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Editions Louise Bottu

 

Une expérience d’édition associative, le goût des mots… Des mots, pas forcément de la Littérature. Aimer ces matériaux bruts, malléables et concrets, que sont les mots, ne signifie pas aimer la Littérature, ce concept fourre-tout – sauf à la prendre au sens de Cicéron et de Tacite, l’ensemble des lettres servant à écrire constituées en alphabet.

Lorsqu’on regrette ses paroles, on en impute à tort la faute aux mots qui auraient dépassé la pensée. Des mots auxquels on prête une existence autonome. Dont il faudrait se méfier. Craindre plutôt que la pensée ne dépasse les mots. Que, boursouflées, les idées ne s’en détachent au point de les parasiter. De les vider.

C’est peu et c’est beaucoup, les mots ne peuvent que ça : tourner autour du réel. Comme on dit tourner autour du pot, mais avec la grâce. Plus ou moins de grâce. Là est tout leur charme. La vérité des mots c’est l’éternel détour. Et au détour d’un mot, Louise Bottu.

 

Partition, Louise Ramier (par Ahmed Slama)

Ecrit par Ahmed Slama , le Lundi, 08 Juillet 2019. , dans Editions Louise Bottu, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Partition, Louise Ramier, mars 2019, 130 pages, 14 € Edition: Editions Louise Bottu

 

Partition de Louise Ramier fait partie de ces textes que nous ne traversons pas mais qui nous traversent eux, opérant en nous, lecteurs, de ces sensations singulières, perdition des plus salutaires. Et tranche, ce Partition, avec ces temps littéraires où tout nous est, à nous lecteurs, mâché, prémâché, tout étant fait pour l’on soit, tous et toutes, confortablement installés dans nos pantoufles narratives.

Alors pas d’histoire ici, l’histoire telle que l’on se la figure. On le sait, Louise Ramier l’affirme, « le roman n’est qu’une blague délayée ». Loin de s’attacher à une narration quelconque, à une histoire prétexte, Partition déroule simplement « des mots de tous les jours éparpillés », disséqués, des mots encrassés – pour reprendre Mallarmé – « rien n’était clair, les mots eux-mêmes ». Mais il y a surtout cette composition des étonnantes, dans Partition, faites de ces portée 1 et portée 2 et qu’entrecoupent une succession d’intermezzos. Et c’est dans et par cette composition toute musicale que s’instaure ce que j’appellerai la ritournelle de la cuvette.

L’aide à l’emploi, Pierre Barrault (par Ahmed Slama)

Ecrit par Ahmed Slama , le Lundi, 01 Juillet 2019. , dans Editions Louise Bottu, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’aide à l’emploi, mars 2019, 154 pages, 14 € . Ecrivain(s): Pierre Barrault Edition: Editions Louise Bottu

 

Nouveau roman de Pierre Barrault, L’aide à l’emploi succède à l’excellent Clonck et ses dysfonctionnements – tous deux aux excellentes éditions Louise Bottu. On y retrouve, dans cet Aide à l’emploi, toujours cette écriture fine, sobre, nous l’avons déjà éprouvée au travers de Clonck tout construit autour de la figure du déplacement, celui des personnages et des objets ; mais ici, avec ce nouvel opus, c’est plutôt une histoire du mélange à laquelle on assiste.


L’art du mélange

Tout est mélange, tout se mélange, les gens, les sensations, les décors, la narration même ; la première personne alternant avec la troisième. Tout est fondu, ici, en un magma qui se déploie, et nous, comme Altralbur, ce personnage qui est officiellement en recherche d’emploi, ce personnage harcelé par son conseiller d’aide à l’emploi, comme lui nous sommes confondu(e)s par ce monde étrange, on le suit, confuses et confus, dans cet univers à la fois mélangé et strictement hiérarchisé.

Clonck et ses dysfonctionnements, Pierre Barrault (Par Ahmed Slama)

Ecrit par Ahmed Slama , le Lundi, 12 Novembre 2018. , dans Editions Louise Bottu, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Contes

Clonck et ses dysfonctionnements, mars 2018, 174 pages, 14 € . Ecrivain(s): Pierre Barrault Edition: Editions Louise Bottu


Qu’est-ce que Clonck ? Une contrée, bien étrange avec ça, que l’on parcourt et l’on découvre, parcelle par parcelle avec ces fragments qui se succèdent, les numéros dont ils sont affublés et qui rythment notre découverte de la ville. Numéros qui fonctionnent tel un chronomètre qui parfois s’emballe, les fragments s’étalent alors sur une ou deux pages et nous content la ville de Clonck, son atmosphère toute singulière, et que nous allons tenter, ici, non pas de percer, mais simplement de mettre à nu la brume qui l’entoure…


Du mouvant et du changeant :

Suites, Roman fleuve, Bruno Fern (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 07 Septembre 2018. , dans Editions Louise Bottu, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Suites, Roman fleuve, mai 2018, 162 pages, 14 € . Ecrivain(s): Bruno Fern Edition: Editions Louise Bottu

 

« Et c’est parti : à la guêtre comme à la grêle, à la guigne comme à la gloire, à la glu comme à la gagne, à l’agrippe comme à la garde, à la gale comme à la glaise, à la glace comme à la gerce, à l’aggrave comme à la grise et à la gueule comme à la gorge où il est pris ».

Suites s’ouvre sur un départ à la guerre, départ pour le front des bords de l’Adour, entre Gascogne et Pays Basque. Départ pour la canonnade – la respiration de l’océan (Cendrars) – la cendre, la boue, la peur, les rats et la pisse dans le falzar (rouge garance) et les copains plombés à 2-3 mètres, et en un rien de temps, il s’incorpore à la chair de poule & à canon. Il lance ses mots en basque, comme une pelote de cuir, pour se souvenir qu’il est encore vivant, ou qu’il est en colère, puis il revient au pays, mais il n’est plus le même, il ne chante plus pour ses espadrilles. Suites n’est pas un énième roman sur la Grande Guerre, mais tout autre chose, une esquisse, une fugue qui se joue de la géographie et de la langue qui virevolte comme La Nive à sa source, un cahier romanesque où l’on croise Apollinaire, autre trafiquant de mots et de résonnances, Cendrars, et l’Odyssée. Bruno Fern sait que la mémoire est fragile, qu’elle se dissout facilement et que pour la saisir, il faut la romancer, la transformer, la provoquer, la faire bondir, et la laisser s’envoler.

Rhapsodie curieuse (diospyros kaki), Alexander Dickow

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 12 Avril 2017. , dans Editions Louise Bottu, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Rhapsodie curieuse (diospyros kaki), janvier 2017, 64 page, 8 € . Ecrivain(s): Alexander Dickow Edition: Editions Louise Bottu

 

« Vers la fin novembre apparaît sur les étals un genre de tomate d’un orangé irritant et maladif, un orangé aux splendeurs fictives, aux fièvres acides. Le présentoir de ces fruits moulé comme un carton d’œufs empêche que des chairs ne s’entrechoquent ou s’éclatent ».

Rhapsodie curieuse est un livre de chants, de contes d’éclats, d’envolées, et de pirouettes dans et avec la langue. Au tout début était le kaki – un mot grec (diospyros), japonais (kaki), algonquin (piakimina) –, ce fruit rare qui se livre à nos yeux et à nos papilles vers la fin novembre, un fruit qui, comme l’auteur, en sait plus qu’il ne veut bien en montrer, et qui s’épanouit dans cette rhapsodie. Comme le petit livre d’Alexander Dickow, il faut ouvrir un kaki pour le voir, comme pour le croire d’ailleurs. L’écrivain, tel un rhapsode, porte sur la place littéraire ses contes – Vivaient en Chine un père avec un fils, Yang Wu et Yang Mo, apiculteurs l’un et l’autre… Dans un lointain tout au fond d’ici vivait un grand roi nommé Lev, généreux, sensible et tyrannique… – et notations, ses aventures où les phrases et les mots se décousent, se retournent, s’aiguisent, dans un livre singulier, qui comme le fruit dont il porte le nom, aiguise lui aussi l’appétit, avec une vive envie de langue et de langues.