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Amérique Latine

Scipion, Pablo Casacuberta (2ème article)

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Jeudi, 21 Mai 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Scipion, janvier 2015, traduit de l’espagnol (Uruguay) par François Gaudry, 264 pages, 18 € . Ecrivain(s): Pablo Casacuberta Edition: Métailié

 

« Ce… tableau qui à première vue est si…

noir et blanc comporte aussi des parties grises comme dans tout paysage ».

 

L’écriture de Pablo Casacuberta dans Scipion bouscule les frontières littéraires par son langage cinglant tinté d’une amertume lucide, un dialogue mental que l’on aurait avec sa conscience et qui dissèque l’état paranoïaque de l’âme avec une autodérision jubilatoire envers le monde qui nous environne. Il faut dire que, peu à peu, la cartographie de l’intime va croiser dans le livre les contours d’une vérité machiavélique, sous couvert d’un roman psychologique qui laisse petit à petit place à l’explosion d’un cerveau : celui du narrateur, de ses représentations sociales binaires, dogmatiques où se trouve le cœur d’une géode en abyme, remplie d’ombres, d’images envoûtantes, d’un père vénéré, omniprésent, étouffant ; et qui deviendra, pour le fil survivant, un ectoplasme à libérer sous peine d’une mort certaine, entre noyade et brûlures, entre libération et héritage sous conditions…

Avaler du sable, Antônio Xerxenesky

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 08 Avril 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Asphalte éditions

Avaler du sable, février 2015, traduit du portugais (Brésil) par Mélanie Fusaro, 178 pages, 15 € . Ecrivain(s): Antônio Xerxenesky Edition: Asphalte éditions

 

« Un fils qui ne savait même pas boire. Ça ne pouvait pas être un homme, un vrai. Surtout dans une ville où, selon Miguel, la sobriété est déraison ».

Ce roman parle d’un homme qui nous raconte comment il écrit un roman sur l’histoire de ses ancêtres, et en même temps ce roman que nous lisons est aussi le roman que cet homme écrit, et le roman qu’écrit cet homme démarre comme un western : Mavrak, petite ville perdue au milieu d’un désert du Far-West, sable, poussière, saloon, prostituées, une église qui a brûlé, deux familles rivales depuis des lustres, les Marlowe et les Ramirez… Un western donc, qui va finir comme un remake de La nuit des morts vivants. Sang, sable et poussière.

« Il y avait la peur. Il y avait la peur partout. Aujourd’hui, les hommes ont peur pour un rien ; autrefois ils craignaient la nuit et la mort. Même avec un révolver dans la poche. Peu importait l’arme qui pesait dans l’étui ».

Si nous vivions dans un endroit normal, Juan Pablo Villalobos

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 25 Février 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Si nous vivions dans un endroit normal, octobre 2014, traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton, 190 pages, 17 € . Ecrivain(s): Juan Pablo Villalobos Edition: Actes Sud

 

« Va te faire voir chez ta salope de mère, connard, enfoiré de merde ! » Ainsi débute ce succulent roman, juteux à souhait, un jus plutôt amer, mais drôle, terriblement drôle. De cet humour typiquement latino-américain, qui permet de témoigner des pires travers de la société avec un pied de nez à l’humiliation et l’injustice. Ici il s’agit du Mexique des années 80, avec ses absurdités (un pays surréaliste, avait dit Breton), sa mélasse de corruption, de trafics, de dangereux bouffons politiques, de fraude électorale, abus de pouvoir et compagnie. Dans le village de Lagos de Moreno, entre bétail, prêtres, ouailles hallucinées, élus véreux et démagogues, nationalistes populistes et autres illuminés, vit la famille d’Oreste, dit Oreo, comme les biscuits du même nom. Ou disons plutôt que la famille vit au-dessus du village, au sommet d’une colline, la Colline de la Foutaise. Lui et ses six frères et une sœur, tous affublés de prénoms grecs, lubie du père professeur d’éducation civique, et la mère, dévouée à la préparation des quesadillas au fromage. Base quasi unique de l’alimentation familiale et dont l’épaisseur et le nombre oscillent comme le statut familial, entre classe moyenne et classe pauvre, avec une tendance à stagner dans cette dernière.

Scipion, Pablo Casacuberta

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 14 Janvier 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Scipion, janvier 2015, traduit de l’espagnol (Uruguay) par François Gaudry, 262 pages, 18 € . Ecrivain(s): Pablo Casacuberta Edition: Métailié

 

Après avoir fermé le Scipion de Pablo Casacuberta, on comprend que l’auteur – jeune – ne signe pas ici un galop d’essai mais réussit parfaitement la difficile course d’obstacles des délicats rapports « fils-père ». Si le thème de la filiation irrigue la plupart des grandes œuvres littéraires, si la question de la maternité motive nombre d’auteurs, la problématique du fils et du père est bien plus délicate. Son universalité n’oblitère pas sa subtilité. Pâle Télémaque au regard d’Ulysse. Epoustouflante lettre au père de Kafka. Eblouissant Stephen héros sans qualité de Joyce…

Quoi ? Casacuberta aurait-il synthétisé le verbe et l’humour d’Homère, de Kafka et du grand maître ? Scipion le prouve tant il brouille les cartes d’Hamlet et d’Œdipe.

Comment le fils d’un illustre universitaire parviendra-t-il à recevoir l’héritage d’un père tout-puissant qui pousse un malin plaisir d’outre-tombe à léguer sous conditions ? Telle est la question qui nous tient sans cesse hors d’haleine lors de la lecture de ce Scipion très spécial.

Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur, Luis Sepúlveda

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Samedi, 20 Décembre 2014. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Métailié, Contes

Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur, dessins Joëlle Jolivet, octobre 2014, traduit de l’espagnol (Chili) par Anne-Marie Métailié 96 pages, 12,50 € (existe aussi en ebook, 9,99 €) . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

 

De l’urgence de la lenteur, Il faut retrouver son escargot intérieur !

Luis Sepúlveda est né le 4 octobre 1949 à Ovalle, dans le nord du Chili. Il a reçu, entre autres, le prix de poésie Gabriela Mistral en 1976, le prix Casa de las Americas en 1979, le prix international de Radio-théâtre de la Radio espagnole en 1990, le prix du court-métrage de télévision de TV-Espagne en 1991. Il est en outre le fondateur du Salon du Livre ibéro-américain de Gijón (Espagne) destiné à promouvoir la rencontre entre les auteurs, les éditeurs et les libraires latino-américains et leurs homologues européens.

Cette Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur est son deuxième ouvrage publié avec l’illustratrice Joëlle Jolivet, le premier étant Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis, une histoire d’animaux encore, tout comme son Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler écrit en 2004 et Le Monde du bout du monde, illustré par Miles Hyman en 1993, tous parus aux éditions Métailié.