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Babel (Actes Sud)

Le Turquetto, Metin Arditi

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 14 Novembre 2013. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le Turquetto, juin 2013, 285 pages, 8 € . Ecrivain(s): Metin Arditi Edition: Babel (Actes Sud)

 

Splendeur et misère d’un peintre


En 2001, à l’occasion de l’exposition Venise ou la couleur retrouvée organisée par la ville de Genève, le Louvre lui a prêté la toile L’homme au gant du maître vénitien, Le Titien. Ce prêt a permis à un historien de l’art d’expertiser la signature du peintre et de conclure qu’il s’agit là vraisemblablement d’une œuvre d’un de ses disciples : « Du fait de la chronologie (le T a selon toute logique été peint en premier, dans l’atelier de l’auteur), on peut émettre l’hypothèse que le tableau n’est pas de la main du Titien ».

Reprenant donc cette analyse, Metin Arditi brode, imagine et laisse son esprit ainsi que sa main vagabonder sur du papier blanc. Il en résulte une histoire, une intrigue qui enchante les yeux, l’esprit et l’imagination du lecteur. L’auteur partant de l’hypothèse d’un peintre mystérieux qui se cache derrière la toile Renaissante, donne trait à un personnage hors du commun et façonne son histoire qui ne peut qu’être extraordinaire : Elie Soriano.

De bons voisins, Ryan David Jahn (2ème critique)

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 01 Octobre 2013. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, USA, Roman

De bons voisins, traduit de l’américain par Simon Baril, mai 2013, 270 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Ryan David Jahn Edition: Babel (Actes Sud)

 

Les oiseaux de nuit


Le tableau d’Edward Hopper peint en 1942 et intitulé Oiseaux de nuit suggère par sa thématique la vie des personnages de ce roman. Comme les hôtes esseulés du bar aquarium de Hopper, les protagonistes de De bons voisins évoluent dans un univers de désillusion, de solitude et de vide existentiel. Si les clients de Hopper s’attardent dans cet espace saloon, l’air hagard dans la lumière artificielle des néons, pendant qu’à l’extérieur les ténèbres écrasent le monde d’un sommeil sans rêve, nos personnages sont eux aussi des noctambules.

Le roman se concentre sur un laps de temps très court. L’action se déroule entre quatre heures et six heures du matin. C’est le temps de l’agression de Kat. C’est aussi au cours de cette nuit que les différents personnages se décident à prendre ou non leur destin en main.

Australia Underground, Andrew McGahan

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 25 Avril 2013. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Recensions, Science-fiction, La Une Livres, Roman

Australia Underground, traduit de l’anglais (Australie) par Laurent Bury (2006), Babel Noir, 370 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Andrew McGahan Edition: Babel (Actes Sud)

 

Une dystopie. Après le 11 septembre 2001, l’Australie a elle aussi été profondément bouleversée. Un attentat à la bombe atomique a rayé de la carte la capitale, Canberra. Dans la foulée, le gouvernement a fait alliance avec les Etats-Unis. L’état d’urgence a été déclaré. Un état quasiment totalitaire a été mis en place. Tout le pays est sous contrôle, quadrillé par les milices et les militaires. Les musulmans ont été persécutés. Les libertés sont bafouées. Mais, ainsi que l’explique le gouvernement, c’est pour le bien du plus grand nombre…

L’Australie d’Andrew McGahan pourrait presque exister en vrai. L’auteur ne fait finalement qu’exagérer certains éléments. C’est l’Australie. Ça pourrait tout aussi bien être les Etats-Unis. Ça pourrait aussi être la France. Ça pourrait être le futur qui s’annonce très prochainement. Tout a l’air tellement si familier…

Au début du roman, Leo James, un promoteur véreux se retrouve au beau milieu d’un cyclone qui ravage le Queensland. Les éléments se déchaînent. Cette fois, il se dit qu’il ne va pas pouvoir s’échapper. Lui qui a toujours trouvé de quoi se sortir de toutes les situations entrevoit clairement la fin…

La chasse au renne de Sibérie, Julia Latynina

Ecrit par Grégoire Meschia , le Mardi, 29 Janvier 2013. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Russie, Roman

La Chasse au renne de Sibérie, trad. du russe Yves Gauthier. 2008, 665 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): Julia Latynina Edition: Babel (Actes Sud)

 

 

Moins connue pour sa production littéraire que pour son journalisme politique, Julia Latynina s’intéresse tout particulièrement aux relations (souvent compliquées) entre crime et politique, entre économie et mafia. Quoi de mieux, pour parler de ces thèmes, que la Russie, pays fascinant et troublant s’il en est ? A travers l’histoire d’un combinat métallurgique de Sibérie qui trouve des implications jusqu’à Moscou, Latynina nous propose une description de la situation sociale en Russie, pays inégalitaire qui met en opposition les nouveaux riches du secteur de la banque et les pauvres prolétaires.

L’enjeu de cette intrigue majoritairement financière n’est pas réductible à une dénonciation politique du gouvernement de Poutine (l’instance politique est le grand absent du roman). Dans ce roman noir, on observe plutôt un empire en désintégration. Mais plus qu’aux aspects politiques et économiques (affaires bien souvent de spécialistes et Julia Latynina en est une), intéressons-nous prioritairement à des considérations littéraires.

Nulle part dans la maison de mon père, Assia Djebar

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 17 Octobre 2012. , dans Babel (Actes Sud), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Maghreb

Nulle part dans la maison de mon père, 452 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Assia Djebar Edition: Babel (Actes Sud)

 

Peut-on prendre congé de son existence, dire adieu à sa propre personne, à son passé ? C’est la voie apparemment décrite par Assia Djebar dans un roman, autobiographique, Nulle part dans la maison de mon père. Ce père, instituteur, seul indigène de son village ayant accédé à cette fonction, est immensément sévère, rigoriste. Il élève l’héroïne en l’entourant d’une protection qui entraîne, bien vite, l’apparition de toutes sortes d’interdits : vestimentaires, relationnels. Le puritanisme est de rigueur.

Pourtant, l’héroïne du récit parvient à échapper, un peu, à cette atmosphère familiale pesante ; elle est admise dans un internat, y fait la connaissance de camarades musulmanes comme elle, et de pensionnaires européennes. Elle y découvre les joies de la lecture, de la complicité intellectuelle avec Mag, Jacqueline, Farida. Elle goûte à la liberté de mouvement, ayant la faculté de retourner dans son village à chaque fin de semaine.

Cette jeune femme est torturée par toutes sortes d’interrogations : l’émancipation intellectuelle va-t-elle de pair avec l’émancipation des mœurs si étroitement contrôlés dans cette Algérie coloniale ? Que représente son père, censeur omniprésent dans sa conscience d’enfant, dans sa vie : un protecteur ou un castrateur impitoyable ?