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Histoire

Le sentiment de soi, Georges Vigarello

, le Samedi, 25 Avril 2015. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Seuil

Le sentiment de soi Histoire de la perception du corps (XVIe-XXe siècle), septembre 2014, 320 pages, 21 € . Ecrivain(s): Georges Vigarello Edition: Seuil

 

Georges Vigarello semble avoir une prédisposition pour la rédaction de sommes historiques à en juger par son impressionnante bibliographie, et l’on mesure toute l’expérience de l’auteur à la lecture de son dernier opus, Le sentiment de soi. Histoire de la perception du corps. On y décèlera même une méthode et un style proprement foucaldiens. Parmi les recoupements thématiques avec l’œuvre de Michel Foucault, l’on compte : une passion pour le corps, la santé, la gouvernance, la connaissance de soi, la médecine et le savoir.

Il y a comme une résurgence de l’intérêt pour le corps dans la société contemporaine qui se reflète dans l’édition avec de nombreux titres, dont celui de Daniel Pennac, Journal d’un corps (2012), cité dans l’introduction de Georges Vigarello. Depuis une décennie, ce corps que nous habitons de manière si naturelle ne va plus de soi puisqu’il fait tout à coup l’objet de nombreux séminaires et colloques (1), donnant lieu à de nombreuses investigations qui ouvrent de nouvelles pistes pour la recherche : les gestualités (petit hommage à Yves Citton (2), la corporéité, la kinésie (3), les émotions (du latin motio, mouvement, action de mouvoir), tout est prétexte à sonder – extérieur comme intérieur.

De Gaulle et Mauriac, Le dialogue oublié, Bertrand Le Gendre

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 11 Avril 2015. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Fayard

De Gaulle et Mauriac, Le dialogue oublié, mars 2015, 180 pages, 18 € . Ecrivain(s): Bertrand Le Gendre Edition: Fayard

 

« Leur héritage nous fait leçon, mais c’est un héritage sans héritiers. De Gaulle et Mauriac sont trop singuliers pour que l’on puisse se réclamer d’eux de nos jours ».

Le dialogue oublié ou les raisons d’une passion française. C’est à cette part de l’histoire politique et littéraire française que nous convie Bertrand Le Gendre. A la gauche il y a François Mauriac (c’est de Gaulle qui parle), prix Nobel de littérature, journaliste admiré, craint et parfois honni, chrétien social, d’une trempe rarement égalée. A ma droite le Général de Gaulle, l’homme de Londres, surréaliste sur ces messages de Radio Londres (Philippe Sollers) « Les renards n’ont pas forcément la rage, je répète… ». « J’aime les femmes en bleu, je répète… ». « Nous nous roulerons sur le gazon ! », l’homme de l’unification de la Résistance, de la V° République et de la fin de la guerre d’Algérie. Leur dialogue court sur trente ans, de l’Occupation aux lendemains de mai 68. Leur histoire, comme celle finalement de Malraux et du Général (l’occasion de lire ou de relire le lumineux André Malraux Charles de Gaulle, une histoire, deux légendes d’Alexandre Duval-Stalla, L’Infini Gallimard), est cette part commune de l’Histoire française, cette passion commune. Tous les deux s’emploient à choyer leur langue et leur territoire, au risque parfois d’être incompris.

Héloïse, ouille !, Jean Teulé

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 01 Avril 2015. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Julliard

Héloïse, ouille !, Julliard, mars 2015, 352 pages, 20 € . Ecrivain(s): Jean Teulé Edition: Julliard

 

Qui d’autre que Jean Teulé aurait osé lever le voile et la soutane sur les amours charnels des deux figures mythiques du XIIe siècle, Héloïse et Abélard ? Et qui d’autre que lui aurait su le faire de manière aussi crue et dévergoigneuse ? Confiée par son oncle le chanoine Fulbert aux bons soins pédagogiques du plus grand, du plus célèbre et adulé philosophe de son temps, de vingt ans son aîné, maître Abélard, la très jeune, très belle, très intelligente et très dégourdie Héloïse va bénéficier jour après jour d’un enseignement particulier, voire très particulier. Là, où les historiens notent pudiquement un an et demi à deux ans de relations amoureuses, la plume débridée de l’écrivain plonge dans les délices des turpitudes et folies érotiques de deux êtres dévorés par la passion. Il se livre à l’exercice avec un plaisir jubilatoire, un humour féroce et une liberté de style qui mêle avec gourmandise et provocation le plus poétique et le plus trivial. Une langue aux accents moyenâgeux, ponctuée de phrases, apartés populaires très contemporains.

Un livre de cul ? Oui, pour les deux tiers, mais quel cul !

Le Juif errant est arrivé, Albert Londres

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 26 Mars 2015. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Arléa

Le Juif errant est arrivé. 224 p. 9€ . Ecrivain(s): Albert Londres Edition: Arléa

 

L’entreprise d’Albert Londres n’a pas d’équivalent connu. En 1929, en pleine « prospérité » de l’antisémitisme partout en Europe, il entreprend – en tant que journaliste – une vaste enquête-reportage sur les communautés juives d’Europe centrale et de Palestine. Ces choix sont parfaitement ciblés : Londres veut mesurer le chemin qui mène des ghettos misérables de Pologne par exemple à la genèse de la réalisation de l’idéal sioniste. « Ses » Juifs sont juifs. Pas « Israélites », terme qui désignait alors – pour les détacher du vilain Juif tout noir – les Juifs occidentaux, de France, d’Angleterre ou d’Italie entre autres, intégrés, prospères et propres sur eux.

Dans sa quête, Albert Londres va plonger au fond du gouffre sombre qu’est alors la vie juive des Shtetls (villages juifs) et des Ghettos de Varsovie ou de Prague. Son témoignage est hallucinant. A la représentation antisémite du Juif riche, puissant et influent, Londres va opposer, visite après visite, presque maison après maison, la réalité terrible d’une misère juive proche de la condition animale. Londres a tout pourtant pour dormir sur ses lauriers – son livre, Au Bagne, vient d’être joué sur la scène, tous ses livres sont des best-sellers – mais non, il va « s’embarquer » dans une aventure-reportage longue et difficile. Albert Londres ne connaît rien au sujet. Pour lui, c’est une raison de plus. Pour nous, un étonnement de plus.

Et tu n’es pas revenu, Marceline Loridan-Ivens

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 24 Mars 2015. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Grasset

Et tu n’es pas revenu, février 2015, co-écrit avec Judith Perrignon, 112 p. 12,90 € . Ecrivain(s): Marceline Loridan-Ivens Edition: Grasset

 

Alors à Drancy, tu savais bien, que rien ne m’échappait de vos airs graves à vous les hommes, rassemblés dans la cour, unis par un murmure, un même pressentiment que les trains s’en allaient vers le grand Est et ces contrées que vous aviez fuies. Je te disais, « Nous travaillerons là-bas, et nous nous retrouverons le dimanche ». Tu m’avais répondu : « Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas ».

Shloïme, Salomon Rozenberg n’est pas revenu d’Auschwitz, sa fille Marceline a échappé à la destruction des juifs d’Europe. Son petit livre est une apostrophe au père perdu et détruit. Adresse au père qui est resté là-bas – il y avait entre nous des champs, des blocs, des miradors, des barbelés, des crématoires, et par-dessus tout, l’insoutenable incertitude de ce que devenait l’autre –, au père qui hante ses jours et ses nuits, au père qu’elle n’a jamais oublié et qu’elle n’oubliera jamais. Et tu n’es pas revenu est le récit d’un deuil impossible, impensable, le récit d’une colère qui ne s’est jamais éteinte, d’un séjour au centre de l’innommable, mais qu’il convient de nommer avec précision comme l’a fait en son temps Claude Lanzmann dans Shoah.