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Amérique Latine

33 révolutions, Canek Sánchez Guevara

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 18 Août 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié, La rentrée littéraire

33 révolutions, traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis, août 2016, 100 pages, 9 € . Ecrivain(s): Canek Sánchez Guevara Edition: Métailié

 

Si on veut piger Cuba au XX° siècle et aujourd’hui, il faut lire le roman de Canek Sánchez Guevara: 33 révolutions. 33 tours par minute. 33 révolutions. C’est la fin et c’est le début. L’alpha et l’oméga de Cuba, du mythe et de sa réalité, de l’île aux trésors introuvables et de l’océan concrètement mondialiste, exterminateur et décentralisateur.

Roman ? Vrai roman. Roman vrai. Roman court. Roman rapide. Moins de deux heures de lecture. Moins qu’un match de boxe. Plus fort que le combat du siècle. Loin de toute fiction, ou pire, autofiction. Le roman n’est qu’une affaire de typographie, de caractères et d’impressions.

Ici, le « héros » n’a pas plus de nom qu’un Je ou un Il genre Kafka. Soi – à distance de l’expression – devient Nous, Je universel concret. Présent dans chaque sillon du microsillon. Lancinante répétition de celui qui préfère ne pas et qui finit par ne pas préférer car la vague, le détroit, le typhon appellent toujours l’homme libre dans sa tête et sur un canot, flottaison blême, fabrication du destin ultime des bidons et bouées périmées à l’abîme de l’ultime répétition.

Le monde extérieur, Jorge Franco (Critique 2)

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 29 Juin 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Le monde extérieur, traduit de l’espagnol (Colombie) par René Solis, mars 2016. 272 pages, 20 €. . Ecrivain(s): Jorge Franco Edition: Métailié

 

Entre polar de bras cassés, drame socio-psychologique et conte de fée, ce roman est un tissage de genres aux contours floutés, où chaque personnage, quelque soit son statut, sa classe sociale, son rêve ou son opiniâtreté, ne pourra jamais accéder au bonheur.

Mono, l’antihéros est l’un des personnages centraux de l’histoire. Enfant des quartiers modestes devenu petit caïd trentenaire et ambitieux, il est obsédé depuis son plus jeune âge par Isolda, la fille du château. El Castillo, cette improbable copie de château-fort, qu’a fait construire sur les hauteurs de Medellin, Don Diego Echavarría Misas, issu d’une très riche famille colombienne et compagnon de Dita, une allemande qui n’a jamais voulu se marier. Isolda est leur fille unique.

Isolda a grandi à l’abri du monde extérieur, derrière les murs du château, mais elle s’échappe aussi souvent qu’elle le peut dans la forêt tropicale du parc qui l’entoure. C’est de là qu’elle ressort avec d’extraordinaires et mystérieuses coiffures, joliment décorées d’herbes et de fleurs. C’est aussi dans ce parc, que Mono et ses copains savent se faufiler pour observer en cachette cette jolie fillette, puis jeune adolescente, si différente d’eux.

Banzo, Mémoires De La Favela, Conceição Evaristo

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Mardi, 21 Juin 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Banzo, Mémoires De La Favela, Éd. Anacaona, mars 2016, trad. portugais (Brésil) Paula Anacaona, ill. Lúcia Hiratsuka, 224 pages, 17 € . Ecrivain(s): Conceição Evaristo

De la langue portugaise, saudade est le mot le plus difficile à traduire. Il désigne un état nostalgique, une mélancolie, un sentiment de tristesse associé à un manque profond… Le terme de banzo, propre aux esclaves du Brésil nés en Afrique, probablement issu de la langue kongo, peut également revêtir cet aspect. Il évoque, lui, une forme de nostalgie parfois mortelle, un manque du pays, un déracinement profond. Des aspects qu’il nous est essentiel de comprendre – ou du moins se doit-on d’essayer – avant d’entreprendre la lecture de Banzo, Mémoires De La Favela.

Récit aux échos autobiographiques, Banzo, Mémoires De La Favela nous emporte sur le chemin de ces sentiments redoutables que Tite-Maria, malgré son jeune âge, s’efforcera de maîtriser et de canaliser après s’être immergée puis noyée avidement dedans. Néanmoins cette collectionneuse d’histoires – celles de la favela et des personnes qui la composent – n’est pas dénuée de pouvoir : elle sait lire et écrire.

« Un jour, elle raconterait, libérerait, ferait résonner les voix, les murmures, les silences, les cris étouffés de chacun et de tous. Tite-Maria écrirait un jour la parole de son peuple ».

Le carnaval des innocents, Evelio Rosero

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 14 Mai 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Le carnaval des innocents (La carroza de Bolivar), janvier 2016, trad. espagnol (Colombie) François Gaudry, 303 pages, 21 € . Ecrivain(s): Evelio Rosero Edition: Métailié

 

Le Carnaval des innocents nous plonge dans la Colombie de la fin des années 60, à la veille du Carnaval des noirs et des blancs (Le « Carnaval de Negros y Blancos » qui figure depuis 2009 au patrimoine immatériel mondial de l’Unesco), dans la ville de Pasto, au pied du volcan Galeras, précisément dans les premiers jours de l’année 1966. Le Dr Justo Pastor Proceso, dont les infidélités de l’épouse, la belle Primavera, sont largement connues, voit enfin l’occasion de dire aux yeux de ses concitoyens tout le mal qu’il pense du « libérateur » Simon Bolivar. C’est que la ville de Pasto a été le théâtre d’un des épisodes les plus violents et radicaux de la guerre d’indépendance, un des points forts aussi de la mythologie bolivarienne. Une mythologie qui n’est, pour le docteur et quelques-uns de ses amis, qu’une forfaiture et une imposture. Tout cela, le docteur entend le montrer aux yeux du peuple au travers d’un grand char de Carnaval dans lequel il est prêt à engloutir une très large part de sa relative richesse. Cela n’est pas sans risque en ces années où les FARC font leurs premières armes alors que le pays sort à peine de la période que l’on nommera plus tard la Violencia.

Le monde extérieur, Jorge Franco

Ecrit par Zoe Tisset , le Mercredi, 13 Avril 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Le monde extérieur, traduit de l'espagnol (Colombie) par René Solis, mars 2016, 267 pages, 20 € . Ecrivain(s): Jorge Franco Edition: Métailié

Dans ce livre, plusieurs histoires s’entremêlent. Le lecteur est un peu comme un géologue étudiant les différentes strates d’une terre. Ici, c’est la Colombie, mais c’est aussi les états d’âme de personnages bigarrés, rencontres improbables d’une femme allemande désinhibée vivant à Berlin et d’un colombien plutôt sectaire, amoureux de musique classique et dont le meilleur ami est un ancien nazi.

« Il n’était pas encore habitué à la promiscuité de la nudité chez une femme bien élevée. Il ne lui avait jamais dit, mais il préférait qu’elle se change dans la salle de bain et qu’elle ressorte en peignoir. Lui n’était pas capable de se déshabiller devant elle, il mettait toujours son pyjama. Qu’elle lui enlève après c’était une autre histoire ».

Don Diego fait construire un château en Colombie pour habiter avec Dita, de cette union naît une fille : Isolda. Pour s’échapper de cette prison dorée, celle-ci avec la complicité de la forêt toute proche s’invente des coiffures incroyables, imbibée de terre, de fleurs et de feuilles, elle fuit l’ennui. « Dans la forêt, les cheveux d’Isolda se transforment en spirale qui grandit à mesure que les amirages les lui tressent. Et ils l’ornent avec des gueules de loup et des pensées mauves, jaunes et blanches. Elle, sereine, les laisse volontiers la coiffer avec leur corne jusqu’à ce que sa tête ressemble à un cornet de crème glacée ». Et puis il y a Mano, le garçon pauvre, extérieur au château, qui jour après jour observe Isolda, cette princesse, si loin de son monde.