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J'ai fait l'amour avec la femme de Dieu, Serge Gonat

Ecrit par Patryck Froissart 10.01.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Québec, Récits, Roman, Myriapode

J’ai fait l’amour avec la femme de Dieu, octobre 2012, 204 p. 18 €

Ecrivain(s): Serge Gonat Edition: Myriapode

J'ai fait l'amour avec la femme de Dieu, Serge Gonat

 

 

Récit fantastique ? Ecriture poétique délirante ? Conte de la folie peu ordinaire ?

Il y a un peu de tout cela dans cette histoire déroutante.

Bernardo, pieux puceau, vit à Quérouville, une société hors du temps où les règles du Bien et du Mal sont édictées par le mystérieux chef spirituel manichéen de l’Armée De Salut, un certain Lazard, qui s’évertue à détourner ses ouailles du péché de luxure.

Le Mal, le sexe en l’occurrence, est incarné, clame ce saint homme, par Madame Gilbert, la tentatrice, qui, en incitant Bernardo à lui faire la lecture des Onze mille verges d’Apollinaire, œuvre indexée comme satanique par Monseigneur Lazard, a pour dessein de le dévoyer et de l’amener à perdre avec elle son pucelage et davantage.

Lisez-moi ceci, Bernardo. J’insiste. J’exige. Surtout pas de morale, de religion…

Le ton était ferme, le regard exprimait une détermination sans faille ni borne.

« Les Onze mille verges ! Madre de Dios ! Este un livro por los diablos ! » monologua-t-il.


Le combat s’engage entre les deux forces, qui tiraillent chacune vers soi le pauvre Bernardo à qui mieux-mieux.

Bernardo confesse ses séances avec la diablesse à un sbire de Lazard chargé de veiller sur lui en guise d’ange gardien, un certain Léo, un sourd-muet qui, « parlant » par le canal du souffle de sa bouche où il mâchonne à longueur de jour une herbe magique, exprime en catéchumène sa réprobation et fait la leçon à l’adolescent pour tenter de le ramener sur la voie de l’abstinence.

Bernardo succombera-t-il aux charmes de la succube au détriment de sa pureté angélique initiale ? Une première partie du roman est fondée sur ce douloureux dilemme :

« Persévérez ! Vous irez au septième ciel et vous renaîtrez de moi […] », lui promettait-elle.

Pendant ce temps, autour de lui, des voix, dont celles de Lazard et de Yago s’élevaient. Elles l’expédiaient en enfer…

L’intrigue est simple, le schéma narratif n’est pas nouveau, la thématique est universelle.

Toutefois ce livre est singulier. L’écriture, souvent poétique, en est, ici et là, débridée, fantasque, voire complètement folle. L’imaginaire s’emballe, le héros, à partir du moment où il tombe dans le piège que lui tend Madame Gilbert, ne fait pas que la pénétrer… au sens commun de l’acte. Il ne peut plus se détacher d’elle, il s’introduit en elle, progressivement et, paradoxe, régressivement, jusqu’à ce que s’opère une étrange symbiose à l’issue de quoi Bernardo se recrée, littéralement, sous la forme d’un spermatozoïde qui doit lutter au sein d’une multitude de « congénères » pour la conquête du Graal que représente l’ovule à féconder.

« Mon corps est un amas d’aventures à découvrir », confessait la dame.

Tout au long de ce voyage à rebours, Bernardo revit, « revoit » les phases successives de la conception de son propre être jusqu’à son expulsion sanguinolente de la matrice originelle. La récréation avec la divine pécheresse devient à proprement parler une re-création.

Mme Gilbert est à la fois la femme et la rivale de Dieu. Mais elle lui est supérieure. Pendant que Dieu-Lazard parle, moralise, théorise, légifère, sa Femme crée, enfante, produit, génère.

Ce livre doit se lire comme un hymne à la Femme, à la déesse mère de nos mythes antiques, à Astarté et à ses innombrables avatars…

 

Patryck Froissart


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A propos de l'écrivain

Serge Gonat

 

Serge Gonnat vit à Montréal où il enseigne les Lettres. Animé d’un esprit nomade, il se définit comme un étranger en soi, chez lui et ailleurs. Cela lui vaut d’avoir un regard toujours neuf sur lui-même, sur les autres et sur le monde qui l’entoure. J’ai fait l’amour avec la femme de Dieu est son premier roman.

 

A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littératures française, indienne, arabe, africaine, créole, étrangère en général

Genres : romans, poésie, éssais

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Zulma, Actes Sud, JC Lattès

 

Patryck Froissart, originaire du Borinage, à la frontière franco-belge, a enseigné dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l'Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur de l'Education Nationale puis proviseur, et de diriger à ce titre divers établissements à La Réunion et à Maurice.

Professeur de Lettres, il a publié: en 2011 La Mise à Nu, un roman (Mon Petit Editeur); en 2012, La Mystification, un conte fantastique (Mon Petit Editeur); en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ipagination Editions) pour lequel lui a été décerné le Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Editions iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Editions iPagination).

Il est co-auteur de Fantômes (2012) et de La dernière vague (2012), ouvrages publiés par Ipagination Editions.

Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix.

Actuellement conseiller en poésie et directeur de publication pour les Editions Ipagination, rédacteur de chroniques littéraires, Patryck Froissart est engagé dans diverses actions en faveur de la Francophonie.

Membre de la SGDL (Société des Gens de Lettres), et de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France), Patryck Froissart est également membre du jury du Prix Jean Fanchette, que préside JMG Le Clézio.