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L'Olivier (Seuil)

Les Editions de l'Olivier, que caractérise leur sobre et élégante couverture noire et blanche marquée d'une silhouette d'olivier, sont fondées en 1991 par Olivier Cohen comme filiale des éditions du Seuil.

Dès le départ, le parti pris est de mettre l'accent sur la littérature anglo-saxonne, avec des auteurs tels que Raymond CarverJay Mc InerneyCormac McCarthy, Henry Roth, Hubert Selby Junior, Michael Ondaatje ou, parmi une plus jeune génération, Rick Moodyou Jonathan Franzen.

 


Les vies parallèles de Greta Wells, Andrew Sean Greer

Ecrit par Virginie Neufville , le Mercredi, 05 Février 2014. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

. Ecrivain(s): Andrew Sean Greer Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Il faut avoir le regard d’un enfant. Ainsi fonctionne la magie, comme vous le savez. Elle s’empare du plus improbable d’entre nous, sans prévenir, à l’heure de son choix. Elle escamote le temps. Et voici comment je me suis réveillée un jeudi matin, dans un autre monde ».

Nous sommes en 1985. Depuis la perte de son frère Felix, mort du sida, et sa rupture avec Nathan qu’elle avait délaissé sans vraiment s’en rendre compte, Greta n’arrive pas à surmonter sa dépression. Son thérapeute lui propose de rencontrer le Docteur Cerletti afin qu’elle subisse quelques électrochocs pour endiguer son mal être. La séance se passe bien, mais le matin suivant, Greta se réveille dans un autre lit, à une autre époque, toujours elle, mais dans un contexte familial et sociétal différent.

Débute ainsi un véritable tourniquet temporel où, au gré des séances de chaque Greta, la narratrice voyage en trois années : 1918, 1941 et 1985, de fin octobre à début janvier.

« Un changement d’époque et nous sommes quelqu’un d’autre. Un atome se dédouble et nous voilà transformés ».

Fugitives, Alice Munro

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 27 Janvier 2014. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Canada anglophone

Fugitives, traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, 2008, 382 p. 21 € . Ecrivain(s): Alice Munro Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Fugitives, en effet, et d’abord d’elles-mêmes, et du temps. Ce moment, ce temps qui les rattrape, qui dresse un mur ou les fait tourner en rond, ce temps – ou le destin – qui, comme l’ange exterminateur du film de Bunuel, joue avec ces femmes et demande une remise en situation pour à nouveau qu’elles se retrouvent, qu’elles sortent de cet enfermement ou de cette impasse, de ce non-lieu où les a menées la fugue, la fuite, leur tentative. La tentative ou l’acte réussi, en justice comme dans la vie, punie des mêmes peines.

La plus révélatrice de ces nouvelles, Subterfuges, et aussi la plus cruelle, paraît reposer sur un détail : « J’en mourrai, avait dit Robin, un soir, voilà des années. Si ma robe n’est pas prête, j’en mourrai » (p.269), ainsi commence la nouvelle.

L’héroïne de cette nouvelle, Robin, est une jeune femme vivant avec sa sœur qui a, comme on le dit pudiquement, des problèmes de santé. Captive de cette sœur aînée qu’elle ne peut laisser à elle-même, elle s’évade une fois chaque été, à la ville voisine, assister à une représentation théâtrale.

En ville, Christian Oster

Ecrit par Laurence Biava , le Samedi, 26 Octobre 2013. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

En ville, Janvier 2013, 173 p. 18 € . Ecrivain(s): Christian Oster Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Christian Oster a obtenu le Prix Landerneau 2013 pour ce livre. Soit. Cette lecture nous laisse sur notre faim et je suis circonspecte sur les tenants et aboutissants de cette réalisation. De quoi s’agit-il ? En ville raconte les projets de vacances en Grèce de cinq amis. Ou plutôt des remises en cause de ces projets en raison de divers événements conjoints : il y a Georges qui tombe amoureux, William victime d’une embolie, Paul et Louise qui parlent de se quitter…

C’est le tourbillon et les chassés croisés d’amis parisiens ayant tous la cinquantaine affirmée, médecin ou journaliste, célibataire ou en couple. On comprend vite que les airs empruntés à la comédie de boulevard ont séduit Oster et cherchent avant tout à nous renseigner sur la sexualité vacillante, la santé chancelante et les émotions déclinantes des protagonistes.

Le court roman d’Oster décrit un monde aseptisé régi par le non-dit où les personnages s’observent à la loupe sans réellement se parler. On est « en ville » comme on serait tout aussi bien ailleurs, à l’image de Jean, qui, condamné à observer hypnotiquement les voies sur berges derrière les vitres de son appartement à cause du bruit des voitures, apprend inopinément qu’il va devenir le père d’un enfant d’une femme qu’il n’aime pas.

Canada, Richard Ford

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 19 Septembre 2013. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, La rentrée littéraire

Canada, traduit de l’anglais (USA) par Josée Kamoun 22 août 2013, 478 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Richard Ford Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Il arrive rarement de savoir – en lisant un livre pour la première fois – qu’on a dans les mains un grand roman que nos descendants liront dans des décennies (siècles ?) encore. Canada est un livre immense, porté par le souffle éternel du grand roman initiatique à l’américaine, et hanté par les ombres tutélaires de Mark Twain ou de Charles Dickens. Plus proche, l’ombre du grand Raymond Carver, dont Ford fut l’ami. On peut se demander si Ford n’écrit pas là le roman que Carver n’a jamais écrit.

Roman d’apprentissage donc pour le jeune Dell , roman d’apprentissage de la vie passant par un dédale d’épreuves majeures. Avec Ford, on le savait depuis « Une mort secrète » (1976), le chemin de la vie n’est jamais une voie de gala mais un long chemin de souffrances. Il déclarait en 2002, dans une interview à un magazine français (Télérama) : « Les Américains aiment le bonheur. Moi, j'écris la désespérance. ». Mais qu’on ne s’y trompe pas : Ford écrit le malheur avec une énergie, une vitalité, une puissance qui portent en elles l’incroyable déferlement de son écriture et la simplicité limpide des choses de la vie.

Trop de bonheur, Alice Munro

Ecrit par Grégoire Meschia , le Vendredi, 13 Septembre 2013. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Canada anglophone

Trop de bonheur, traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, 2013, 320 pages, 24 € . Ecrivain(s): Alice Munro Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Trop de bonheur. Un titre quasiment philosophique qui décontenance quand on s’intéresse de plus près aux histoires qu’il contient. Du bonheur on en est loin. Ou alors faut-il redonner à l’adverbe son sens premier et négatif de démesuré, au-delà des limites. Tellement de bonheur qu’il disparaît. C’est en effet plus par son absence que le bonheur brille dans le texte.

S’il ne s’agit pas d’un ouvrage de philosophie, les nouvelles d’Alice Munro apportent néanmoins une certaine vérité sur l’existence. On peut tirer de chaque histoire un constat qui bien loin d’être moralisateur donne à voir des humains, comme vous et moi, en prise avec des situations de la vie quotidienne. Si ces vies ont d’abord la banalité du quotidien, quelque chose d’extraordinaire – un nœud – vient d’emblée noircir le tableau. Elles ont l’apparence du fait divers qui peut arriver à n’importe qui, mais qui peut se trouver d’un coup en première page d’un journal à scandale. Alice Munro dissèque les humains, elle les met à nu :