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Amérique Latine

À Lisbonne j’ai pensé à toi, Luiz Ruffato

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Mardi, 01 Septembre 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

À Lisbonne j’ai pensé à toi, éd. Chandeigne, mars 2015, trad. du portugais (Brésil) par Mathieu Dosse, 112 pages, 16 € . Ecrivain(s): Luiz Ruffato

 

Quasi-documentaire sur l’immigration vécue de l’intérieur, À Lisbonne j’ai pensé à toi s’intéresse à l’individu, et par conséquent à la vie de Serginho, un Brésilien de Cataguases (Minas Gerais) qui finira par quitter son pays pour le Portugal. Les deux chapitres, Comment j’ai arrêté de fumer et Comment j’ai recommencé à fumer, forment ainsi les temps du récit et du voyage.

La première partie est celle de la prise de décision et du départ. Homme modeste, Serginho a cumulé les mauvais choix, notamment celui de sa femme plutôt imposée, cette dernière s’avère folle, et la famille de cette dernière est opportuniste. Notre héros doit lui-même composer avec sa propre sœur et sa mère, ou encore avec son fils dont il perd vite la garde. Encouragé par un ami, médecin, Serginho arrête de fumer et également exhorté par son entourage, il se décide à quitter le Brésil pour l’Europe, sorte de terre promise, notamment Lisbonne et le Portugal. Galvanisé par tous et la fortune à venir, Serginho se prend à rêver de partir là-bas pour mettre de l’argent de côté, revenir riche au Brésil, et ainsi devenir rentier et offrir un avenir à son fils et même se voir appeler Sergio ou encore M. Sergio. Les clichés sur l’Europe et le Portugal sont alors présents, montrant davantage leur méconnaissance.

Malarrosa, Hernán Rivera Letelier

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Lundi, 31 Août 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Métailié

Malarrosa, trad. espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Hernan Rivera Letelier Edition: Métailié

 

Debout, les damnés du salpêtre !


Le désert d’Atacama à l’orée duquel se déroulait le précédent récit est au cœur de ce roman plus flamboyant d’Hernán Letelier, qui illustre un réalisme-magique à la chilienne, à mi-chemin de Lucky Luke (son croque-mort inquiétant et lugubre, ses bordels où l’on danse entre deux parties de poker un charleston frénétique, ses longs chemins de fer désolés, ses balles perdues et ses dangereux hors-la-loi qu’un règlement de comptes refroidit vite fait bien fait) et des récits de Garcia Márquez : la jeune Malarrosa qui donne son nom au roman est dotée de pouvoirs aussi étranges que dérisoires, comme sa faculté à retrouver n’importe quel objet perdu et ses qualités extraordinaires de maquilleuse des morts, la guigne inexplicable qui poursuit son père jusqu’à ce que la jeune fille coupe pour lui sur son cadavre encore fumant le sixième doigt du meilleur joueur de poker de la région, Amable Marcelino.

Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Eduardo Galeano

Ecrit par Alexis Brunet , le Lundi, 17 Août 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pocket, Histoire

Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Traduit de l’espagnol (Uruguay) par Claude Couffon 147 p. . Ecrivain(s): Eduardo Galeano Edition: Pocket

 

Il y a des auteurs qu’on ne découvre que lorsqu’ils disparaissent. Ce fut malheureusement mon cas pour l’uruguayen Eduardo Galeano, que je n’ai connu que cette année. Pour d’autres, c’était déjà un auteur incontournable pour comprendre l’Amérique latine, notamment à travers l’ouvrage qui l’a fait connaître : Les veines ouvertes de l’Amérique latine (Las veinas abiertas de América latina). Près d’un demi-siècle après sa parution, ce brillant essai, qui relate le traitement de l’Amérique latine depuis Christophe Colomb jusqu’à nos jours, est malheureusement très ancré dans la réalité actuelle ; permet de comprendre les problèmes contemporains et persistants du nouveau continent, et nous interroge sur les fondements du mode de vie confortable dans lequel nous baignons en Europe et en Occident.

La conquête de l’Amérique par les Espagnols et Hernán Cortés a été très sanglante, on le sait. Et a été facilitée par une certaine passivité des Indiens. Au Pérou cependant, un dénommé Túpac Amaru, descendant direct des empereurs Incas, décréta la liberté des esclaves, et initia un mouvement de résistance, puis de révolution. Lui et ses guérilleros vaincus, il sera humilié et torturé en public à Cuzco, avec sa femme et ses enfants, puis décapité. Sa tête et ses quatre membres seront envoyés dans cinq lieux différents.

La volonté et la fortune, Carlos Fuentes

Ecrit par Alexis Brunet , le Mercredi, 08 Juillet 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

La volonté et la fortune, Carlos Fuentes, 528 pages . Ecrivain(s): Carlos Fuentes Edition: Gallimard

 

Alors qu’en terme de produit intérieur brut, le Mexique occupe la treizième place mondiale, devant l’Espagne, la Russie, la Hollande ou même… la Suisse ; une étude de la Banque Mondiale (la Jornada, 23 avril 2015) dénombre plus de 60 millions de Mexicains en situation de « pauvreté modérée », et 23 millions en pauvreté extrême, sur une population de 125 millions d’habitants. Cela ramène à la politique d’Enrique Peña Nieto, le président actuel, qui affirme fièrement que si son pays fait partie des puissances de ce monde, c’est « parce que les entrepreneurs y trouvent de meilleures conditions de compétitivité », et révèle un sérieux problème de redistribution des richesses, au delà du seul chiffre du PIB.

Cela ramène aussi à la lecture de l’ultime livre de Carlos Fuentes, La Volonté et la Fortune, récit de Josué et Jéricho, deux adolescents qui se lient durant les cours d’un prof prêtre leur parlant de Saint Augustin, discutent du sens de la vie pendant des heures, deviennent inséparables au point de connaître leur dépucelage au même moment, se séparent du fait des aspirations de chacun (Jéricho ira séjourner quelque temps à Paris, du moins c’est ce qu’il prétend), pour se retrouver, échanger sur leur vie amoureuse ou sur leur sexualité, jusqu’à ce qu’ils s’entichent de la même femme.

Corps étranger, Adriana Lunardi

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 21 Mai 2015. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, Joelle Losfeld

Corps étranger, mars 2015, trad. du portugais (Brésil) par Maryvonne Lapouge-Pettorelli, traduction révisée par Briec Philippon, 272 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Adriana Lunardi Edition: Joelle Losfeld

 

Le corps étranger c’est, pour chacun des personnages du roman, ce composé chimique à quoi se réduisent ses sensations, ses absences à être, à la vie, son détournement, sa maladie ou son addiction. Aucun d’entre eux n’est bien dans sa peau, chacun développe des terminaisons nerveuses ou des projections, qui lui reviennent en boomerang, ou des greffons qui prennent plus ou moins bien. Chaque concentré de personnage semble agir comme un électron libre dont la seule finalité est de se décharger dans la rencontre, à l’instar de ces plantes : Cela faisait déjà un moment que certaines espèces de fleurs natives souffraient de véritables reconfigurations (…) N’expérimente-t-elle pas elle-même la disparition furtive et sans protestations des références qui lui ont enseigné à être qui elle est ? Des livres qui furent de véritables bibles pour sa génération et que personne aujourd’hui ne connaît ? (p.16-17).

Mariana, peintre de renom d’un certain âge a relégué sa vie, troqué la vie mondaine et l’abstraction contre une vie de solitude en montagne, à la recherche de la représentation d’une espèce rare de plante, qui ne fleurit qu’une fois. Ce choix (?) de vie est intervenu après la mort accidentelle de son frère, José, bien des années auparavant.