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Le Livre de Poche

Le Livre de poche (parfois abrégé LDP) est, à l'origine, le nom d'une collection littéraire apparue le 9 février 1953 sous l'impulsion d'Henri Filipacchiet éditée par la Librairie générale française, filiale d'Hachette depuis 1954.


Le joueur d'échecs, Stefan Zweig

Ecrit par David Campisi , le Lundi, 30 Septembre 2013. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman

Le Joueur d’échecs, 2013, 125 pages, 3,50 € . Ecrivain(s): Stefan Zweig Edition: Le Livre de Poche

 

Le champion du monde d’échecs est là. Sur le paquebot au départ de New-York en direction de Buenos-Aires. Il marche avec désinvolture, certains le reconnaissent, beaucoup l’ignorent. Son aura, toutefois, est partout. Sa présence se ressent comme un fardeau. Son jeu est comparé à ceux des boxeurs : il recule, avance, se prépare, envoie des coups, en reçoit. Son jeu est une guerre, un combat qu’il ne perd pas.

Mirko Czentovic est le numéro un. Le joueur d’échecs, c’est d’abord lui, le grand taiseux, étrange gaillard au regard perçant. C’est avant tout son histoire à lui que nous découvrons : comment, parce qu’il était différent, il attirait l’attention autour de lui lorsqu’il était petit. Trop idiot pour être comme les autres, trop intelligent aussi. Sa propension pour les chiffres, les schémas mentaux. Bientôt, on lui découvre un talent hors-normes. On l’essaie aux échecs. On lui laisse une chance et c’est le monde qu’il dévore avec son regard un peu vide. On se moque de lui, il se moque du monde.

Le Juif Süss, Lion Feuchtwanger

Ecrit par Frédéric Saenen , le Lundi, 15 Juillet 2013. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman

Le Juif Süss, Le Livre de Poche, Biblio roman n°32053, 697 pp., 8 €. . Ecrivain(s): Lion Feuchtwanger Edition: Le Livre de Poche

Si on lance une recherche à la mention « Le Juif Süss » sur Google, il faut attendre pas moins de quatre-vingt références avant de tomber sur une maigre notice Wikipédia consacrée au roman que Lion Feuchtwanger publia sous ce titre en 1925. À croire que l’autodafé des nazis à l’encontre de ce chef-d’œuvre se poursuit par malentendu interposé, dans  la mesure où l’unique information qui focalise l’attention à son sujet, c’est le film de propagande, supervisé par Goebbels, qu’en tira le réalisateur Veit Harlan en 1940. Or, voici qu’en décembre dernier reparaissait, dans sa version intégrale, ce texte superbe qu’il n’y a plus désormais aucune excuse à ignorer.

« Version intégrale », la chose mérite d’être soulignée. En effet, les rares à s’être plongés dans la précédente traduction française, due à Maurice Rémon, n’eurent accès qu’au pâle reflet des sept cents pages originales ; à un ersatz, amputé de maints passages et rendu par une langue autrement surveillée. La présente mouture se base sur l’édition Aufbau-Verlag de 1959 et, en la matière, la belle ouvrage de Serge Niémetz est à saluer sans réserve, car il aura su restituer à la prose de Feuchtwanger son ampleur, sa souplesse, sa richesse lexicale et expressive, bref son énergie. Du noir et blanc manichéen du film antisémite qui en fut tiré, la palette se rehausse pour le coup de toutes les nuances du fresquiste hors pair qu’était le romancier.

La petite cloche au son grêle, Paul Vacca

Ecrit par Laurence Biava , le Vendredi, 31 Mai 2013. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman

La petite cloche au son grêle, mai 2013, 6,10 € . Ecrivain(s): Paul Vacca Edition: Le Livre de Poche

 

Un roman d’amours et point de hasards

Le premier roman de Paul Vacca paraît en livre de poche l’année du centenaire de la publication d’Un amour de Swann, le premier tome d’A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature française. Forcément, ce n’est pas un hasard.

La petite cloche au son grêle raconte la très belle histoire humaine et littéraire d’un garçon de 13 ans qui découvre Un amour de Swann par la grâce de l’amour, de tous les amours : le narrateur, cet adolescent, s’est emparé d’un livre abandonné par la femme de ses rêves Sandra Maréchal, alors qu’il se promenait dans une serre aux fleurs avec sa mère. Ce garçon déteste le français, en particulier à cause de son professeur qui le toise et le diminue. Avec sa mère, avec qui il entretient une grande complicité et qui rêve de le voir devenir écrivain, il va se mettre à lire Du Côté de Chez Swann, et adorer. Ce sont cinq parties enchanteresses et délicatement ourlées pendant lesquelles Proust et ses personnages jouent leur partition et s’invitent dans le Nord de la France, dans le bar de Paola et Aldo, les parents de l’adolescent.

La première et la dernière liberté, Krishnamurti

Ecrit par Alexandre Muller , le Mardi, 02 Avril 2013. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Asie

La première et dernière liberté, trad. Carlos Suares, préface d’Aldous Huxley, 317 p. 6,10 € . Ecrivain(s): Krishnamurti Edition: Le Livre de Poche

Né en Inde, Krishnamurti passa une partie de son adolescence en étude dans une société théosophique. Repéré par l’un de ses membres, Charles Webster Leadbeater, et adopté par une autre, Annie Besant, la destinée de Krishnamurti était d’être sur terre le « Lord Maitreya » que les théosophes attendaient.

À l’été 1922, il semble que Krishnamurti vécut une expérience « transformatrice » qualifiée par lui-même d’éveil spirituel.

En août 1929, Krishnamurti décida de dissoudre l’organisation mondiale, établie pour le soutenir et qui avait été appelée « l’Ordre de l’Étoile du Matin », déclarant à cette occasion : « La Vérité est un pays sans chemins, que l’on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu’elle soit : aucune religion, aucune secte ».

Ayant rompu avec sa destinée, Krishnamurti se consacra alors à voyager à travers le monde pour exposer ses idées. De conférences en conférences, il passionna par sa pensée les foules d’auditeurs. Bien qu’il ne se considérait ni comme un philosophe, ni comme un guide, sa parole était vénérée et rarement contestée. Une contradiction pour celui qui s’opposait virulemment contre les sectes et les religions. Celui qui se moque des penseurs et de ceux qui les écoutent.

L'interrogatoire, Jacques Chessex (2ème recension)

Ecrit par Arnaud Genon , le Mercredi, 06 Février 2013. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie

L’Interrogatoire, 144 pages, 5,60 € février 2013 (Poche) . Ecrivain(s): Jacques Chessex Edition: Le Livre de Poche

Chessex vu par lui-même

 

Jacques Chessex pressentait peut-être la mort à venir en se livrant à cet examen de conscience qu’est L’Interrogatoire, texte posthume publié deux ans après la disparition de l’écrivain suisse, suite à un malaise cardiaque, et que Le Livre de Poche réédite aujourd’hui.

Chessex y entame un dialogue avec lui-même ou plutôt, avec l’Autre qui parle en lui et qui l’amène à se dire, à tout dire dans une sorte de maïeutique autobiographique dénuée de toute complaisance et de tout narcissisme.

L’auteur, à travers la trentaine d’entrées de cet interrogatoire, dresse un autoportrait où le plus intime – la sexualité, tradition toute rousseauiste – côtoie les réflexions sur l’écriture, sur la relation à Dieu, à la religion, à la mort. Ici la parole semble libérée et l’interrogateur « inquisiteur », cette voix intérieure qui le « traque », n’a pas vraiment à lever le ton pour que la plume glisse sur le papier. Les aveux faits ne sont pas arrachés, ils sont donnés, comme offerts au lecteur, avant qu’il ne soit trop tard… D’ailleurs, Chessex le note lui-même : « je me suis mis à aimer cette épreuve sans trêve. Le questionnement qui fouille mon âme, mon esprit, mon corps bientôt réduit en cendres »…