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Monsieur Toussaint Louverture

Monsieur Toussaint Louverture est une petite structure éditoriale fondée en 2004.

Elle est entièrement consacrée aux marges de littérature, soit la recherche d'auteurs ou de livres oubliés, soit la recherche de nouveaux auteurs et de nouvelles écritures.

Monsieur Toussaint Louverture existe aussi, mais de façon distincte sur Internet : sorte de laboratoire sur ce qui peut être lu sur un écran, et dont les textes sont ouverts à la participation des internautes.

 

Wikipédia


Personne ne gagne, Jack Black

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 08 Février 2018. , dans Monsieur Toussaint Louverture, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Personne ne gagne (You can’t Win, 1926), mai 2017, trad. américain, Jeanne Toulouse, Nicolas Videnc, 470 pages 11,50 € . Ecrivain(s): Jack Black Edition: Monsieur Toussaint Louverture

 

Quand on sort à peine de la lecture torrentueuse de Un Jardin de Sable d’Earl Thompson pour plonger dans ce livre édité par la toujours excellente maison Monsieur Toussaint Louverture, l’impression dominante est la continuité. Les points de jonction entre ces deux romans sont frappants : le parcours initiatique d’un jeune garçon au milieu des gens violents, des putains, des voleurs, des prisons. De fait, il faut inverser l’ordre de ces deux livres : Personne ne gagne est écrit en 1926 (Un jardin de sable date de 1970). Thompson a-t-il lu Jack Black ? Le doute n’est pas permis, jusqu’au prénom du jeune héros, Jack. Sachant ici que le Jack de Jack Black est totalement autographe ; son roman est largement inspiré par sa propre vie.

Les convergences – importantes – s’arrêtent néanmoins là. Autant le monde romanesque de Thompson est terrible, dur, monstrueux souvent, autant celui de Jack Black est étonnamment chaleureux, généreux, humain jusque dans les recoins les plus sombres d’une humanité marginale, hors-la-loi, dangereuse souvent. C’est la ligne de crête de ce livre, tenue en équilibre de bout en bout : tout est sombre, violent, misérable mais les hommes, les femmes, sont tous des humains, des êtres de cœur, qui, du fond de leur trou noir tendent la main à leurs semblables.

Un Jardin de Sable, Earl Thompson

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Janvier 2018. , dans Monsieur Toussaint Louverture, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Un Jardin de Sable (A Garden of Sand, 1970), janvier 2018, trad. américain, Jean-Charles Khalifa, 832 pages, 24,50 € . Ecrivain(s): Earl Thompson Edition: Monsieur Toussaint Louverture

 

 

Un gros et grand livre que nous offrent les excellentes éditions Monsieur Toussaint Louverture ! Une sorte de fleuve boueux et déchaîné, qui emporte tout sur son passage et en particulier ses lecteurs. La quatrième de couverture nous invite à évoquer les ombres de Steinbeck (on se demande bien pourquoi), de Fante (on comprend mieux mais…), de Bukowski enfin et là on peut être d’accord. Dans la puissance du style, la brutalité des scènes décrites, l’énormité des dialogues, on voit en effet une parenté littéraire avec le vieux Buk. Mais Thompson est beaucoup plus romancier, son récit est fascinant, dérangeant, terrifiant, touchant. S’il faut vraiment une parenté littéraire, Sébastien Lavy de la librairie Page & Plume à Limoges a pointé celle qui semble la plus pertinente, on pourrait invoquer Erskine Caldwell, avec ses personnages pouilleux, déjantés, dévorés par la pauvreté.

Le Séducteur, Jan Kjærstad

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 20 Avril 2017. , dans Monsieur Toussaint Louverture, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman

Le Séducteur (Forføreren), Traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon, 608 p. 23€ . Ecrivain(s): Jan Kjærstad Edition: Monsieur Toussaint Louverture

 

Cette critique pourrait être toute entière dédiée à Monsieur Toussaint Louverture. Chaque parution de la maison d’édition bordelaise pilotée par Dominique Bordes emmène ses lecteurs vers des sommets littéraires. L’éditeur est un chineur. Il aime aller farfouiller dans l’histoire de la littérature et en ressortir des textes oubliés ou mal publiés, qui n’ont pas réussi à se faire en France la place qu’ils mériteraient. Chacun de ses livres s’avère une petite merveille. Pas forcément petite, d’ailleurs, car Monsieur Toussaint Louverture a plutôt le goût des textes longs, qui pèsent leur poids, avec lesquels on vit pendant un certain nombre de jours. Ses livres sont aussi de beaux objets aux couvertures particulièrement soignées qui provoquent leur effet au pied du sapin ou dans une bibliothèque. Mais le véritable cadeau, c’est quand on ouvre ces pages et qu’elles nous convient dans des mondes aussi différents que celui du script-doctor d’Hollywood qui ne parvient plus à être saoul (Karoo), du facteur qui lit le courrier qu’il distribue (Mailman), de la famille de bûcherons du Grand-Ouest américain (Et quelque fois j’ai comme une grande idée) ou d’une bande d’enfants dans un orphelinat quelque peu étrange (La maison dans laquelle).

Vilnius Poker, Ricardas Gavelis

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 22 Juin 2015. , dans Monsieur Toussaint Louverture, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman

Vilnius Poker, mars 2015, traduit du Lituanien par Margarita Le Borgne, 541 pages, 24 € . Ecrivain(s): Ricardas Gavelis Edition: Monsieur Toussaint Louverture

Homo sovieticus vs homo lituanicus

Les éditions Monsieur Toussaint Louverture nous offrent ici un rare moment de lecture intense. En effet, dénicheur de romans d’exception et de perles, Monsieur Toussaint Louverture nous a habitués à une trouvaille sans pareille avec l’inédit de Ken Kesey, Si quelquefois j’ai comme une grande idée. Cette fois, la maison d’édition récidive en publiant pour la première fois en France dans une traduction précise l’une des œuvres du romancier lituanien, Ricardas Gavelis, Vilnius poker. Œuvre controversée et polémique qui révolutionna la technique d’écriture et de dramaturgie à l’endroit de la littérature lituanienne. Mais de quoi s’agit-il ?

L’intrigue se concentre sur un personnage central, le pivot du roman, un certain Vytautas Vargalys. Ce dernier est un survivant des camps de concentration et du Goulag. Autant dire qu’il a vécu l’apogée de l’Histoire du XXème siècle en matière de barbarie. Cependant, revenu à Vilnius, il n’a rien oublié des tortures subies. Il devient archiviste dans la bibliothèque de la ville. Obsédé par le loup de fer, animal totémique de Vilnius et en lien direct avec le mythe de la fondation de la ville, il part à la recherche de son histoire en errant dans la vieille ville devenue pour lui une totale étrangère. Vytautas voit là une occasion pour mettre en exergue les méfaits du soviétisme. Il mentionne les mensonges et les propagandes de l’idéologie communiste qui prennent en otages les lituaniens.

Price, Steve Tesich

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 09 Avril 2015. , dans Monsieur Toussaint Louverture, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Price, août 2014, trad. de l’Américain par Jeanine Hérisson, 537 pages, 21,90 € . Ecrivain(s): Steve Tesich Edition: Monsieur Toussaint Louverture

 

« Et soudain, l’été »

Daniel Price vient d’avoir dix-huit ans. Il va terminer ses études secondaires et avoir son diplôme. Cependant, il a perdu son combat de lutte. De ce fait, il n’aura pas la bourse universitaire qui lui aurait permis de quitter East Chicago. L’été est là et Daniel ainsi que ses deux amis de lycée déambulent dans les rues de cette ville ouvrière sans savoir encore ce que l’avenir leur réserve. Mais ceci n’est que de courte durée : l’agonie puis la mort de son père, sa rencontre avec la mystérieuse et indécise Rachel vont définitivement faire basculer Daniel dans la vie adulte…

Price est un roman fait de bruits et de fureurs. C’est la fureur de vivre et d’aimer avant que le destin ne s’en mêle pour tout détruire. C’est le temps des serments inutiles, des amitiés fragiles. Le lecteur suit les déconfitures de Daniel et voit dans sa souffrance l’amorce d’une destinée hors du commun : le roman s’achève sur une note d’espoir, un changement d’identité permettant peut-être au jeune homme dépouillé de ses rêves de devenir écrivain. Mais pas avant l’événement cathartique.