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Perrin


Fondées sous le Second Empire, illustrées par les ouvrages d’Augustin Thierry et de Tolstoï, plus tard par ceux de René Grousset, de François Mauriac ou d’Alain Decaux, les éditions Perrin font partie de l’univers de tout chercheur, enseignant, curieux ou amateur d’histoire.

A cette légitimité éditoriale est venue s’ajouter une adéquation permanente aux exigences et aux goûts du public. Voilà quarante ans, Perrin a su attirer de jeunes auteurs qui avaient compris, avant tout le monde, l’avenir de la radio et la chance qu’offrait la télévision pour une vulgarisation de qualité de la connaissance historique. Aujourd’hui, le succès des auteurs de Perrin et l’intérêt pour des ouvrages exigeants mais accessibles, ont incité la maison à ouvrir l’éventail de ses curiosités et à explorer de nouveaux champs. Approfondissant le legs scientifique, aucun domaine, aucun angle historique n’ont été négligés, de la chronique à la biographie, de la synthèse au témoignage, de la monographie à l’essai. Les biographies de référence ("Charlemagne" de Georges Minois, "Louis XVI" de Jean-Christian Petifils, "Le dernier empereur" de Jean Sévillia, "Goering" de François Kersaudy, "Aimé Césaire" de Romuald Fonkua…) côtoient des ouvrages novateurs par le thème ( "Le Moyen-âge et l’argent" de Jacques Le Goff, "Melting shops" de Claire Zalc) ou la richesse des apports ("L’Exode" d’ Eric Alary).
Perrin est aussi de plus en plus ouvert à la production étrangère riche d’auteurs devenus incontournables : John Keegan ("La Première Guerre mondiale", "L’art du commandement"), Peter Godman ("Hitler et le Vatican"), Neil Bascomb ("La traque d’Eichmann"), Carlo d’Este ("Churchill, seigneur de guerre")…

Enfin, la collection Tempus, créée en 2002, riche de plus de 300 titres au format poche, et qui offre une illustration fidèle du panorama éditorial de Perrin, est depuis 2010 animée par un comité de lecture très actif : Sylvie Aprile, Antoine de Baecque, Patrick Boucheron, Alexandre Grandazzi, Patrice Gueniffey,Edouard Husson, Stéphane Khemis,Thierry Lentz, Pascal Ory,Olivier Postel-Vinay, Olivier Wieviorka.

Stefan Zweig, Dominique Bona

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 28 Septembre 2016. , dans Perrin, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie

Stefan Zweig, 480 pages, 10 € . Ecrivain(s): Dominique Bona Edition: Perrin

Zweig, l’humaniste inquiet

Rompue à l’exercice biographique, Dominique Bona réalise un portrait passionnant et nuancé de l’écrivain autrichien, Stefan Zweig (1881-1942). Elle perce à jour la personnalité complexe de Zweig, se fondant minutieusement sur son éducation, ses relations amicales, amoureuses et mondaines, d’autre part sur l’analyse de son œuvre. Elle restitue parfaitement le contexte social, économique, politique et moral dans lequel se déploie la vie de Stefan Zweig, inextricablement liée aux soubresauts historiques.

Un écrivain sociable et soucieux

Ce qui frappe d’emblée dans la personnalité de Zweig, c’est son ambivalence : il apparaît policé, chaleureux, lumineux en société ; sa délicatesse, sa pondération, son raffinement et sa culture y font merveille. Ceci dit, une fébrilité fiévreuse teintée de mélancolie couve en profondeur. Par pudeur et distinction, il musèle en public les forces obscures et souterraines qui le tenaillent. Il s’en délivre partiellement par l’écriture de fictions dans lesquelles il imagine des personnages prisonniers de leurs passions ou emportés par leur exaltation. Ses textes retranscrivent le hiatus entre les exigences morales qu’impose la société et les impulsions profondes et troubles ancrées en chaque individu.

Histoire du monde 1, Les âges anciens, John M. Roberts et Odd Arne Westad

Ecrit par Vincent Robin , le Lundi, 04 Avril 2016. , dans Perrin, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Histoire

Histoire du monde 1, Les âges anciens, janvier 2016, trad. anglais Jacques Bersani, 460 pages, 22 € . Ecrivain(s): J.M. Roberts et O.A. Westad Edition: Perrin

 

« Ce qui a engendré le monde où nous vivons aujourd’hui ». Dans l’introduction générale de ce livre, le Norvégien Odd Arne Westad précise l’optique recherchée par son confrère John Roberts lorsque, à partir de la fin du XXe siècle et jusqu’au soir de sa vie (il décéda en 2007), l’historien anglais s’était attelé à la réalisation de son Histoire du Monde. Précédemment rééditée en anglais (2012) mais maintenant traduite en langue française par Jacques Bersani, l’œuvre complète se décompose en trois tomes, au traitement global sensiblement remanié par le Norvégien.

Assignés chacun à des moments délimités de l’histoire universelle des hommes et des sociétés diversement apparues de leur fait, les trois volumes se consacrent à des périodes de longueurs inégalement proportionnées. Une palette colorée de styles de vie et de modes sociaux nés aux antipodes de la Terre se prête ainsi successivement à l’étude du rapporteur (cette diversité sera sa profonde originalité).

La Fayette, Jean-Pierre Bois

Ecrit par Vincent Robin , le Mercredi, 10 Février 2016. , dans Perrin, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Histoire

La Fayette, août 2015, 496 pages, 24 € . Ecrivain(s): Jean-Pierre Bois Edition: Perrin

 

Convoquée par des personnalités historiques dont la notoriété résonne encore, l’exploration du passé révèle quelquefois des situations qui préfigurent étonnamment les marques de notre actualité. Le président Obama faisant tout récemment l’éloge d’une alliance séculaire mais primordiale entre les Etats-Unis et la France, puis, la question de la bi-nationalité refaisant surface à travers un débat national subit et prometteur de houle, illustrent aujourd’hui d’assez près ce genre de coïncidences curieuses.

En ajoutant également à ces deux faits sans relation très pertinente, celui a priori tout aussi peu corrélatif de la mise à la mer récente d’un navire français rebaptisé L’Hermione et qui effectuait il y a peu un très symbolique pèlerinage outre-Atlantique, la magie du rebondissement mémoriel opérait ainsi tout dernièrement de façon étrange.

Pierre Drieu la Rochelle, Jacques Cantier

Ecrit par Christopher Gérard , le Mercredi, 21 Septembre 2011. , dans Perrin, Les Livres, Recensions, Biographie

Pierre Drieu la Rochelle, 316 pages, 22€ . Ecrivain(s): Jacques Cantier Edition: Perrin


Historien de l’empire colonial sous Vichy et biographe de Jules Roy, J. Cantier nous propose une nouvelle vie de Drieu, à la suite des précieux ouvrages de M. Serra (Les frères séparés) et de J. Lecarme (Drieu la Rochelle ou le bal des maudits). Disons tout de suite que son livre ne dépasse pas le niveau d’une honnête compilation, scolaire à souhait. Ni biographie littéraire stricto sensu, ni synthèse innovante, l’essai manque d’envergure et se lit sans passion. Peu de sources inédites, peu d’archives, aucun témoignage neuf (ainsi la bouleversante correspondance entre Drieu et son amie de cœur Victoria Ocampo – quel gisement ! – semble n’avoir été que survolée ; idem pour le riche Textes politiques). Cantier repère chez Drieu, qu’il ne comprend pas en profondeur pour ne pas l’avoir assez relu, un désir ancien de distinction, une volonté de mener les hommes au combat. Il repère bien le nietzschéisme foncier de Drieu, préparé par la lecture d’éveilleurs anglo-saxons (Carlyle, Kipling, Whitman) et affermi par la fréquentation de Sorel comme de Proudhon, mais pour l’opposer, de manière manichéenne, à la posture de Mauriac. Un a priori moralisateur traverse le livre, où il joue son rôle d’obstacle épistémologique. Ainsi, l’évolution spirituelle de Drieu, marqué par la lecture de Guénon, n’est pas comprise. De même, ses théories politiques sont à peine ébauchées.

Pierre Drieu la Rochelle, Jacques Cantier

Ecrit par Frédéric Saenen , le Samedi, 11 Juin 2011. , dans Perrin, Les Livres, Critiques

Pierre Drieu la Rochelle, 320 p., 22 €. . Ecrivain(s): Jacques Cantier Edition: Perrin


Quelles images conservons-nous de Pierre Drieu la Rochelle aujourd’hui ? Celle du dandy qui pansa les plaies héritées de son expérience guerrière en se couvrant de femmes ; celle, surtout, de l’écrivain fasciste qui s’engagea sur les voies de la collaboration et se suicida pour échapper à ses épurateurs. La biographie que signe Jacques Cantier n’apporte pas à proprement parler d’éléments nouveaux à la connaissance du « feu follet » de la littérature française. Elle offre cependant une recontextualisation précise, accessible mais sans simplisme, de cette trajectoire hors du commun, ainsi qu’une synthèse qui fait ressortir, au-delà de la complexité confondante de Drieu, la permanence de sa pensée et de ses engagements.

Les maîtres mots de ce travail sont bien ceux de clarté et de neutralité. Dans une prose dénuée de toute affèterie – les biographes qui s’attaquent à de grands auteurs ont parfois la fâcheuse tendance de vouloir se faire styliste plus qu’à leur tour – Cantier explore dès les origines les ressorts d’une conscience torturée. Il dépeint le climat d’une enfance marquée par des pulsions autodestructrices, baignant dans un environnement parental tendu, voire violent, et revient sur les épisodes traumatiques que le romancier avait évoqués lui-même à la pointe sèche dans État civil.