Identification

Amérique Latine

Entre hommes, Germán Maggiori

Ecrit par Adrien Battini , le Mardi, 05 Avril 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La dernière goutte

Entre hommes, mars 2016, trad. espagnol (Argentine) Nelly Guicherd, 372 pages, 20 € . Ecrivain(s): Germán Maggiori Edition: La dernière goutte

 

Il existe différents biais pour que le lecteur-flâneur trouve son bonheur sur les étals des librairies : se fier au nom de l’écrivain ou à la réputation de l’éditeur, voire succomber au travail opéré par le graphiste sur la couverture. Parfois, c’est la technique un brin racoleuse de la manchette agressive qui peut s’avérer payante, à l’instar du roman de Germán Maggiori, Entre hommes, présenté par La Dernière Goutte comme le « meilleur polar argentin de tous les temps ». Grâce à cette accroche, l’escapade dans une terre policière relativement méconnue n’en était que plus tentante.

Avec sa scène orgiaque en guise d’introduction, qui mêle représentants de la classe politique, de l’élite bancaire et de la prostitution transgenre, l’ambiance du roman est vite plantée. Le gras et le sordide viennent danser avec la drogue dans un ballet sexuel qui ne pouvait accoucher que de la mort. Et comme la scène a été filmée et que les protagonistes de la vidéo aimeraient se passer de sa diffusion, la cupidité s’aiguise et les premières pages empilent les meurtres avec frénésie. A partir de là, quelques précisions s’imposent sur la composition du roman.

Le pyromane adolescent suivi de Le sang visible du vitrier, James Noël

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 04 Février 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Points

Le pyromane adolescent suivi de Le sang visible du vitrier, novembre 2015, 160 pages, 6,90 € . Ecrivain(s): James Noël Edition: Points

 

Le pyromane adolescent porte bien son nom, pour l’effusion de mots dans l’élan d’un printemps qui déborde, chaque poème semble être un premier jet, que le poète laisse derrière lui, sans se retourner, une poésie qui tient autant du chien fou que du félin sautant de toit en toit, agile séducteur.

Aussi c’est surtout l’énergie qu’on en retiendra, une énergie sincère, désordonnée, fougueuse

 

de beaux fruits qui exploseront de rire

dans le jus de la bouche

 

L’urgence de mettre un flux incessant et fiévreux de mots sur le désir comme sur les plaies, car

Bruxelles Piano-bar, Juan Carlos Mondragón

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mardi, 02 Février 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

Bruxelles Piano-bar, février 2015, trad. espagnol (Uruguay) Gabriel Iaculli, Isabelle Morvan, 407 pages, 24 € . Ecrivain(s): Juan Carlos Mondragón Edition: Seuil

 

Uruguay, début des années 90. La dictature n’est plus, mais la violence demeure, absurde et sauvage, comme à Laguna Guacha où des jeunes filles ont été enlevées, violentées et finalement assassinées. Nous découvrons un monde qui essaye de rejoindre ou de retrouver le monde « civilisé », à l’image d’un occident passablement « american way », avec stars et paillettes, avec culture et cynisme. Une autre forme de violence en quelque sorte, plus policée, plus « libérale », mais où les rapports de domination et les mises en scène ne sont pas forcément moins dérangeantes et inquiétantes.

Le remède pourrait être l’évasion. Une évasion sur place si nécessaire. Dans l’artifice d’une vie culturelle s’autocélébrant par exemple. C’est en partie ce que fait le journaliste culturel qui signe ses articles David Seurat. Mais cela ne suffit pas vraiment à Leopoldo Cea… Car par-dessus cela, sa compagne est soudainement partie pour l’Europe, pour Aix, précisément. A défaut de la poursuivre ou de chercher à la rejoindre, il échappera donc à Montevideo par Bruxelles. Mais une Bruxelles rêvée qui va planter ses racines « surréalistes » au cœur même de Montevideo. Le chat Thésée, bien bavard, n’approuve pas vraiment la manœuvre, la trouvant un peu trop facile et trop illusoire.

La servante et le catcheur, Horacio Castellanos Moya

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 15 Janvier 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

La servante et le catcheur (La Sirvienta y el Luchador), septembre 2015, trad. espagnol (Salvador) René Solis, 238 pages, 10 € . Ecrivain(s): Horacio Castellanos Moya Edition: Métailié

 

En pleine guerre civile, un jeune couple disparaît, enlevé par les escadrons de la mort qui quadrillent San Salvador. María Elena, employée de la famille des jeunes gens, tente de les retrouver en contactant le Viking. Ancien catcheur devenu policier et spécialiste dans la traque et la torture des opposants, le Viking a un jour été amoureux de María Elena. Pourrissant aujourd’hui de l’intérieur, proche de la mort, il n’est pas dit qu’il puisse l’aider ou même qu’il le veuille.

En un peu plus de 230 pages qui content 48 heures de course dans la capitale salvadorienne à la fin des années 1970 et à travers les trajectoires de quelques personnages, Horacio Castellanos Moya suit méthodiquement l’engrenage de la violence et dépeint avec finesse une société qui semble s’être résolue à la situation et dans l’incapacité d’échapper à cette mécanique immuable.

Trouver un autre nom à l’amour, Nivaria Tejera

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 09 Janvier 2016. , dans Amérique Latine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Roman, La Contre Allée

Trouver un autre nom à l’amour, octobre 2015, trad. espagnol (Cuba) par François Vallée (Buscar otro nombre al amor), 237 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Nivaria Tejera Edition: La Contre Allée

Lire n’est pas fuir

Nous connaissons assez peu Nivaria Tejera en France, et malgré un certain intérêt partagé pour la littérature des Caraïbes et plus particulièrement cubaine, son nom reste sans doute encore méconnu des amateurs. Aujourd’hui âgée de 85 ans (elle est née sur l’ile de Cuba en 1929-30 et vit à Paris depuis 1954), c’est en 1958 qu’une de ses œuvres est traduite pour la première fois en Français, par les soins de Maurice Nadeau : Le ravin (El Barranco, traduit par Claude Couffon (réédité depuis par Actes Sud puis par La Contre Allée). Une traduction qui précédera la publication en espagnol (comme pour les romans qui suivront) et qui attirera l’attention sur une œuvre et un travail littéraire d’une profonde originalité, singulier et atypique, réfractaire à toute tentative de classification. Une œuvre qui nous introduit à une lecture, à un rapport à l’œuvre écrite – voire au langage – inhabituels.

Il faut dire que cette écriture exigeante qui oscille entre le romanesque et la poésie, voire entre l’essai littéraire et la réflexion philosophique, émaillé de références à la littérature, à la peinture et à la musique, peut être considérée comme une littérature que l’on peut qualifier de « difficile », surtout si l’on cherche à l’analyser et la commenter, voire à l’expliquer, sans se laisser porter et emporter par ses voix (et voies) singulières.