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L’Homme des bois, Pierric Bailly

Ecrit par Lionel Bedin 09.02.18 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, P.O.L

L’Homme des bois, février 2017, 160 pages, 10 €

Ecrivain(s): Pierric Bailly Edition: P.O.L

L’Homme des bois, Pierric Bailly

 

L’histoire est très simple : « le corps d’un homme retrouvé au pied d’une falaise », titre le journal local, avec une affiche bien en vue sur un chevalet devant le marchand de journaux. L’homme est le père de l’auteur. Il va raconter les quelques jours au cours desquels il va s’occuper des obsèques, avec quelques retours en arrière pour faire le portrait du père, de la famille, d’une génération, d’un lieu. Il va se raconter, à travers ses actions, ses rencontres avec celles et ceux que l’on croise habituellement lors des enterrements, la famille, les amis, les vieilles connaissances, les curieux… et livrer ses sentiments face à la mort brutale de ce père, peut-être pas accidentelle, un doute qui donne un côté un peu mystérieux au récit.

L’auteur fait le portrait de son père. Un homme simple, droit, sociable, qui aimait aider, partager. Un homme à la trajectoire modeste mais à l’engagement concret. C’est aussi le portrait d’une génération, celle des babas cool, des militants, des travailleurs associatifs, des écologistes, de ceux qui aiment les chansonniers, l’anarchisme, la non-violence, et qui se sont rencontrés sur le plateau du Larzac.

C’est également le portrait d’une région et de la ruralité. Ici c’est le Jura, du côté de Lons-le-Saulnier, avec ses vallons, ses petites routes, ses falaises dangereuses, ses pentes glissantes, et l’œuvre des hommes qui modifient les paysages, volontairement ou non, quand une ligne de chemin de fer et des tunnels ne servent plus. Ici c’est la campagne, avec ses belles traditions. Avec ses clichés, aussi. Les questions que posent les gens, la famille, les amis, les problèmes, les façons de voir les choses ne sont pas celles de l’homme des villes. Des actes et des paroles parfois cocasses, parfois pleins de bon sens, souvent en décalage avec ce que pense l’auteur.

Ce livre pourtant court traite de plusieurs sujets mais au fond avec un thème unique : le temps. Le temps qui passe. Le temps d’une vie, celle du père, qui meurt jeune, à quelques mois de la retraite. Le temps des relations familiales, la relation de l’auteur avec son père, avec ses proches. Le temps qui passe, dans les campagnes. Et l’acceptation de ce qui est inéluctable.

« Malgré la teneur romanesque des événements, ils n’appartiennent pas au domaine de la fiction mais bel et bien à celui de la réalité », écrit Pierric Bailly à la fin de ce récit. On ne lira donc pas un roman, mais un récit intimiste, fin, sensible, navigant entre présent et passé, traité malgré tout de façon romanesque puisque les faits pourraient l’être, avec une écriture limpide et quelques traits d’humour, des oppositions et des télescopages qui font inévitablement sourire malgré le fond de l’histoire.

 

Lionel Bedin

 


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A propos de l'écrivain

Pierric Bailly

 

Pierric Bailly, né en 1982 dans le Jura, est l’auteur de plusieurs romans, tous parus aux éditions P.O.L.

 

A propos du rédacteur

Lionel Bedin

 

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Lionel Bedin est né en 1954 à Sancerre, il vit aujourd'hui à Annecy (Haute-Savoie). Il aime la nature, la musique - toutes les musiques, et la littérature. Toutes les littératures. Avec  une préférence pour la « littérature de voyage ».

En 2009 il fonde l’association La Route Bleue (www.laroutebleue.net) pour la promotion de la littérature de voyage et des écrivains voyageurs. L’association a emprunté son titre et cette citation à un récit de Kenneth White, son parrain.

Enfin, et toujours pour « dire et voir le monde », il crée en février 2010 une maison d’édition (www.livresdumonde.net ) pour publier les Bouvier, Maillart et Cendrars d’aujourd’hui et de demain…

Il est l’auteur d’un livre de chroniques « Un livre dans le sac à dos – 70 livres pour voyager » et coauteur d’une biographie consacrée à Sylvain Tesson.

Il partage sa passion pour la littérature de voyage – important : dans « littérature de voyage » il y a le mot « littérature » – en publiant des chroniques sur son blog et dans notre magazine.