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Je vais, je vis, Hubert Lucot

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mardi, 19 Novembre 2013. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Je vais, je vis, octobre 2013, 672 pages, 25 € . Ecrivain(s): Hubert Lucot Edition: P.O.L

 

Bien sûr quand on écrit on peut toujours affirmer : « C’est trop tôt, c’est trop tard ». Mais pour le lecteur, il n’est jamais trop tard pour voyager dans les mots de l’autre.

Ceux qui l’aiment monteront dans ce train, un train qui vous emportera, vous lecteurs, dans un long trajet de plus de deux ans et de plus de six cents pages. Vous accepterez de suivre Hubert Lucot dans une pérégrination consignée dans un journal de voyage qu’il a intitulé Je vis, je vais qui est une reprise d’une phrase prononcée par sa femme. En fait, l’auteur fait dans ce volume le récit de la maladie et de la mort de celle-ci qui survient alors qu’elle a soixante-quinze ans et lui soixante-seize. Il l’appelle A.M. (que l’on peut entendre comme « Amour et Mort ») et lui, se nomme H.L. Parfois leurs deux noms sont accolés comme s’ils ne formaient plus qu’un bloc, un « Nous » indissociable qui scande une longue vie d’amour. Parfois, ils se découpleront. Il déroulera cet épisode de son existence comme une pelote, narrée jour après jour ou presque, heure après heure ou presque, dans une écriture qui vous surprendra, qui vous dérangera, qui vous troublera mais qui finira par vous conquérir et vous enthousiasmer.

Décembre m’a ciguë, Edith Azam

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 19 Octobre 2013. , dans P.O.L, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Décembre m’a ciguë, janvier 2013, 183 pages, 16 € . Ecrivain(s): Edith Azam Edition: P.O.L

 

Edith Azam narre, en Décembre m’a ciguë, en un récit brusqué dans sa syntaxe, au moyen notamment des « : », l’inimaginable.

Et pourtant advenu. Comme de cauchemar mais un cauchemar si fort qu’il n’y aura jamais aucune réalité pour le cacher. Un cauchemar si fort qu’il s’impose comme seule réalité. Et qu’il dit à tous, ce cauchemar, à chacun dans soi, et qu’il dit à chaque moment, à chaque perte : « je suis la réalité ».

L’inimaginable ? La mort d’un être cher.

Si cher, dans le cas de Décembre m’a ciguë : la grand-mère, par quoi arrive le bonheur. « C’est quoi le bonheur ? », s’interroge l’auteure. « Se lever quand la lumière sonne, le thé vert ou fumé, les perce-neige derrière la fenêtre et puis… et puis dire ton nom ».

J'aime, Nane Beauregard et La Manouba, Solange Mézan

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 11 Juillet 2013. , dans P.O.L, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Editions Léo Scheer

J’aime, Nane Beauregard, Editions POL, 2006, 93 pages, 9 € La Manouba, Solange Mézan, Editions Léo Scheer, 2011, 75 pages, 16 € . Ecrivain(s): Nane Beauregard Edition: P.O.L

 

 

Une psychanalyse sans coulpe.

J’aime de Nane Beauregard est un bloc sans vide, plein d’amour. Dans le bloc, résistant à toute entropie, circule le fluide vital au milieu de deux êtres : l’auteur(e) et son objet-sujet, Un livre, un hymne, un grand poème. Un texte n’est pas choisi par POL ou Léo Scheer par hasard : il lui faut beaucoup de singularité, et de singularités. Original à force d’être banal : la ligne voulue par Beckett n’est pas seulement inscrite en filigrane, elle est ici une force de création et d’expression.

Un bloc et un seul point. Un point, et « ce n’est pas tout », ne clôt rien, il ouvre. Un point final n’a pas de fin, pas de but. A quoi bon faire le point ? Dérèglement de tous les sens ? Time is out of joint : le temps est sorti de ses gonds. Le temps de la vie est un entre-temps. S’y plonger.

Maudit soit Dostoïevski, Atiq Rahimi

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 11 Janvier 2013. , dans P.O.L, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Maudit soit Dostoïevski, mars 2011, 320 p. 19,80 € . Ecrivain(s): Atiq Rahimi Edition: P.O.L

Un « Crime et châtiment » afghan

 

Dans Maudit soit Dostoïevski, Crime et châtiment bouleverse la vie d’un meurtrier afghan qui, dans sa ville déchirée par les luttes fratricides, tente d’appliquer la philosophie de Dostoïevski. Face au chaos de la guerre, le vrai crime de ce jeune intellectuel c’est la lecture et non le meurtre.

Maudit soit Dostoïevski est l’histoire d’un crime commis dans les années 1990 par un jeune homme afghan, à Kaboul où la vie est déchiquetée par les luttes fratricides après avoir été libérée des mains soviétiques. Le jour où ce jeune tue la vieille usurière Nana Alia chez qui travaille sa fiancée Souphia, Crime et châtiment le foudroie et l’empêche d’aller jusqu’au bout de son forfait. Le crime s’avère donc raté et pousse le meurtrier à s’identifier à Raskolnikov, héros de Crime et châtiment qui est lui aussi le meurtrier d’une vieille femme. Personnage central du roman, le jeune afghan a découvert l’œuvre de Dostoïevski en URSS où il était resté de 1986 à 1989 pour suivre des études. Gagné longtemps par l’aphonie, il prend conscience de l’absurdité et de la vanité de son crime et sombre notamment dans un abîme de culpabilité et de remords. Dans le dessein d’être jugé, il se livre ainsi de son propre chef à la justice pour donner un sens à son crime ; pour que sa souffrance prenne fin, et pour que son châtiment soit une leçon pour tous les criminels.

Ce qu'aimer veut dire, Mathieu Lindon

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 19 Avril 2011. , dans P.O.L, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie

Ce qu'aimer veut dire. 2011, 310 p. 18 € . Ecrivain(s): Mathieu Lindon Edition: P.O.L

Qui aime bien châtie bien. Et Beckett et Barthes en prennent un peu tout de même pour leur grade posthume dans le dernier Mathieu Lindon, comme on dit chez les fans. Rendez-vous p 241 pour Roland et rendez-vous p 271 pour Sam. Ne citons pas pour ne pas extraire les piques de leur contexte qui existe aussi pour laisser passer les traits.

Ceci n'est pas un Foucault. Plutôt un pied de nez aux moralistes. Si ce récit est un roman, vérité romanesque, le héros n'est Michel Foucault que pour la cause et le personnage principal s'appelle Matthieu Lindon. Un bel hommage à des modes de vie. Car il y a plusieurs façons d'aborder un livre de ML. On peut y voir la mise en scène d'un anticonformisme ; mais cela suppose un conformisme qui serait la norme : fausse route, même si le chemin est toujours possible. On peut le prendre du dedans, avec le parti pris d'une certaine marginalité, convenue ou pas, drogue et homo-mode-de-vie devenant les paramètres d'une identité revendiquée, pause d'un devenir soi-même. On peut encore lire ML par le milieu, singularité oblique – genre – qui oblige au respect. C'est cette ligne, plutôt que cette direction, qui dessine la réception d'une œuvre à reconnaître une liberté assumée, mode d'existence. Pousser la subjectivité à un point tel qu'elle devient objective, écrit quelque part Michel Leiris. Ici vie et œuvre, œuvre et vie, ne font qu'un. P.O.L, qui œuvre pour ses auteurs, l'a bien senti.