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Histoire

La carte perdue de John Selden, Timothy Brook

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 05 Février 2016. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Canada anglophone, Payot

La carte perdue de John Selden, Sur la route des épices en mer de Chine, mars 2015, trad. anglais (Canada) Odile Demange, 293 pages, 21 € . Ecrivain(s): Timothy Brook Edition: Payot

 

Sur la trace de la carte perdue

« Le livre que vous vous apprêtez à lire s’intéresse à une autre carte, la carte de Selden, ainsi nommée parce qu’un certain John Selden, juriste anglais, l’a léguée à la Bodleian Library d’Oxford en 1654. Cette carte chinoise, la plus importante des sept derniers siècles, représente la partie du monde que connaissent les Chinois de ce temps, c’est-à-dire la superficie qui s’étend de l’océan Indien à l’ouest aux îles aux Epices à l’est, et de Java au sud au Japon au nord ».

Dès la préface, le ton est donné. Il ne s’agit pas d’un roman d’aventure ou d’investigation, mais d’un ouvrage atypique dont le héros principal est une vieille carte longtemps reléguée dans les tiroirs obscurs des bibliothèques. De type essai mais adoptant une trame romanesque, La Carte perdue de John Selden happe l’imagination et la curiosité du lecteur. En effet, l’auteur, en fin chercheur, nous conte les mésaventures de la carte. Mais de quelle carte s’agit-il ? Timothy Brook nous livre l’histoire secrète d’une carte de Chine datant de 1608 et dont le détenteur est un étrange personnage, le sir John Selden.

Le feu de Jeanne, Marta Morazzoni

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 06 Janvier 2016. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Actes Sud, Italie

Le feu de Jeanne, octobre 2015, trad. italien Marguerite Pozzoli (Il fuoco di Jeanne), 189 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Marta Morazzoni Edition: Actes Sud

 

C’est plus à une exploration empreinte d’une certaine nostalgie que nous convie Marta Morazzoni en partant sur les traces de celle qui n’était peut-être pas que la paysanne lorraine que l’histoire a retenue et exploitée, en faisant l’étendard de causes pas toujours compatibles entre elles. On peut trouver un peu anachronique une telle quête, ou pire, la penser suspecte d’on ne sait quelle nouvelle exploitation idéologique et politique. Ce serait oublier ce qu’il peut y avoir d’étrange, d’inexpliqué, voire de fascinant dans le destin de la Pucelle – sans doute bien reconstruit par la légende, par l’histoire ou par ceux qui les écrivent. Le cinéma ne s’y est pas trompé qui a à maintes reprises tenté de donner visage, chair, regard et voix au personnage, de Renée Falconnetti (1) à Sandrine Bonnaire (2), ou d’Ingrid Bergman (3) à Jean Seberg (4). Et nous ne parlerons pas de la peinture, du théâtre, de la musique, de la chanson… Histoire et fiction se sont emparées régulièrement du personnage et ce Feu de Jeanne pourrait n’être qu’un volume de plus dans une longue série. Mais en même temps, nous ne sommes ici ni sur le territoire de fiction, ni sur celui de la rigoureuse recherche historique. Mêlant l’autrefois des neiges d’antan, et l’aujourd’hui, Marta Morazzoni nous entraîne dans une recherche/rêverie des traces du mythe, sur les lieux même où son histoire s’est déroulée, de la Lorraine au Pays de Loire, de Paris à la Normandie.

Les Français jihadistes, David Thomson

Ecrit par Alexis Brunet , le Jeudi, 10 Décembre 2015. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Les Français jihadistes, Les Arènes, 2014, 256 pages, 18 € . Ecrivain(s): David Thomson

 

 

Faut-il chroniquer un livre d’actualité pour un magazine qui s’appelle « La Cause littéraire » ? Dans la mesure où ce magazine recense aussi des essais et propose des chroniques plus ou moins (donc plutôt plus) politisées, la démarche ne semble pas être d’une hérésie totale. Faut-il pour autant recenser un ouvrage dont l’auteur se vit accuser de « fascination » à l’égard de ses sujets, une dizaine de djihadistes de chez nous, par une auditrice du « Téléphone sonne » ? Quand Nicolas Demorand a rétorqué que la présence de l’auteur était intéressante puisqu’elle enrichissait le débat, et que l’auteur concerné s’est justifié en arguant que si l’accusation était légitime, il estimait que pour combattre son ennemi, il fallait le connaître, je me suis procuré l’ouvrage ; par un certain voyeurisme sans doute, car pourquoi s’intéresser au fonctionnement d’une machine de haine quand on ne la combat pas soi-même, si ce n’est pas un certain voyeurisme ?

À fendre le cœur le plus dur, Jérôme Ferrari & Oliver Rohe

Ecrit par Benoît Artige , le Lundi, 30 Novembre 2015. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Arts, Inculte

À fendre le cœur le plus dur, octobre 2015, 88 pages, 13,90 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari & Oliver Rohe Edition: Inculte

 

 

Comment représenter la guerre et la violence qui en résulte ? Pour tenter de répondre à cette question, Jérôme Ferrari et Oliver Rohe ont choisi de prendre comme point de départ les photographies prises par Gaston Chérau, écrivain et reporter, lors du conflit qui a opposé de 1911 à 1912 sur le territoire libyen les Italiens à l’Empire ottoman. Parmi les centaines de clichés, l’exotique et le banal (paysages d’oasis, militaires au repos, vie quotidienne des populations locales) côtoient l’effroi et le macabre : la mise en scène glaçante de pendaisons en place publique. En permettant à des journalistes de couvrir les évènements, le but des colonisateurs est très clair : faire passer les Libyens pour des barbares sanguinaires mus par une violence pure. Ainsi, par son reportage, Gaston Chérau, consciemment ou non, légitime le projet colonial et participe à la fiction que l’armée italienne souhaite imposer dans l’esprit de l’opinion : celle d’un Etat qui, de son plein droit, opère « une chasse aux assassins, aux criminels et aux vagabonds, sur un territoire qui lui [revient] depuis toujours ».

La nuit de Tlatelolco, Elena Poniatowska

Ecrit par Alexis Brunet , le Mercredi, 14 Octobre 2015. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine

La nuit de Tlatelolco, éd. CMDE, 328 pages, 25 € . Ecrivain(s): Elena Poniatowska

 

L’année 1968 aura marqué l’Histoire, et aura été riche en contestations sociales. Mai 68 en France, et Printemps de Prague, comme chacun sait, et aussi protestations au Japon, en Italie, au Mexique. De toutes ces révoltes, celle qui sera la plus sévèrement réprimée sera la mexicaine, particulièrement durant cette fameuse nuit de sang qui donne son titre au livre : « La Nuit de Tlatelolco ».

Tlatelolco, c’est une esplanade du centre de Mexico, avec des édifices construits à trois périodes différentes : précolombienne, espagnole puis moderne. On la connaît donc aussi sous le nom de « Place des trois cultures ». Tlatelolco, c’est aussi une place dont il est aisé de fermer les accès, ce qui a facilité la répression des révoltes estudiantines de 1968.

La romancière mexicaine Elena Poniatowska, aux ascendances polonaises, ayant vécu en France durant son enfance et ayant reçu le prix Cervantès, livre ici l’ouvrage le plus complet et le plus émouvant sur ces événements de l’histoire du Mexique. En journaliste digne de ce nom, elle a réalisé un nombre impressionnant d’entretiens avec des étudiants ou professeurs ayant participé aux événements, qu’elle nous restitue ici.