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L'Olivier (Seuil)

Les Editions de l'Olivier, que caractérise leur sobre et élégante couverture noire et blanche marquée d'une silhouette d'olivier, sont fondées en 1991 par Olivier Cohen comme filiale des éditions du Seuil.

Dès le départ, le parti pris est de mettre l'accent sur la littérature anglo-saxonne, avec des auteurs tels que Raymond CarverJay Mc InerneyCormac McCarthy, Henry Roth, Hubert Selby Junior, Michael Ondaatje ou, parmi une plus jeune génération, Rick Moodyou Jonathan Franzen.

 


Vie animale, Justin Torres

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 26 Janvier 2012. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman

Vie animale (We the animals). Trad de l’anglais (USA) par Laetitia Devaux. janvier 2012. 142 p. 18 € . Ecrivain(s): Justin Torres Edition: L'Olivier (Seuil)

La lecture de ce livre est un véritable basculement dans un univers littéraire « autre », une authentique rupture avec le paysage éditorial ambiant. Tant en ce qui concerne l’écriture, syncopée, haletante, stylo au poing comme on dit « caméra au poing » pour traquer au plus près l’étrange spectacle des êtres dans l’incroyable hypothèse qu’est une famille nucléaire, que dans le portrait de personnages plus qu’improbables et pourtant d’une familiarité absolue !

La famille du narrateur. Paps, Ma et les trois frères (en le comptant, il est le plus jeune). Tous déjantés ? Oui, en apparence, gueulards, brutaux, un peu (!) cruels, rigolards, imprévisibles.

« Quand on se battait, on se battait avec des bottes et des outils, des tenailles qui pincent, on attrapait tout ce qui nous tombait sous la main et on le jetait ; on voulait plus de vaisselle cassée, plus de verre brisé. On voulait plus de fracas. »

Le fracas est le fil rouge de ce roman familial pas comme les autres. Le bruit et la fureur. Et la fragilité des êtres aussi, et surtout. Parce que, dans la dérive de cette famille pauvre et marginale, il surnage quand même de l’amour. Un amour étrange et dévastateur qui laisse peu de place à l’épanouissement des trois frères.

L'enchanteur. Nabokov et le bonheur, Lila Azam Zanganeh

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 17 Décembre 2011. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Biographie, Récits

L’Enchanteur. Nabokov et le bonheur. Trad. (anglais USA) Jakuta Alikavazovic. Octobre 2011. 228 p. 20 € . Ecrivain(s): Lila Azam Zanganeh Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Que faire de mieux, quand on écrit un livre qui porte le nom de bonheur dans son titre, que d’en faire un livre plein de bonheur ? Lila Azam Zanganeh n’y manque pas ! Son Nabokov, l’Enchanteur, est un remède contre toute forme déclarée ou pernicieuse, de déprime.

Ce livre est d’abord, bien sûr, une déclaration d’amour passionné à Vladimir Nabokov. « C’est là que j’ai découvert la texture du bonheur ». Rien moins ! Il nous faut avouer que cette entrée surprend a priori : Nabokov n’est pas – toujours – l’écrivain qui incarne le bonheur dans notre imaginaire de lecteur. On y voit volontiers des ombres, des malaises, une sexualité compliquée. Humbert Humbert, le héros de Lolita, ne symbolise guère un ciel sans nuage ! Non. C’est ailleurs que Lila Azam Zanganeh va chercher, au cœur de l’œuvre du maître, une source intarissable de bonheur. «  La joie profonde qu’inspirent Lolita ou Ada prend sa source ailleurs, dans une expérience de la marge et des limites (au sens quasi mathématique d’ouverture), qui devient celle de la poésie. Et cette poésie est félicité ou, comme le disait VN dans sa langue maternelle, en russe : blazhenstvo »

Le Juif de service, Maxim Biller

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 16 Octobre 2011. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Récits, La rentrée littéraire

Le Juif de service, Septembre 2011. 160 p. 19 € . Ecrivain(s): Maxim Biller Edition: L'Olivier (Seuil)

Le titre de ce livre est assurément à prendre comme un manifeste. Dans ce récit – bouquet de bribes autobiographiques de l’auteur – on a le sentiment que Maxim Biller s’installe volontairement dans la position de l’écrivain-juif-qui-ressemble-aux-écrivains-juifs. L’écrivain juif de service donc !

 

Des passages qui évoquent Shalom Auslander :

« L’été 1977 je voulais m’installer dans un kibboutz, me mettre au travail à 5 heures et avoir toute ma journée libre à partir de 13 heures. (…) L’été 1980 je partis pour trois semaines dans un kibboutz mais fichai le camp au bout de trois jours parce que je ne voulais pas travailler pour rien, surtout à 5 heures du matin, et pissai par vengeance dans la haie de citronniers »


D’autres où on navigue dans l’univers de Woody Allen :

« Je suis juif parce qu’à vingt ans je racontais déjà des histoires juives, parce que la perspective de prendre froid me fait plus peur que celle d’une guerre et parce que je considère que le sexe est plus important que la littérature. »

Mary Ann en automne, Armistead Maupin

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 15 Septembre 2011. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman

Mary Ann en automne, 317 pages, 21 € . Ecrivain(s): Armistead Maupin Edition: L'Olivier (Seuil)


Voilà un épisode de plus – le 8 – des « Chroniques de San Francisco ». On y retrouve les beaux et charnus personnages, disons aussi goûteux, notamment féminins qui habitent cet univers à la fois dépaysant et pourtant familier de la série fétiche de l’auteur américain.

Mary Ann en automne est déjà raconté par la couverture de l’Olivier : un bout du Golden Gate – forme et couleur caractéristique – émerge à peine d’un brouillard ? D’une mer ? façon statue de la liberté, dans le sable de la « vieille » « Planète des singes ». Et, déjà, on a cet automne de la vie – échecs et maladies confondues – cette nostalgie, plus sucrée qu’amère, ce mixte déceptions / amitiés de cocon qui colorent ce livre définitivement humain et attachant.

Mary Ann (« elle animait une grande émission TV à la fin des années 80 ») revient – rivages de la cinquantaine – à Frisco. « Si seulement il y avait un truc avec cette colline : la vue sur l’île d’Alcatraz par exemple, les cornes de brume ou l’odeur des planches moussues sous ses pieds, qui lui permettrait de renouer avec son paradis perdu… » Échecs intimes, menace de cancer suspendue… l’automne, mais pas l’Indien et ses fulgurances de la côte Est.

Rouler, Christian Oster

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 02 Septembre 2011. , dans L'Olivier (Seuil), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Rouler, 176 pages 15 euros . Ecrivain(s): Christian Oster Edition: L'Olivier (Seuil)


Rien que le titre, et la première phrase : «  j'ai pris le volant un jour d'été, à treize heures trente, j'avais une bonne voiture et assez d'essence » ; j'ajouterais le tableau /image de la couverture, magnifique, derrière son pare brise mouillé ; tout ça fait courir vers le livre, vite, avec l'appétit qu'il faut : un road-novel à la française, chouette ! Quelque chose qui nous sorte des sempiternelles routes américaines, des étapes au sud de Memphis, des pannes au large du tréfonds des bleds d'Arizona. Enfin, un « Telma et Louise » en Auvergne - car c'est de Cantal en Lozère profonde, pour finir en Provence Alpilleuse qu'il s'agit ici...

De ce «  quelqu'un qui roule », qui s'enfuit, qui s'évade - on s'en doute vite - on ne sait quasi rien ; s'appelle Jean (on l'apprend seulement à mi livre), il y a un fils quelque part, un portable qui sonne peu... Mais on le suit, subjugué, (légende allemand de Hamelin, du petit flûtiste et des rats ?) dans sa ligne de fuite qui ne cesse de faire reculer l'horizon, comme d'ailleurs, sur le tableau de couverture ; de départementale en draille vicinale, en perdant le chemin, souvent - le but, peut-être de ce curieux itinéraire initiatique ? -, d'arrivée sur Saint Flour en étape à Saint Chely d'Apcher : «  je roule comme ça, je me déplace, je n'ai pas d'à priori » dit-il.