de ma femme – “Tu me préparerais une tasse de thé, s’il te plaît ?” – alors que je suis prêt à accepter généreusement d’aller acheter des provisions le lendemain. Je me porte volontaire sans hésiter pour aider un parent éloigné à déménager, du moment que c’est dans un mois, et si le délai de grâce passe six mois, je serais prêt à me battre à mains nues contre un ours polaire. Le seul ennui – mais de taille – de ce trait de caractère, c’est que le temps passe inexorablement et qu’à la fin, quand on se retrouve tremblant de froid, au beau milieu de la toundra gelée en Arctique, nez à nez avec un ours à la fourrure blanche qui montre les dents, on ne peut s’empêcher de se demander s’il n’aurait pas mieux valu tout simplement dire non six mois plus tôt » (p.149).

Au départ d’Atocha, Ben Lerner

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 03 Mai 2014. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Au départ d’Atocha, traduit de l’anglais (USA) par Jakuta Alikavazovic, février 2014, 206 pages, 21 € . Ecrivain(s): Ben Lerner Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Le héros de Ben Lerner restera une voix incontestablement singulière… ». C’en est une autre, inoubliable – celle de Paul Auster – qui le dit. On a envie de lui faire confiance en mettant le pied dans ce livre « singulier ». On ne le regrette pas !

L’histoire tient dans le sac de voyage vite bouclé que le héros traîne partout avec lui. Un américain – époque Bush 2 – est en résidence à l’ombre d’une confortable bourse (et de la carte bleue – pour urgences – de papa, maman) à Madrid. Il est enregistré « poète » et doit au bout de son année maîtriser l’Espagnol. Il loge quelque part au-dessus de la Plaza Santa Ana, boit à toute heure, grappille des tortillas, et surtout fume des joints. Un remake littéraire de L’auberge espagnole, avec Romain Duris dans le rôle-titre ? Pertinent, souventes fois ; en moins léger, pourtant ! Car, important, aussi, le gars est  bipolaire sujet aux crises d’angoisse, et ne fait rien sans « ses pilules blanches… après des heures à réécrire des poèmes, je fondais soudain en larmes, le visage enfoui dans une serviette pour ne pas déranger les voisins, ou, en sortant pour acheter des cigarettes, du vin ou du shit, je ressentais un léger clivage et le monde s’incurvait aux angles ». Voilà l’histoire.

Les vies parallèles de Greta Wells, Andrew Sean Greer

Ecrit par Virginie Neufville , le Mercredi, 05 Février 2014. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

. Ecrivain(s): Andrew Sean Greer Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Il faut avoir le regard d’un enfant. Ainsi fonctionne la magie, comme vous le savez. Elle s’empare du plus improbable d’entre nous, sans prévenir, à l’heure de son choix. Elle escamote le temps. Et voici comment je me suis réveillée un jeudi matin, dans un autre monde ».

Nous sommes en 1985. Depuis la perte de son frère Felix, mort du sida, et sa rupture avec Nathan qu’elle avait délaissé sans vraiment s’en rendre compte, Greta n’arrive pas à surmonter sa dépression. Son thérapeute lui propose de rencontrer le Docteur Cerletti afin qu’elle subisse quelques électrochocs pour endiguer son mal être. La séance se passe bien, mais le matin suivant, Greta se réveille dans un autre lit, à une autre époque, toujours elle, mais dans un contexte familial et sociétal différent.

Débute ainsi un véritable tourniquet temporel où, au gré des séances de chaque Greta, la narratrice voyage en trois années : 1918, 1941 et 1985, de fin octobre à début janvier.

« Un changement d’époque et nous sommes quelqu’un d’autre. Un atome se dédouble et nous voilà transformés ».

Fugitives, Alice Munro

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 27 Janvier 2014. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Canada anglophone

Fugitives, traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, 2008, 382 p. 21 € . Ecrivain(s): Alice Munro Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Fugitives, en effet, et d’abord d’elles-mêmes, et du temps. Ce moment, ce temps qui les rattrape, qui dresse un mur ou les fait tourner en rond, ce temps – ou le destin – qui, comme l’ange exterminateur du film de Bunuel, joue avec ces femmes et demande une remise en situation pour à nouveau qu’elles se retrouvent, qu’elles sortent de cet enfermement ou de cette impasse, de ce non-lieu où les a menées la fugue, la fuite, leur tentative. La tentative ou l’acte réussi, en justice comme dans la vie, punie des mêmes peines.

La plus révélatrice de ces nouvelles, Subterfuges, et aussi la plus cruelle, paraît reposer sur un détail : « J’en mourrai, avait dit Robin, un soir, voilà des années. Si ma robe n’est pas prête, j’en mourrai » (p.269), ainsi commence la nouvelle.

L’héroïne de cette nouvelle, Robin, est une jeune femme vivant avec sa sœur qui a, comme on le dit pudiquement, des problèmes de santé. Captive de cette sœur aînée qu’elle ne peut laisser à elle-même, elle s’évade une fois chaque été, à la ville voisine, assister à une représentation théâtrale.

En ville, Christian Oster

Ecrit par Laurence Biava , le Samedi, 26 Octobre 2013. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

En ville, Janvier 2013, 173 p. 18 € . Ecrivain(s): Christian Oster Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Christian Oster a obtenu le Prix Landerneau 2013 pour ce livre. Soit. Cette lecture nous laisse sur notre faim et je suis circonspecte sur les tenants et aboutissants de cette réalisation. De quoi s’agit-il ? En ville raconte les projets de vacances en Grèce de cinq amis. Ou plutôt des remises en cause de ces projets en raison de divers événements conjoints : il y a Georges qui tombe amoureux, William victime d’une embolie, Paul et Louise qui parlent de se quitter…

C’est le tourbillon et les chassés croisés d’amis parisiens ayant tous la cinquantaine affirmée, médecin ou journaliste, célibataire ou en couple. On comprend vite que les airs empruntés à la comédie de boulevard ont séduit Oster et cherchent avant tout à nous renseigner sur la sexualité vacillante, la santé chancelante et les émotions déclinantes des protagonistes.

Le court roman d’Oster décrit un monde aseptisé régi par le non-dit où les personnages s’observent à la loupe sans réellement se parler. On est « en ville » comme on serait tout aussi bien ailleurs, à l’image de Jean, qui, condamné à observer hypnotiquement les voies sur berges derrière les vitres de son appartement à cause du bruit des voitures, apprend inopinément qu’il va devenir le père d’un enfant d’une femme qu’il n’aime pas.