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Albin Michel

Les éditions Albin Michel sont une maison d'édition française indépendante, fondée en 1900 par Albin Michel et dirigée par Francis Esménard.

Abondamment présentes à chaque rentrée littéraire, les éditions Albin Michel font confiance aussi bien à des auteurs débutants que confirmés. Depuis 1992, Albin Michel publie environ 450 nouveautés par an (pour 100 en 1967). Pas une année ne s'est écoulée sans qu'un auteur figure parmi les meilleures ventes annuelles de l'édition française.

 


Les voyageurs de l’aube, Henri Gougaud

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 05 Janvier 2016. , dans Albin Michel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les voyageurs de l’aube, octobre 2015, 296 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Henri Gougaud Edition: Albin Michel

 

Décaméron oriental

Des voyageurs attendent, dans le désert d’un pays qui n’est jamais nommé, comme dans les contes, une caravane, et s’occupent à tisser les neuf jours que dure la trêve dans leurs vies suspendues des fils d’histoires. Neuf jours, neuf lunes, qui s’achèveront sur la naissance du bébé que porte en son ventre Zahra, l’une des protagonistes et conteuse, comme ils ont commencé par la mort du vieux Nathan qui gardait les lieux depuis toujours, semble-t-il : comme si ces contes échangés dans le silence du désert retraçaient le chemin de toute une vie, en dessinaient les contours, faits d’amour, de désir, de violence et de désir, comme si c’était par la fin que commençait tout destin avant de s’incarner dans un corps nouveau, comme si l’histoire permettait la renaissance.

La symbolique est forte dans le récit enchâssant comme dans les contes qui composent les jours et les nuits de nos personnages, rappelant cette dimension essentielle du conte qu’Henri Gougaud n’a eu de cesse de faire vivre dans ses nombreux précédents recueils : le conte permet de donner sens à des existences fantomatiques et de tisser des liens entre les membres épars, perdus, fragiles, d’une humanité plongée dans le désarroi et l’attente d’un événement qui peut-être ne surviendra jamais.

Monarques, Sébastien Rutes, Juan Hernandez Luna

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 04 Décembre 2015. , dans Albin Michel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Monarques, août 2015, 384 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Sébastien Rutes, Juan Hernandez Luna Edition: Albin Michel

 

Voilà un récit étonnant, riche en rebondissements, d’une puissance d’évocation rare ; et qui pose des questions essentielles au-delà de l’apparente superficialité de la trame.

Cette dernière s’appuie sur un échange de correspondances entre Jules Daumier et Augusto Solis. Ce dernier, homme du monde des arts mexicains, travaille pour le cinéma ; il est fasciné par une certaine Loreleï Lüger, actrice de son état, mais dont les suites du récit vont faire de plus en plus douter de son rôle et de son identité véritables.

C’est Jules Daumier, garçon de course au journal L’humanité qui lui répond en lieu et place de cette Loreleï pour lui indiquer son absence de Paris et promettre dans la foulée à cet interlocuteur épistolaire de la retrouver, de lui donner des informations sur son égérie dès que Jules Daumier le pourra. Il s’ensuit un échange de correspondances passionnantes : on y découvre ainsi le Paris des années 30, celui de la préparation du Front populaire, celui du Vel d’Hiv, lorsque ce lieu sportif n’était encore qu’un stade dans lequel on pouvait assister à des courses cyclistes, des matchs de catch qui font apparemment vibrer notre coursier :

Le jour où mon robot m’aimera, Vers l’empathie artificielle, Serge Tisseron

, le Samedi, 24 Octobre 2015. , dans Albin Michel, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Le jour où mon robot m’aimera, Vers l’empathie artificielle, septembre 2015, 208 pages, 16 € . Ecrivain(s): Serge Tisseron Edition: Albin Michel

 

Les hommes sont des machines désirantes, on le sait, notamment depuis Deleuze et Guattari. Les machines, quant à elles, sont modelées sur les désirs humains. On le sait moins, mais les plus curieux auront l’occasion de le découvrir à la lecture du dernier Tisseron, Le jour où mon robot m’aimera. A l’heure où les expositions sur les robots fleurissent un peu partout en France (à Paris, Lyon, Pau, etc.), d’aucuns s’interrogent sur la frontière, entre l’homme et la machine, le vivant et l’artificiel, frontière que les technologies de pointe ont rendue de plus en plus poreuse.

Les industriels, les artistes et les réalisateurs d’une inventivité débordante forcent le trait du rapprochement entre les deux espèces. Her de Spike Jonze imagine la relation sentimentale entre Theodore Twombly et Samantha, la voix féminine d’une intelligence artificielle ; le PDG du groupe Softbank déclare triomphalement lors du lancement de leur robot dernier cri baptisé Pepper : « Pour la première fois dans l’histoire de la robotique, nous présentons un robot avec un cœur » (p.11).

La nuit de feu, Eric-Emmanuel Schmitt

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 16 Octobre 2015. , dans Albin Michel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

La nuit de feu, septembre 2015, 192 pages, 16 € . Ecrivain(s): Eric-Emmanuel Schmitt Edition: Albin Michel

 

Ce roman relate le voyage dans le désert du Hoggar que le narrateur-auteur fit à l’âge de 28 ans, soit quelque 25 ans avant de l’écrire, alors qu’il était encore à l’aube de sa carrière professionnelle, hésitant entre un parcours académique et une vie d’artiste. Il s’agit d’un roman de jeunesse ou d’une autobiographie au vrai sens du terme, écrite avec le recul propre à l’âge, et parsemée de commentaires philosophiques et didactiques. Ceux-ci sont de trois ordres, concernant le voyage, le désert et la croyance ou la foi.

Le voyage d’abord. Le voyage dans ce roman n’est pas le voyage immobile qu’accomplit le lecteur en lisant, mais le voyage métaphysique réalisé par le narrateur-auteur, c’est-à-dire « la confrontation d’un imaginaire à une réalité : il se situe entre ces deux mondes. Si le voyageur n’espère rien, il ne verra que ce que voient les yeux ; en revanche, s’il a déjà modelé les lieux en songe, il verra davantage ce qui se présente, il percevra même le passé et le futur au-delà de l’instant ». Il s’agit d’un voyage complet, ontologique, qui engage tout l’être. « Partir n’a d’autre but que se livrer à l’inconnu, à l’imprévu, à l’infinité des possibles, voire même à l’impossible ».

Ressources inhumaines, Frédéric Viguier

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 24 Septembre 2015. , dans Albin Michel, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Ressources inhumaines, août 2015, 281 pages, 19 € . Ecrivain(s): Frédéric Viguier Edition: Albin Michel

 

Alors qu’elle avait 22 ans, elle a fait un stage dans une enseigne de la grande distribution. « Elle » n’a pas une personnalité bien remarquable, mais dans ce milieu, elle va apparaître adaptée. Très adaptée. Un instinct opportuniste qui lui permet de comprendre vite ce qu’il faut dire et faire, sur les meilleures façons de manipuler, de mentir, de trahir… pour simplement s’approcher des lieux de pouvoir et se faire accepter par ceux qui y siègent.

« Elle » n’a pas de nom car son identité semble bien se réduire à la place qu’elle occupe dans l’entreprise, à la fonction qu’elle y occupe et au travers de laquelle les autres l’identifient, la regardent et la reconnaissent : la stagiaire puis la responsable du rayon textile femme. D’ailleurs, avoir un nom, ou ne serait-ce qu’un prénom, ne semble pas très adapté dans cet univers. Les seuls personnages ayant un nom dans ce récit sont condamnés à sortir de la scène de l’hyper-marché, cet univers où les sentiments humains doivent s’effacer devant les stratégies rationnelles des individus, leur lutte pour les places, dans la hiérarchie comme sur le parking du personnel.