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L'Olivier (Seuil)

Les Editions de l'Olivier, que caractérise leur sobre et élégante couverture noire et blanche marquée d'une silhouette d'olivier, sont fondées en 1991 par Olivier Cohen comme filiale des éditions du Seuil.

Dès le départ, le parti pris est de mettre l'accent sur la littérature anglo-saxonne, avec des auteurs tels que Raymond CarverJay Mc InerneyCormac McCarthy, Henry Roth, Hubert Selby Junior, Michael Ondaatje ou, parmi une plus jeune génération, Rick Moodyou Jonathan Franzen.

 


Une partie de chasse, Agnès Desarthe

Ecrit par Johana Bolender , le Jeudi, 18 Septembre 2014. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Une partie de chasse, 156 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Agnès Desarthe Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Autour du narrateur hugolien, errant dans un grand cimetière désert, des nuisibles, d’innombrables oiseaux chanteurs d’églogues, presque enjôleurs, partis faire l’école buissonnière. L’homme tente de les chasser lorsqu’il est arrêté dans son élan par un sage houx, porte-parole du grand monde forestier. L’oiseau, confesse-t-il alors, apporte la lumière. L’animal est la gaieté de la nature entière et piaille la joie dans l’univers (Les Oiseaux-Aurore-Les Contemplations).

Parmi la grande variété des figures de rhétorique, la prosopopée est certainement l’une des plus touchantes. Depuis Esope, faire discourir l’animal, des quadrupèdes aux insectes en passant par Les Oiseaux, et les poissons, est une tradition bien établie.

Restaurant Drouant, dernière concertation des jurés, depuis 1983, tradition bien honorée. L’animal remporte la vedette. Sujet de littérature, l’animal est doublement nanti. Le célèbre Goncourt des animaux, un prix censé récompenser un roman rendant hommage au monde animal est décerné à Agnès Desarthe pour son livre Une Partie de Chasse, ou plus précisément à son lapin.

Le Soleil, Jean-Hubert Gailliot

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 11 Septembre 2014. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Le Soleil, août 2014, 544 pages, 20,50 € . Ecrivain(s): Jean-Hubert Gailliot Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Qu’il veuille bien se représenter la chose : ce manuscrit vieux de cent ans, s’il se révélait conforme à la légende, éclairerait le siècle passé et l’histoire des avant-gardes artistiques, l’avait-il vue s’enflammer, d’un jour absolument neuf. Il était passé entre les mains de créateurs révolutionnaires, avait traversé clandestinement, mis peut-être pas sans incidences, deux guerres mondiales, entraîné des condamnations. Plusieurs femmes fascinantes, artistes elles-mêmes, avaient joué un rôle essentiel dans cette aventure. Et, semblait-il dans sa constante occultation. Elle voulait s’emparer de ce brûlot et être la première à le publier ».

Tout grand livre est une enquête menée mot à mot, ligne à ligne, page à page, qu’elle se déroule au pied d’un volcan, au cœur de l’effondrement d’un empire, ou sur les bords d’un canal à Venise. Elle ne vise pas tant à découvrir ce que l’on cherche, qu’à mettre en lumière toutes les intrigues romanesques qui la fécondent. Le territoire d’Alexandre Varlop : la Grèce, Mykonos, ses dieux et ses lions, Palerme, un poète silencieux et butinant, un peintre lyrique, une amoureuse photographe. Un territoire comme une odyssée placée sous la haute protection d’Homère.

Sept années de bonheur, Etgar Keret

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 19 Juin 2014. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Moyen Orient

Sept années de bonheur, traduit de l’anglais (Israël) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, 197 pages, 18 € . Ecrivain(s): Etgar Keret Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Pour ceux que cela intéresse, voici un aspect curieux de ma pitoyable personnalité que j’ai appris à connaître avec les années : quand il s’agit de prendre un engagement, il existe une relation directe, inversement proportionnelle, entre la proximité dans le temps de ce à quoi on me demande de m’engager et ma disposition à le faire. C’est ainsi, par exemple, que je risque de répondre poliment non à une demande bien modeste de ma femme – “Tu me préparerais une tasse de thé, s’il te plaît ?” – alors que je suis prêt à accepter généreusement d’aller acheter des provisions le lendemain. Je me porte volontaire sans hésiter pour aider un parent éloigné à déménager, du moment que c’est dans un mois, et si le délai de grâce passe six mois, je serais prêt à me battre à mains nues contre un ours polaire. Le seul ennui – mais de taille – de ce trait de caractère, c’est que le temps passe inexorablement et qu’à la fin, quand on se retrouve tremblant de froid, au beau milieu de la toundra gelée en Arctique, nez à nez avec un ours à la fourrure blanche qui montre les dents, on ne peut s’empêcher de se demander s’il n’aurait pas mieux valu tout simplement dire non six mois plus tôt » (p.149).

Au départ d’Atocha, Ben Lerner

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 03 Mai 2014. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Au départ d’Atocha, traduit de l’anglais (USA) par Jakuta Alikavazovic, février 2014, 206 pages, 21 € . Ecrivain(s): Ben Lerner Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Le héros de Ben Lerner restera une voix incontestablement singulière… ». C’en est une autre, inoubliable – celle de Paul Auster – qui le dit. On a envie de lui faire confiance en mettant le pied dans ce livre « singulier ». On ne le regrette pas !

L’histoire tient dans le sac de voyage vite bouclé que le héros traîne partout avec lui. Un américain – époque Bush 2 – est en résidence à l’ombre d’une confortable bourse (et de la carte bleue – pour urgences – de papa, maman) à Madrid. Il est enregistré « poète » et doit au bout de son année maîtriser l’Espagnol. Il loge quelque part au-dessus de la Plaza Santa Ana, boit à toute heure, grappille des tortillas, et surtout fume des joints. Un remake littéraire de L’auberge espagnole, avec Romain Duris dans le rôle-titre ? Pertinent, souventes fois ; en moins léger, pourtant ! Car, important, aussi, le gars est  bipolaire sujet aux crises d’angoisse, et ne fait rien sans « ses pilules blanches… après des heures à réécrire des poèmes, je fondais soudain en larmes, le visage enfoui dans une serviette pour ne pas déranger les voisins, ou, en sortant pour acheter des cigarettes, du vin ou du shit, je ressentais un léger clivage et le monde s’incurvait aux angles ». Voilà l’histoire.

Fugitives, Alice Munro

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 27 Janvier 2014. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Canada anglophone

Fugitives, traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, 2008, 382 p. 21 € . Ecrivain(s): Alice Munro Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Fugitives, en effet, et d’abord d’elles-mêmes, et du temps. Ce moment, ce temps qui les rattrape, qui dresse un mur ou les fait tourner en rond, ce temps – ou le destin – qui, comme l’ange exterminateur du film de Bunuel, joue avec ces femmes et demande une remise en situation pour à nouveau qu’elles se retrouvent, qu’elles sortent de cet enfermement ou de cette impasse, de ce non-lieu où les a menées la fugue, la fuite, leur tentative. La tentative ou l’acte réussi, en justice comme dans la vie, punie des mêmes peines.

La plus révélatrice de ces nouvelles, Subterfuges, et aussi la plus cruelle, paraît reposer sur un détail : « J’en mourrai, avait dit Robin, un soir, voilà des années. Si ma robe n’est pas prête, j’en mourrai » (p.269), ainsi commence la nouvelle.

L’héroïne de cette nouvelle, Robin, est une jeune femme vivant avec sa sœur qui a, comme on le dit pudiquement, des problèmes de santé. Captive de cette sœur aînée qu’elle ne peut laisser à elle-même, elle s’évade une fois chaque été, à la ville voisine, assister à une représentation théâtrale.