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Editions Zoe

Les Éditions Zoé sont créées en 1975 par Michèle Zurcher, Arlette Avidor, Sabina Engel et Marlyse Pietri à Carouge (canton de Genève). En 1982, Marlyse Pietri se retrouve seule et jusqu'en février 2011, les Éditions Zoé seront dirigées par elle. En 1982, les Éditions Zoé signent un contrat de diffusion en France avec Harmonia Mundi. Les Éditions Zoé font paraître des romans et des récits d’écrivains de Suisse romande, de France, de Suisse allemande, d’Afrique et d’Asie. Elles recherchent des auteurs qui révèlent une attitude radicale envers l’écriture et savent créer un univers littéraire. Elles ont aussi à leur catalogue des livres de poches et une collection de petits livres au format de cartes postales (79 titres pour connaître la littérature suisse).

Le Tapis de course, Michel Layaz

Ecrit par Olivier Bleuez , le Vendredi, 20 Septembre 2013. , dans Editions Zoe, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Le Tapis de course, 27 août 2013, 160 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Michel Layaz Edition: Editions Zoe

 

C’est toujours un étonnement de se trouver confronté à de la bonne littérature. Et c’est bien cela dont il s’agit ici : un livre qui malgré son apparente simplicité nous emmènera, grâce au talent de l’auteur, dans l’exploration de questions énormes de notre époque : le rapport au travail, à la famille, à l’amitié, au courage en situation de paix, à ce qu’est une vie maîtrisée… Quelque chose qui nous parlera plus que n’importe quelle généralité socio-économique. L’homme décrit dans Le tapis de course pourrait être rangé dans la catégorie des « cadres », vit en zone pavillonnaire assez proche d’une ville et semble contrôler tous les compartiments de sa vie. Jusqu’à l’évènement inattendu, un « pauvre type » a priori sans importance lancé par un jeune a priori insignifiant, mais qui va modifier l’ensemble d’un équilibre illusoire :

« On a beau être blindé, s’être construit des murailles de Chine, avoir l’habitude et la pratique des petites remises en question, de celles qui sont sans danger et sans conséquences, de celles qui donnent l’illusion de réfléchir à sa vie, de peser ses choix, on devine là qu’une brèche a été percée ».

Blaise Cendrars/Henry Miller (1934-1959)

Ecrit par Frédéric Aribit , le Mercredi, 29 Mai 2013. , dans Editions Zoe, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Correspondance

Blaise Cendrars, Henry Miller (1934-1959), Je travaille à pic pour descendre en profondeur, 2013, 346 pages, 27,50 € Edition: Editions Zoe

C’est le 14 décembre 1934 que Blaise Cendrars et Henry Miller se rencontrent, à Paris. Y en-a-t-il beaucoup dans une vie, des rencontres comme celles-là ? Blaise Cendrars, déjà auréolé d’une belle notoriété de poète, d’écrivain révolutionnaire et d’aventurier, vient de lire le Tropique du Cancer, premier roman enfin publié par cet inconnu de 44 ans, qui se décrit volontiers comme un « raté accompli », vivant sa vie de bohème parisienne au crochet des femmes de sa vie. Et Cendrars est enthousiaste. « Livre royal, atroce, exactement le genre de livres que j’aime le plus… ». En une soirée, en une nuit de discussion et d’échanges, le ton est donné. Jamais ils ne se départiront l’un de l’autre, même si leur relation connaîtra quelques éclipses durables.

Editer, ou rééditer aujourd’hui la correspondance de ces deux phénomènes de la littérature du XXe permet de mesurer l’intensité d’une amitié rare, et de lire comme le filigrane de deux œuvres parallèles, distinctes et similaires à la fois, engagées chacune dans le difficile processus de l’écriture de soi qu’on aime appeler désormais « autofiction ». Travail de recherches inabouties (les lettres disparues de Cendrars de 34 à 39), de classement et de croisements (les datations à l’anglaise ou à la française pouvant varier chez Miller), scrupuleux travail de fourmi pour donner à entendre quelque chose de cette admiration sans faille de Miller, et de cette liberté échevelée de Cendrars, probablement moins débordant dans l’éloge, moins ostensiblement « littéraire » dans l’exercice de la lettre privée.

Le thé des trois vieilles dames, Friedrich Glauser

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 28 Janvier 2013. , dans Editions Zoe, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Le thé des trois vieilles dames, octobre 2012, 256 pages . Ecrivain(s): Friedrich Glauser Edition: Editions Zoe

 

A Genève, dans les années vingt, un homme est retrouvé mort, Place du Molard, dans un parc public ; l’autopsie révèle qu’il a été empoisonné. A l’autre bout de la ville, le cadavre d’un pharmacien, trafiquant de drogue à ses heures perdues, est découvert. L’empoisonnement est diagnostiqué également. Un professeur, morphinomane, du nom de Louis Dominicé, les connaît tous les deux. Cet homme s’est occupé naguère de sciences occultes. Pour corser l’énigme il a été trouvé chez le pharmacien une description d’une recette de pommade de sorcières, ainsi qu’une médaille indiquant la présence à Genève d’une secte gnostique. L’un des personnages établit une liaison entre la secte et l’empoisonnement : « Les maladies mentales sont un empoisonnement doublé d’une possession. Telle est, vous le savez, la théorie du professeur. Eh bien, vous avez les poisons et vous avez la secte ».

On le voit, l’intrigue choisie par Friedrich Glauser emporte le lecteur vers des mondes divers : c’est l’occasion pour ce dernier, de décrire la Genève des années vingt, truffée d’espions de toutes nationalités. On y repère Natacha, jeune russe amoureuse de Wladimir Rosenstock, espion soviétique. Baranoff, membre de la troisième Internationale, est au service de la cause révolutionnaire bolchévique.

39 rue de Berne, Max Lobe

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 25 Janvier 2013. , dans Editions Zoe, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

39 rue de Berne, janvier 2013, 192 p. 18 € . Ecrivain(s): Max Lobe Edition: Editions Zoe

 

Genève, prison de Champ-Dollon, année 2012. Un jeune Camerounais, Dipita, seul, entre les quatre murs de sa cellule, contemple. Il pense, il réfléchit, il se remémore. Faiblesse, anéantissement et tristesse sont au rendez-vous. « Je me suis réveillé tôt-tôt ce matin, pour regarder le lever du soleil comme le faisait mon oncle des années auparavant. Je pleure comme mon oncle ne le voudrait pas. Contrairement à ce qu’il aurait souhaité, je suis devenu comme ça, comme ces Blancs-là dont il me parlait ».

Audience est donnée à ses souvenirs. Oppressants, crus, sans concession. Avant son incarcération à Champ-Dollon, une autre prison, celle d’une existence partagée avec sa mère, Mbila. Un trois pièces, au 39 rue de Berne, quartier des Pâquis. Les rêves de sa mère sont venus s’y échouer, elle avait seize ans. Un passeport falsifié, les dernières économies de son oncle, un réseau de passeurs, appelé les «Philanthropes-Bienfaiteurs» et le tour de passe-passe est joué : changement de continent, changement de pays, changement d’existence. Adieu les beignets de bananes, adieu la liberté, adieu les rêves et bonjour à une nouvelle vie, pitoyable et impitoyable, celle des clients sans nom, des instants à oublier, « vite-vite ». Les paroles rassurantes de Démoney, un peu son oncle, un peu son père, s’étaient envolées à son arrivée dans sa terre d’accueil :

Lettres de 1897 à 1949, Robert Walser

Ecrit par Olivier Bleuez , le Jeudi, 03 Janvier 2013. , dans Editions Zoe, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Correspondance

Lettres de 1897 à 1949, (lettres choisies et présentées par Marion Graf et Peter Utz) trad. Allemand Marion Graf. 28 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Editions Zoe

 

Robert Walser fait partie des écrivains qui ont, à un moment de leur vie, décidé de cesser de publier. Et ce que Robert Walser a publié avant 1933, date à laquelle il s’est à peu près retiré du monde littéraire, est simplement puissant. Romans, poèmes, feuilletons et surtout « proses courtes » avec ce mélange brillant d’originalité dans la langue et de naïveté qui se densifie subtilement, cristallise et donne une beauté extraordinaire. On en trouve de sublimes traces dans ces lettres ; par exemple dans la lettre 25, adressée au poète Christian Morgenstern :

« Comme si, lorsqu’on travaille, la vie et l’art ne se tenaient pas perfidement ensemble aux aguets, comme sur la pointe d’une aiguille ».

Un choix a été fait dans la correspondance disponible. Les six parties du livre résument géographiquement la vie de Robert Walser et chaque partie commence par un texte de Marion Graf permettant une compréhension détaillée des différentes lettres.