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Histoire

Les chuchoteurs. Vivre et survivre sous Staline (Volume 2), Orlando Figes

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 08 Octobre 2014. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Folio (Gallimard)

Les chuchoteurs. Vivre et survivre sous Staline (Volume 2), traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, février 2014, 529 p. 10 € . Ecrivain(s): Orlando Figes Edition: Folio (Gallimard)

 

A l’ombre de Staline


La première de couverture illustre parfaitement l’ensemble du texte de ce deuxième volume. Gigantesque buste, Staline est représenté comme un géant dont l’œil sévère avec sa ride de lion regarde, scrute et sonde la foule. Ce deuxième tome des Chuchoteurs continue sur sa belle lancée la saga des soviétiques subissant le joug de la dictature. Comme cet ouvrage est publié en deux temps avec une pagination en continu, le deuxième volume débute par le chapitre V relatant les « restes de terreur ». Il poursuit ce qui a déjà été entamé dans le volume précédent à savoir les déportations systématiques de certaines catégories de la population dans les zones de relégation.

M. Poincaré et la Guerre de 1914, Etudes sur les responsabilités, Gustave Dupin

Ecrit par Vincent Robin , le Mardi, 07 Octobre 2014. , dans Histoire, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres

M. Poincaré et la Guerre de 1914, Etudes sur les responsabilités, Aviso éditions, 2014, 197 pages, 16 € . Ecrivain(s): Gustave Dupin

 

L’administration d’un sérum de vérité dilué avec le vénéneux liquide des injures reste probablement, à travers l’écriture et sous couvert d’analyse de certains épisodes dramatiques de l’histoire nationale, le pire traitement prodigué. Les slogans lapidaires de Poincaré-la-guerre et de Mitterrand-la-machette résument, sous cette peu orthodoxe manière de doctrine médicale phagocytée par l’anachronisme, l’élucubrant exposé du livre de Gustave Dupin, intitulé M. Poincaré et la guerre de 1914, paru dès 1935, mais dont Aviso réédite aujourd’hui le contenu bientôt discrédité par la longue (trop) et sulfureuse préface de Michel Sitbon.

Ancien trésorier du Réseau Voltaire, le préfacier exalté et obscur dénonciateur des responsabilités du premier conflit mondial, aveuglément imputées au président français de 1914, atteint bientôt des sommets dans la digression, la confusion et la profusion des assertions douteuses doublées de vindicte compulsive.

La Grande Guerre des écrivains d’Apollinaire à Zweig, Antoine Compagnon

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 18 Septembre 2014. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Folio (Gallimard)

La Grande Guerre des écrivains d’Apollinaire à Zweig, mai 2014, 840 p. 10,60 € . Ecrivain(s): Antoine Compagnon Edition: Folio (Gallimard)

 

« Il vient une odeur de genièvre

Des forêts que ravage le feu

Les femmes gémissent sur leurs fils

On entend pleurer dans les villages les veuves »

Anna Akhmatova, Juillet 14, dans Troupe Blanche, 1917

Et tout le reste est Histoire, pourrait-on dire en sortant, sonné, admiratif, de cette somme-anthologie unique en son genre. Plus d’un an de rédaction a été nécessaire pour accoucher de ce livre, et combien d’heures pour sa gestation ? C’est à une montagne que s’est attaqué Antoine Compagnon, ici, en partant de lui-même ; ses deux grands-pères poilus, « ses » veuves et son histoire intime, pour traverser toute la guerre, d’écrivain en écrivain et nous fournir (un petit livre savant en soi) une fondamentale préface et un récit de sa méthode de travail. Cet Anapurna a été vaincu ;

Le Déclin, David Engels

Ecrit par David Campisi , le Lundi, 15 Septembre 2014. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Toucan

Le Déclin, La crise de l’union européenne et la chute de la République romaine, Analogies historiques, 380 p. 20 € . Ecrivain(s): David Engels Edition: Toucan

Imaginez un guerrier en pleine bataille ; son bouclier est lézardé de fissures et il en est dès lors affaibli. Ces lézardes, qui peuvent lui être fatales, sont des crises économiques, sociales ou politiques.

Mais il y a pire qu’un bouclier sur le point de céder : le guerrier n’a plus de visage et ne sait pas quel est son camp. Cette identité, perdue ou reniée, est au cœur des propos de David Engels.

L’historien dresse un parallèle captivant dans une époque où nous ne cessons de croire en d’inédites situations, et où chaque génération s’imagine saisie d’une mission particulière car elle se sait unique ; chaque génération attend son tour, porte sur elle le poids du monde et cherche à en trouver toutes les solutions et à en éprouver tous les défis.

L’ambition de l’historien est ici de nous mettre en face de notre histoire commune, nous, citoyens de l’Europe. Et l’histoire est un prétexte, en réalité, car lumière est faite sur de nombreux domaines – baisse de la natalité, montée de l’individualisme, déficit démocratique, mondialisation, technocratie, d’autres encore – et l’analogie peut être considérée comme encyclopédique. David Engels tire à boulets blancs sur tout et sur tout le monde. Il abat des cloisons et dessine un ensemble de mécanismes communs entre la chute de la République romaine et l’état actuel de la construction européenne.

Le Propre et le sale, Georges Vigarello

, le Jeudi, 11 Septembre 2014. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Points

Le Propre et le sale, 2014, 282 pages, 8,10 € . Ecrivain(s): Georges Vigarello Edition: Points

 

Avec Le Propre et le sale, Georges Vigarello poursuit ses recherches ou plutôt ses récits historiques de vulgarisation. Après ses histoires du corps, de la virilité, de la beauté… une histoire des représentations des notions de propre et de sale.

Georges Vigarello fait démarrer son analyse au Moyen-Âge (pour l’époque latine, le lecteur intéressé pourra se reporter au récent ouvrage de Michel Blonski, Se nettoyer à Rome, paru aux éditions des Belles Lettres). L’approche n’est pas chronologique mais thématique. Georges Vigarello aspire à montrer par quels biais se pratique l’hygiène. Une des particularités de l’ouvrage est d’indiquer que les critères de l’hygiène liés à l’eau seraient anachroniques, puisque, dans certains contextes, l’eau n’est pas le plus évident principe pour rendre propre, et entre notamment en concurrence avec le linge ou avec les toilettes sèches (sans eau). Pourtant, le plan de l’ouvrage combat difficilement cette erreur de jugement puisqu’une seule partie (la deuxième « Le linge qui lave ») sur les quatre n’est pas consacrée à l’eau.