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Le Livre de Poche

Le Livre de poche (parfois abrégé LDP) est, à l'origine, le nom d'une collection littéraire apparue le 9 février 1953 sous l'impulsion d'Henri Filipacchiet éditée par la Librairie générale française, filiale d'Hachette depuis 1954.


Le Juif Süss, Lion Feuchtwanger

Ecrit par Frédéric Saenen , le Lundi, 15 Juillet 2013. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman

Le Juif Süss, Le Livre de Poche, Biblio roman n°32053, 697 pp., 8 €. . Ecrivain(s): Lion Feuchtwanger Edition: Le Livre de Poche

Si on lance une recherche à la mention « Le Juif Süss » sur Google, il faut attendre pas moins de quatre-vingt références avant de tomber sur une maigre notice Wikipédia consacrée au roman que Lion Feuchtwanger publia sous ce titre en 1925. À croire que l’autodafé des nazis à l’encontre de ce chef-d’œuvre se poursuit par malentendu interposé, dans  la mesure où l’unique information qui focalise l’attention à son sujet, c’est le film de propagande, supervisé par Goebbels, qu’en tira le réalisateur Veit Harlan en 1940. Or, voici qu’en décembre dernier reparaissait, dans sa version intégrale, ce texte superbe qu’il n’y a plus désormais aucune excuse à ignorer.

« Version intégrale », la chose mérite d’être soulignée. En effet, les rares à s’être plongés dans la précédente traduction française, due à Maurice Rémon, n’eurent accès qu’au pâle reflet des sept cents pages originales ; à un ersatz, amputé de maints passages et rendu par une langue autrement surveillée. La présente mouture se base sur l’édition Aufbau-Verlag de 1959 et, en la matière, la belle ouvrage de Serge Niémetz est à saluer sans réserve, car il aura su restituer à la prose de Feuchtwanger son ampleur, sa souplesse, sa richesse lexicale et expressive, bref son énergie. Du noir et blanc manichéen du film antisémite qui en fut tiré, la palette se rehausse pour le coup de toutes les nuances du fresquiste hors pair qu’était le romancier.

La première et la dernière liberté, Krishnamurti

Ecrit par Alexandre Muller , le Mardi, 02 Avril 2013. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Asie

La première et dernière liberté, trad. Carlos Suares, préface d’Aldous Huxley, 317 p. 6,10 € . Ecrivain(s): Krishnamurti Edition: Le Livre de Poche

Né en Inde, Krishnamurti passa une partie de son adolescence en étude dans une société théosophique. Repéré par l’un de ses membres, Charles Webster Leadbeater, et adopté par une autre, Annie Besant, la destinée de Krishnamurti était d’être sur terre le « Lord Maitreya » que les théosophes attendaient.

À l’été 1922, il semble que Krishnamurti vécut une expérience « transformatrice » qualifiée par lui-même d’éveil spirituel.

En août 1929, Krishnamurti décida de dissoudre l’organisation mondiale, établie pour le soutenir et qui avait été appelée « l’Ordre de l’Étoile du Matin », déclarant à cette occasion : « La Vérité est un pays sans chemins, que l’on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu’elle soit : aucune religion, aucune secte ».

Ayant rompu avec sa destinée, Krishnamurti se consacra alors à voyager à travers le monde pour exposer ses idées. De conférences en conférences, il passionna par sa pensée les foules d’auditeurs. Bien qu’il ne se considérait ni comme un philosophe, ni comme un guide, sa parole était vénérée et rarement contestée. Une contradiction pour celui qui s’opposait virulemment contre les sectes et les religions. Celui qui se moque des penseurs et de ceux qui les écoutent.

L'interrogatoire, Jacques Chessex (2ème recension)

Ecrit par Arnaud Genon , le Mercredi, 06 Février 2013. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie

L’Interrogatoire, 144 pages, 5,60 € février 2013 (Poche) . Ecrivain(s): Jacques Chessex Edition: Le Livre de Poche

Chessex vu par lui-même

 

Jacques Chessex pressentait peut-être la mort à venir en se livrant à cet examen de conscience qu’est L’Interrogatoire, texte posthume publié deux ans après la disparition de l’écrivain suisse, suite à un malaise cardiaque, et que Le Livre de Poche réédite aujourd’hui.

Chessex y entame un dialogue avec lui-même ou plutôt, avec l’Autre qui parle en lui et qui l’amène à se dire, à tout dire dans une sorte de maïeutique autobiographique dénuée de toute complaisance et de tout narcissisme.

L’auteur, à travers la trentaine d’entrées de cet interrogatoire, dresse un autoportrait où le plus intime – la sexualité, tradition toute rousseauiste – côtoie les réflexions sur l’écriture, sur la relation à Dieu, à la religion, à la mort. Ici la parole semble libérée et l’interrogateur « inquisiteur », cette voix intérieure qui le « traque », n’a pas vraiment à lever le ton pour que la plume glisse sur le papier. Les aveux faits ne sont pas arrachés, ils sont donnés, comme offerts au lecteur, avant qu’il ne soit trop tard… D’ailleurs, Chessex le note lui-même : « je me suis mis à aimer cette épreuve sans trêve. Le questionnement qui fouille mon âme, mon esprit, mon corps bientôt réduit en cendres »…

Le Diable en France, Lion Feuchtwanger

Ecrit par Arnaud Genon , le Mercredi, 16 Janvier 2013. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Récits

Le Diable en France, Préface Alexandre Adler, Trad. Allemand Jean-Claude Capele. 2012, 360 p. 6,60 € . Ecrivain(s): Lion Feuchtwanger Edition: Le Livre de Poche

 

La France en eaux troubles

 

« L’Histoire consiste à donner un sens à l’absurde » lit-on dans les premières pages du Diable en France, autobiographie rédigée par celui qui fut, de son temps, un des écrivains allemands les plus lus. Ce qui lui arriva à lui et à beaucoup d’autres, reste, il est vrai, incompréhensible même si les historiens nous expliquent l’enchaînement des causes et des effets.

C’est au début des années 40, après avoir échappé à l’incarcération avec d’autres artistes juifs allemands ou autrichiens en exil et être arrivé aux Etats-Unis, qu’il commence cette entreprise testimoniale. Dès ses propos liminaires, il remarque qu’il aurait pu écrire un livre qui aurait expliqué les raisons de ce qu’il nomme les « petites péripéties de [s]a vie personnelle » : « Moi-même, je pourrais écrire un livre sur ce sujet et exposer avec une logique implacable les tenants et les aboutissants de cette situation. Mais au tréfonds de moi-même, je sais que je ne connais pas la moindre cause de cette confusion barbare dans laquelle nous nous débattons tous aujourd’hui ».

Un matin pour la vie et autres musiques de scène, Françoise Sagan

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 07 Janvier 2013. , dans Le Livre de Poche, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles

Un matin pour la vie et autres musiques de scène, 2012, 240 p. 6,10 € . Ecrivain(s): Françoise Sagan Edition: Le Livre de Poche

Sagan donne de ses nouvelles

Françoise Sagan écrivait des textes courts. On le lui reprocha. Ses romans, souvent brefs, étaient soi-disant bâclés. Elle aurait pu approfondir la psychologie des personnages, creuser certaines situations, décrire plus longuement, disaient les critiques… Elle prouva avec La Femme fardée (1981) qu’elle était capable d’écrire ce long roman qu’ils attendaient.

Aujourd’hui, on apprécie à juste titre son art de la concision, de l’ellipse, cette fausse légèreté, cette façon d’effleurer, parfois, un sentiment, une impression, cet art de la touche qui prend la forme d’un adjectif bien senti. C’est là un de ses talents reconnus. Dire en peu de mots. Laisser parler les silences. Permettre au lecteur d’investir ses textes.

La preuve en est avec ce recueil, Un matin pour la vie et autres musiques de scènes qui reprend les treize nouvelles initialement publiées en 1981 auxquelles s’ajoutent quatre inédites en volume, parues dans des magazines (Elle, VSD, Playboy et La Revue de Paris) entre 1955 et 1985. L’art de la nouvelle, c’est celui de la concision, du choix restreint de personnages qui doivent rapidement acquérir une épaisseur suffisante, c’est l’esquisse d’un cadre, c’est la maîtrise de la chute… Autant d’éléments présents dans les romans de Sagan. Et déjà présents dans les romans, ils ne peuvent qu’être décuplés dans ses nouvelles.