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Histoire

Une femme en politique, Germaine de Staël, Erik Egnell

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 01 Avril 2014. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Editions de Fallois

Une femme en politique, Germaine de Staël, novembre 2013, 400 pages, 22 € . Ecrivain(s): Erik Egnell Edition: Editions de Fallois

Sur la fin de sa vie, elle disait, avec l’enthousiasme qu’on imagine, à Wellington : « parler politique, pour moi, c’est vivre ! ». Des kyrielles, aujourd’hui, femmes et hommes mélangés, ne seraient pas capables d’en dire autant ! Et, on voudrait aussitôt le dédier à nos femmes de la parité, face à leurs élections, ce printemps, qui bataillent tant et l’auraient aimée des leurs, cette Germaine « génie mâle dans un corps de femme », au dire de Lamartine qui pleura la Dame du lac, à Coppet.

Car, De Staël – elle mérite ce nom d’homme, seul – quelle femme, quel toupet, quel talent ! on s’autorise à dire : quelle gueule ! Quelle trajectoire aussi – c’est un film à grand spectacle, un road-movie, également, qui défile à brides abattues, quand on accompagne sa vie, dans cette formidable saga-biographie, s’avalant comme un roman, d’Erik Egnell. Meryl Streep, sans doute, la porterait avec panache et roulement de sentiments…

On nait où et quand on peut, et chacun n’a pas eu – chance ou pas – une vie au croisement de la Révolution Française, de l’Empire et de la Restauration. Superbe baptême pour qui veut vivre en politique – un contexte porteur, dirait-on aujourd’hui ; mais aussi un « grand bain » dangereux, où il vaut mieux savoir nager, faire la planche de temps à autre, pour continuer et, s’arrimer au ponton d’arrivée – vivant… et la route de Staël est de ce tonneau-là.

La Chute du président Caillaux, Dominique Jamet

Ecrit par Vincent Robin , le Mardi, 18 Mars 2014. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres

La Chute du président Caillaux, Editions Pygmalion, 2013, 324 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Dominique Jamet

 

 

Par leurs tournures extravagantes ou surréalistes, certaines biographies d’hommes politiques rejoignent ou supplantent parfois les fictions de vie romanesque les plus singulièrement détonantes. En comparaison avec l’exemple suivant, et pour les portraits les plus étonnamment échus de leur imaginaire, Balzac, Maupassant ou même Zola auront alors passablement manqué d’audace.

Sous sa trame de comédie vaudevillesque tournant bientôt à la tragédie shakespearienne, la carrière de Joseph Caillaux, député radical de la Sarthe et plusieurs fois ministre jusqu’à devenir le premier d’entre eux à la Belle Epoque, recouvre en effet plus qu’à loisir l’un de ces peu anodins cas de figures. Au travers du parcours de ce politicien apparaîtra ainsi ce que la trépidante vie sociale et publique réserve parfois d’inouï au sort d’individus qui se seront crus naturellement promis à la félicité et au succès sans retour.

Cluny, D. Iognat-Prat, M. Lauwers, F. Mazel et I. Rosé

Ecrit par Vincent Robin , le Samedi, 22 Février 2014. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Cluny. Les moines et la société au premier âge féodal, Presses Univers. de Rennes, 2013, 595 pages, 35 € . Ecrivain(s): D. Iognat-Prat, M. Lauwers, F. Mazel et I. Rosé

 

Réexamens des apparences, rectification historiographique et explorations inédites apparaîtront ici comme autant de cartes et plans déroulés pour l’offensive. Ardents, convaincus, mais surtout armés de ces croquis indicateurs, les chevaliers-défricheurs de la jachère médiévale s’en retournent aujourd’hui à l’assaut des espaces encore insuffisamment débroussaillés de l’Histoire.

Qu’advint-il après Charlemagne et Louis le Pieux ? « La nature a horreur du vide ! », suggérait bien avant eux Aristote. Mais au temps postcarolingien, celui d’une faille supposément ouverte après l’effondrement du grand centralisme étatique, qu’est-ce qui présida véritablement aux agencements de la société de l’occident européen ? Inspiré par cet interrogatif état des lieux dans son Essor de l’Europe (1932), Louis Halphen observait au siècle dernier avec un sens aigu : « Si la féodalité n’avait été qu’un principe générateur de désordres, elle n’eût mené, de toute évidence, qu’à des ruines nouvelles ! ».

Bruges-la-Morte, Georges Rodenbach (1892)

, le Samedi, 22 Février 2014. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Bruges-la-Morte, Espace Nord, 210 p. 8,50 € . Ecrivain(s): Georges Rodenbach

 

Sans conteste l’un des plus grands poètes de la littérature belge francophone, Georges Rodenbach (1855-1898), appartient au courant symboliste de la fin du dix-neuvième siècle, au côté de ses compatriotes E. Verhaeren et M. Maeterlinck, sur lesquels on aura l’occasion de revenir. Rodenbach a aussi excellé comme romancier, puisqu’il a signé en mil-neuf cent quatre-vingt-douze un roman considéré par d’aucuns comme le chef-d’œuvre du symbolisme : Bruges-la-Morte.

Hugues Viane est richissime, mais il est veuf et a perdu tout goût à la vie. Dévasté par le deuil qu’il n’arrive pas à faire, il s’est retiré à Bruges, ville fantôme, ville morte. Morne, amer, il y écoule les dernières années de sa triste existence dans une grande, trop grande maison où, chaque matin, il se recueille avec ferveur devant les reliques de sa défunte épouse. Cloîtré chez lui comme dans sa propre torpeur, inconsolable, ses rares sorties ne lui sont d’aucune thérapie ; son errance dans les rues désertes de la ville lui renvoient, tel un miroir, la misère de sa propre vie.

Les Algériennes du château d’Amboise, Amel Chaouati

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 15 Janvier 2014. , dans Histoire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb

Les Algériennes du château d’Amboise, Editions La Cheminante, novembre 2013, 214 pages, 22 € . Ecrivain(s): Amel Chaouati

 

Si Abd el-Kader ben Mahiédine, penseur soufi et valeureux guerrier s’étant illustré par sa résistance au colonisateur, est étrangement devenu une figure mythique de part et d’autre de la Méditerranée, l’épisode de son emprisonnement en France dans des conditions très difficiles reste méconnu dans notre pays tandis qu’il est quasiment ignoré en Algérie.

En décembre 1847, après quinze années de combats acharnés contre l’armée française, le chef de guerre avait en effet accepté de se rendre à la seule condition de pouvoir s’exiler en Palestine ou en Egypte avec les siens – une suite comportant, entre famille, domestiques et esclaves, « quatre-vingt-dix-sept personnes dont vingt et une femmes, quinze enfants et de nombreux nourrissons ». Mais après une traversée très éprouvante pour ces semi-nomades, ce n’est pas en Orient qu’ils débarquent mais en France où ils seront enfermés sous bonne garde durant près de cinq ans – trois mois à Toulon, sept mois à Pau, puis quatre ans au château d’Amboise –, jusqu’à ce que le prince président Louis Napoléon Bonaparte annonce leur libération en octobre 1852. L’émir et ce qui reste de sa suite pourront alors s’exiler en Turquie le mois suivant avant de se rendre plus tard à Damas.