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Editions Louise Bottu

 

Une expérience d’édition associative, le goût des mots… Des mots, pas forcément de la Littérature. Aimer ces matériaux bruts, malléables et concrets, que sont les mots, ne signifie pas aimer la Littérature, ce concept fourre-tout – sauf à la prendre au sens de Cicéron et de Tacite, l’ensemble des lettres servant à écrire constituées en alphabet.

Lorsqu’on regrette ses paroles, on en impute à tort la faute aux mots qui auraient dépassé la pensée. Des mots auxquels on prête une existence autonome. Dont il faudrait se méfier. Craindre plutôt que la pensée ne dépasse les mots. Que, boursouflées, les idées ne s’en détachent au point de les parasiter. De les vider.

C’est peu et c’est beaucoup, les mots ne peuvent que ça : tourner autour du réel. Comme on dit tourner autour du pot, mais avec la grâce. Plus ou moins de grâce. Là est tout leur charme. La vérité des mots c’est l’éternel détour. Et au détour d’un mot, Louise Bottu.

 

Ozu, Marc Pautrel

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 22 Août 2015. , dans Editions Louise Bottu, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Ozu, août 2015, 136 pages, 14 € . Ecrivain(s): Marc Pautrel Edition: Editions Louise Bottu

 

« Ozu aime lire, s’enivrer, dormir, prendre des bains, marcher, faire l’amour avec des geishas ou bien des amies chères, écrire, encore lire, filmer, capturer le mouvement de ses acteurs et ses actrices interprétant les dialogues, regarder les fleurs, regarder la mer qui ne change jamais, seul le ciel change qui fait changer la mer… »

Marc Pautrel aime écrire. Ecrire et lire, se confier à la musique d’une phrase, aux couleurs des mots qui la grisent, à cette suspension, cette retenue, cette façon tellement singulière d’écrire à hauteur d’homme, comme celle, tout aussi singulière, qu’avait Ozu de placer sa caméra à quatre-vingt centimètres du sol. L’un privilégie le plan fixe, les plans de coupes, ses comédiens regardent l’objectif pour vivre la scène, ils sourient, prennent le temps de parler et leurs regards transpercent l’objectif. L’autre écrit dans ce même saisissement, ce même silence, la phrase est toujours juste et courte, nette et précise, elle respire. Sa phrase est baignée de la saveur de la juste description – je vois donc j’écris. Elle ne cherche jamais l’effet majeur pour se concentrer sur l’art mineur. C’est alors, que le roman d’Ozu peut, comme les cerisiers, fleurir.

Dictionnaire de trois fois rien suivi d’un Dictionnaire de rien du tout, Marc-Emile Thinez

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 14 Mars 2015. , dans Editions Louise Bottu, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Revues

Dictionnaire de trois fois rien suivi d’un Dictionnaire de rien du tout, mars 2015, 70 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Marc-Emile Thinez Edition: Editions Louise Bottu

 

 

« Avaler v. tr. Avaler le français, le russe, l’anglais, avaler le chinois, avaler le basque et le volapuk, le bambara, avaler le sanskrit, l’occitan, avaler le tamoul, l’ukrainien, le finnois… voir vomissement. Tu as avalé ta langue ? demandait Jean quand par timidité je ne répondais pas, ou par entêtement ».

Après 140 au carré, Marc-Emile Thinez s’invite à nouveau dans la collection Contraintes des Editions Louise Bottu, et propose son petit dictionnaire, parce que le dictionnaire est le plus beau des livres (1) : Algèbre – contrainte en arabe –, à Zup – c’est la zone –, en passant par Ecriture – parole de nanti –, Histoire – Donner du sens au temps –, Musique – ne dit rien d’autre qu’elle-même – ou encore, Réforme – hantise des vaches et de certains veaux – mais aussi SOI-MEME – renforcement d’un soi qui en a bien besoin – ou VOILE – grille qui dissimule le visage, ou la réalité, selon le point de vue.

Vie des hauts plateaux, fiction assistée, Philippe Annocque

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 19 Décembre 2014. , dans Editions Louise Bottu, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Vie des hauts plateaux, fiction assistée, octobre 2014, 154 pages, 15 € . Ecrivain(s): Philippe Annocque Edition: Editions Louise Bottu

 

« Donc, si j’ai bien compris le programme, dans dix jours, je meurs ».

Le narrateur de cette fiction échevelée change de peau, de sexe et passe de vie à trépas avec une facilité déconcertante. Tout est follement sérieux et sérieusement décalé dans cette Vie des hauts plateaux. Chaque petite histoire tient dans un mouchoir de poche. Chaque courte excursion romanesque est comme la pièce d’un puzzle qui se suffit à elle-même, même si rien ne nous empêche de vouloir lui trouver sa place dans le tableau général et méticuleux de la fiction, car toutes se répondent et s’emboitent. Philippe Annocque fourmille d’idées et de projets pour ses personnages mouvants. Idées et projets qu’il prend à la lettre et met en œuvre en deux phrases trois mouvements. Pas étonnant que cette fiction assistée soit née sur son blog, au jour le jour. A chaque jour suffit son histoire, d’où quelle vienne, très conscient de n’être pas à moi seul l’auteur de mes livres (se croire complètement l’auteur n’est à mes yeux qu’une illusion)*. Il s’en joue et en joue, qu’il aille à la pêche, qu’il meure, qu’il se marie, ou qu’il fasse un enfant à sa nouvelle épouse. Tout n’est que jeu, jeu du réel et de l’absurde.

140 au carré, Marc-Emile Thinez

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 01 Novembre 2014. , dans Editions Louise Bottu, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

140 au carré, La Révolution en 140 tweets ou Les lendemains qui gazouillent, septembre 2014, 70 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Marc-Emile Thinez Edition: Editions Louise Bottu

 

« En retard pour l’école, Jean Thinez court de toutes ses jambes d’enfant. Allez Zátopek lui lance un voisin au passage. Jean Thinez accélère ».

« Tout dans la course est révolution, le circuit qui ramène invariablement au point de départ, les jambes et les pensées, tout tourne en rond ».

Après La Chanson du Mal-Aimant de Jean-Louis Bally (recensé ici même), les Editions Louise Bottu publient un nouvel opus sous Contraintes. La contrainte est ici un tweet, 140 signes et 140 tweets pour faire gazouiller les lendemains, qui on le sait ne chantent plus depuis bien longtemps. Marc-Emile Thinez a plus d’un tour dans les tweets qu’il attribue à Jean Thinez, son double romanesque, et sous ses chaussures de sport. S’il court ce n’est pas pour distancer le vieux monde, c’est pour forger son âme tout en musclant ses mollets et ses aphorismes, sans manquer entre deux accélérations d’en rire.

« La course est automatisme. Les jambes tournent, l’esprit vacant. Le sage, Montaigne et le champion le disent, lorsqu’on court on court ».

La Chanson du Mal-Aimant suivant Mai, Jean-Louis Bailly

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 24 Juin 2014. , dans Editions Louise Bottu, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

La Chanson du Mal-Aimant suivant Mai, mai 2014, 55 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Bailly Edition: Editions Louise Bottu

 

« Et je chantais cette romance / En 1903 sans savoir / Que mon amour à la semblance / du beau Phénix s’il meurt un soir / Au matin voit sa renaissance /

Voici la chanson qu’on chantait / L’an trois sans trop pouvoir savoir / Qu’amour pour moi avoisinait / Un piaf jamais mort mort un soir / Au clair matin toujours il naît / »

Jean-Louis Bailly qui ne manque pas de talent, fait sienne la saison de l’Oulipo et marche avec insouciance sur les pas ailés de Georges Pérec. Un pied dans La Disparition, l’autre dans La Chanson d’Apollinaire, pour un double plaisir, l’original et son double. Principe retenu celui du lipogramme, cet exercice de haute littérature consistant à priver un texte d’une lettre. Point de « e » dans ce Mal-Aimant, et mille mots qui sautent à la marelle tracée à la craie blanche par la main d’un garnement qui n’en est pas à un tour littéraire près. La privation décidée fait naître quelques réjouissantes apparitions littéraires, des mariages surprenants, comme celle de l’amour chez Apollinaire des envolées lyriques et tremblantes.