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Albin Michel

Les éditions Albin Michel sont une maison d'édition française indépendante, fondée en 1900 par Albin Michel et dirigée par Francis Esménard.

Abondamment présentes à chaque rentrée littéraire, les éditions Albin Michel font confiance aussi bien à des auteurs débutants que confirmés. Depuis 1992, Albin Michel publie environ 450 nouveautés par an (pour 100 en 1967). Pas une année ne s'est écoulée sans qu'un auteur figure parmi les meilleures ventes annuelles de l'édition française.

 


Effacer sa trace, Malika Wagner

Ecrit par Pierre-Élie Pichot , le Mardi, 07 Juin 2016. , dans Albin Michel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Effacer sa trace, mars 2016, 192 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Malika Wagner Edition: Albin Michel

 

Encore un ? Oui, encore un roman pour raconter la mort d’un père. Cet « invariant » de la psychanalyse continue d’irriguer la production romanesque (L’Absolue perfection du crime, de Tanguy Viel, 2001 ; La Chute de cheval, de Jérôme Garcin, 1998 ; etc.)

La littérature s’est éloignée, à force de réécritures, de l’enquête psychanalytique que constituaient au siècle dernier les récits de la mort du père, chez Samuel Beckett ou Claude Simon. Ce qui était à l’époque un thème de fiction passe maintenant l’épreuve du feu qu’écrivain-e-s, lectrices et lecteurs semblent unanimement exiger de tous les thèmes de fiction : la dissolution harmonieuse dans l’écriture autobiographique.

Le propos général est limpide : Malika Wagner parvient, à travers l’enterrement de son père en Algérie, à « effacer sa trace », à être soi-même en se délivrant du poids du passé qui la rattachait à l’histoire familiale et à cet « homme peu fréquentable » (p.8). C’est donc un roman optimiste sur la liberté individuelle, malgré l’incessant rappel de ses origines que la société française inflige à la narratrice dans la troisième partie, tant par des discriminations que quand des collègues bien intentionnés lui proposent de se trouver un pseudonyme plus « ronflant » que son propre prénom (p.172).

Trois jours et une vie, Pierre Lemaître

Ecrit par Sana Guessous , le Lundi, 16 Mai 2016. , dans Albin Michel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Trois jours et une vie, mars 2016, 288 pages, 19,80 € . Ecrivain(s): Pierre Lemaitre Edition: Albin Michel

 

Quand ça part en vrille

 

Avant la couverture pleine de feuillages et de mystères, c’est un très élogieux portrait paru dans le Magazine littéraire qui m’a donné envie de découvrir Pierre Lemaître. J’ai donc lu son dernier roman, Trois jours et une vie, et je suis un peu déçue.

Pas au point de le jeter rageusement contre un mur ou de le déchiqueter à pleines dents, car c’est tout de même un solide page-turner qui colle aux mains, s’agrippe aux vêtements et te pourchasse jusque dans les toilettes si tu n’y prends garde. J’ai même dû me réveiller à deux heures du matin pour faire taire ce compagnon impérieux et intrusif qui, entre deux rêves, me sommait de l’achever, ce qui fut fait en moins de vingt-quatre heures. Ouf.

C’est peut-être ça qui me laisse sur ma faim. Je m’attendais à une lecture ample, à une randonnée, à m’user les muscles et à me délasser les yeux, à arpenter longuement les âmes et les forêts, et je me retrouve à presser le pas pour connaître fissa le dénouement de l’intrigue et enfin passer à autre chose.

Les enfants de Toumaï, Thomas Dietrich

Ecrit par Patryck Froissart , le Samedi, 12 Mars 2016. , dans Albin Michel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les enfants de Toumaï, janvier 2016, 278 pages, 19,50€ . Ecrivain(s): Thomas Dietrich Edition: Albin Michel

 

Toumaï est le nom donné par ses découvreurs au plus vieil hominidé connu, dont le crâne fossilisé a été trouvé au Tchad en 2001. Ayant vécu il y a environ 7 millions d’années, Toumaï est considéré à ce jour comme le plus ancien des ancêtres de l’homme.

Emmanuel et Sakineh, tous deux tchadiens, probables descendants de Toumaï, sont contraints à l’exil et à la clandestinité, lui, étudiant chrétien noir converti au maoïsme, opposant au « président-sultan » et journaliste politique en herbe, elle, musulmane à la peau claire acceptant mal la morale religieuse imposée par sa famille qui l’empêche de développer son talent pour le dessin, art interdit, et se sentant coupable de la mort de son père foudroyé par l’orage le jour du mariage auquel il avait voulu la forcer.

Au Caire où Emmanuel, après un long, périlleux et douloureux périple sur les routes complexes et parallèles qu’entretiennent à travers l’Afrique les passeurs de migrants, est devenu mendiant puis amant de cœur d’un riche égyptien, Haman, qui l’entretient jalousement, et où Sakineh a atterri avec sa famille ruinée dans un quartier pauvre, le hasard fait se croiser leurs chemins.

Un autre que moi, Véronique Olmi

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 09 Mars 2016. , dans Albin Michel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Théâtre

Un autre que moi, janvier 2016, 137 pages, 15 € . Ecrivain(s): Véronique Olmi Edition: Albin Michel

 

Un homme se réfugie dans une chambre d’hôtel, un hôtel plutôt minable, pour fuir l’anniversaire que lui a organisé son épouse pour ses quarante ans. Dans ce lieu fermé, ce véritable huis clos, nous découvrons Fred, quarante ans et une réussite sociale et professionnelle affirmée, manifeste et reconnue. Pas forcément une réussite humaine et sentimentale pour autant. Sans qu’il le voie et sans qu’il y croie, son double, Frédéric, sort de l’armoire, en traversant (bien entendu) le miroir. Un double qui accepte, lui, l’anniversaire de ses 80 ans. Double arithmétique donc d’une certaine façon, mais plutôt double alternatif du futur, incarnation des choix pas encore faits mais qui a déjà vécu les décennies à venir en transformant ce qu’il était aujourd’hui, et dans lequel son modèle ne se reconnaît d’abord pas. Qu’il prend pour un autre. Un autre, autre, et pas un autre lui-même. Puis, petit à petit Fred commence à comprendre qu’il n’est qu’un morceau, une ébauche de Frédéric. Qu’il n’est encore aujourd’hui pas tout à fait lui-même. Voilà la célèbre proposition de Rimbaud, le fameux Je est un autre mis en voix, en mots et en scène.

A la table des hommes, Sylvie Germain

Ecrit par Zoe Tisset , le Vendredi, 04 Mars 2016. , dans Albin Michel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

A la table des hommes, janvier 2016, 262 pages, 19,80 € . Ecrivain(s): Sylvie Germain Edition: Albin Michel

 

« Le porcelet ne la quitte plus, il vient se frotter contre ses genoux. Elle déboutonne son gilet, ouvre sa chemise, dégage un de ses seins, elle prend le goret dans ses bras, et l’allaite ».

Etonnant ce premier chapitre où nous sommes dans « la peau » d’un porcelet affamé, venant de naître et fuyant la guerre. Tout est alors sensations, instinct, survie. L’homme moderne a oublié qu’il était aussi un animal, l’homme d’aujourd’hui a falsifié la nature, elle se rappelle à lui dans le dénuement.

« Comme auparavant auprès de la daine, le goret aime à paresser, à ruminer la jouissance d’être en vie, d’appartenir à la terre, de respirer l’espace, de faire peau avec les éléments, chair avec le monde ».

Dans ce livre, le porc vaut mieux que l’homme, brutal, aigri, incapable de vivre avec ses congénères.